Une jupe n’est pas un signe religieux

Les femmes vêtues niqabs aux Tuileries © Sandra Auger Source: Reuters
Les femmes vêtues niqabs aux Tuileries

La créatrice du hashtag #JePorteMaJupeCommeJeVeux, Sihame Assbague a répondu aux questions de RT France et assuré que le président de la République ne devait «plus laisser passer ces injustices et ces discriminations».

RT France : Pourquoi avez-vous lancé ce hashtag sur Twitter?

Sihame Assbague (S.A.) : J’ai vu que cette jeune fille avait été exclue de son école en raison d’une jupe qui était jugée ostentatoire. Je trouve que c’est tout-à-fait scandaleux et tout-à-fait contradictoire avec les valeurs de la France. On nous répète à longueur des journée que c’est le pays des droits de l’Homme, de la liberté, de l’égalité et que l’on veille particulièrement à l’émancipation des femmes et des jeunes filles. Et en fait, dans ce cas, en raison d’une jupe qu’on a jugée trop longue, en raison d’une jupe qui a déplu, qui a été jugée ostentatoire, on a refusé à cette jeune fille de pouvoir accéder à son école. 

RT France : Cette sanction a été prononcée sur la base d'une loi qui banni la présence de signes religieux dans les écoles de la République. Est-ce qu’il y a une place pour la religion à l’école ou doit-il y avoir une séparation entre la laïcité et la religion ?

S.A. : Je pense qu’il ne faut pas tout confondre. Il n’est en aucun cas question de religion dans ce cas. C’est une jeune fille qui avait une jupe longue. C’est la mode de la jupe longue dans tous les pays. Il n’y a aucun signe religieux qui était inscrit sur la jupe… c’est une jupe, il ne faut pas en faire un signe religieux. C’est une fille qui est pudique, qui veut ne mettre des habits longs, c’est son droit le plus fondamental. Il ne faut pas mettre des intentionnalités religieuses, là où il n’y en a pas. La question de la religion à l’école, c’est une autre question et ce n’est pas parce qu’on porte un morceau de tissu, quel qu’il soit, qu’on a des intentions religieuses ou de prosélytisme.

RT France : Quelle a été la réaction du public à votre hashtag ?

S.A. : Il a été très, très majoritairement relayé. Il a été repris par un certain nombre de Français. Et je pense que cela a sensibilisé beaucoup de nos concitoyens puisqu’ils se sont tout simplement rendus compte de l’absurdité de la chose. De la même manière que c’est le droit de femmes de porter des jupes courtes, des jupes moyennes, c’est leur droit de porter des jupes longues. On est en 2015, nous sommes en France. C’est la moindre des choses que de laisser les femmes, quelles qu’elles soient, s’habiller comme elles veulent.  

RT France :  Est-ce qu’il y a des préjugés religieux en France?

S.A. : Oui, bien sûr. Il existe une islamophobie manifeste, une islamophobie rampante depuis certain nombre d’années. Les préjugés racistes qui existent et contre la religion ciblent très, très majoritairement l’islam et donc les musulmans, que ce soit de la part de responsables politiques dans leurs discours, que ce soit de la part d’élus locaux, de journalistes, d’éditorialistes. Il y a un vrai problème avec l’islam en fait. Un certain nombre de citoyens ont des problèmes avec l’islam et les musulmans et il faut le régler avant que ça ne dérape et que ça prenne des proportions tout-à-fait ridicules et dramatiques. 

RT France : Comment les autorités peuvent-elles intervenir ?

S.A. : C’est très simple. Une pétition a été envoyée à la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem. Il faut des directives très claires et très fermes envoyées aux directeurs d’établissement et au rectorat. On ne peut pas laisser les gens, fussent-ils représentants de l’Etat, décider qu’une jeune fille ou qu’un jeune homme, en fonction de ses habits, ne peut pas accéder à l’éducation. Ce n’est pas possible. Il appartient au gouvernement, et notamment à la ministre de l’Education, de prendre des dispositions extrêmement fermes, extrêmement claires sur le sujet. C’est au gouvernement d’assurer qu’un enfant français puisse accéder à l’éducation.

RT France : Ce sujet semble provoquer certaines tensions, comment est-il possible de les faire diminuer ?

S.A. : Il faut l’égalité et la justice pour faire baisser les tensions. Ce qui manque en France aujourd’hui, c’est la prise en compte de ces inégalités structurelles, systémiques, qui bousculent et qui privent un certain nombre de concitoyens de leurs droits les plus fondamentaux. Quand on voit ce qui est arrivé à la jeune Sarah et quand on sait que, d’après le CCIF, le Collectif contre l’islamophobie en France, elle n’est pas la seule, qu’elles sont plus d’une centaine par an à subir les mêmes sanctions, les mêmes injonctions, les même réprimandes, il faut que le gouvernement, il faut que le président de la République règle ces questions-là de manière ferme. Il faut qu’il dise qu’il ne laissera plus passer ces injustices et ces discriminations. C’est extrêmement important. Une société apaisée, c’est une société qui respecte tous ses citoyens de la même manière, qui respecte leurs droits et qui leur assure la possibilité d’évoluer comme ils le souhaitent et comme ils le veulent.

RT France : savez-vous si d'autres associations soutiennent Sarah ?

S.A. : Oui, elle a été rejointe par plusieurs associations, c’est important de le dire, notamment des associations féministes.

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