La hausse du budget militaire aggravera les problèmes sociaux français

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian s'adresse aux casques bleus français au Liban© Ali HashishoSource: Reuters
Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian s'adresse aux casques bleus français au Liban

François Hollande se trompe d’époque en augmentant le budget militaire de 3,8 milliards d’euros, a fait savoir le politologue et l'homme politique algérien Rachid Nekkaz dans une interview à RT.

Le président français a annoncé mercredi l’allocation de 3,8 milliards d’euros au ministère de la Défense sur quatre ans, notamment pour le déploiement d’importants contingents de troupes à l’étranger (Irak, Centrafrique, Sahel). L'homme politique algérien Rachid Nekkaz estime que le président de la République française se trompe d’époque.

Selon lui, tant que la France est en état de crise économique «elle n’a plus les moyens de financer une logique de guerre ou une logique d’empire à l’étranger».

Ces 3,8 milliards d’euros représentent une hausse d’environ 3% du budget annuel de la Défense. «Je crois qu’il aurait été préférable d’investir ces trois milliards, ces 3% supplémentaires dans la résolution des problèmes sociaux, notamment dans les banlieues françaises, parce que c’est là où il y a des zones qui ne sont pas du tout républicaines, c’est là où potentiellement il y a des djihadistes qui partent de ces zones-là pour aller en Syrie ou en Irak. Je crois qu’il aurait été beaucoup plus sage et beaucoup plus responsable d’investir ces 3,8 milliards d’euros dans la recherche d’emploi pour ces jeunes qui sont complètement abandonnés dans les banlieues françaises et surtout dans un sentiment de "républicanité" […] parce qu’aujourd’hui les banlieues ne se sentent pas françaises. Je crois que c’est une erreur politique d’augmenter le budget militaire de 3,8 milliards sur quatre ans», a déclaré Rachid Nekkaz.

Les banlieues françaises, dont la population est essentiellement d’origine immigrée, constituent vraiment un problème social pour le gouvernement. Ainsi, à l’automne 2005, les banlieues françaises sont devenues le théâtre de violences et d’émeutes qui ont duré près de trois semaines. Au total, plus de 10 000 véhicules, des bâtiments publics ont été incendiés, des écoles vandalisées, des magasins pillés, des passagers d’autobus menacés de mort.

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De plus, l’augmentation du budget militaire pourrait dégrader le problème de l’immigration en France, estime le politologue algérien. Quand la France est intervenue au Mali, les Maliens ont fui vers le Nord de l’Afrique. «J’ai vu des centaines et des centaines de réfugiés maliens qui avaient fui le Mali pour monter vers l’Algérie et ensuite se diriger vers l’Italie ou l’Espagne ou la France. Depuis deux ans, ils sont des centaines de milliers à avoir quitté le Mali. Et je crains qu’à l’avenir, avec les opérations militaires de la France à l’étranger en Libye, en Syrie, au Mali et dans le Sahel, il y ait des centaines de milliers d’autres réfugiés africains qui vont essayer de trouver refuge dans le bassin sud de la Méditerranée. Je crois que l’augmentation du budget militaire ne réglera pas les problèmes sociaux en France», a signalé Rachid Nekkaz.

Des immigrés illégaux manifestaient pour obtenir la légalisation de leur situation à Paris en 2010© Benoit Tessier
Des immigrés illégaux manifestaient pour obtenir la légalisation de leur situation à Paris en 2010

Alors, quelle est la solution à ces problèmes ? La réponse est simple. «Il serait bon d’investir non seulement dans les banlieues françaises mais aussi dans la coopération socio-économique avec des pays comme le Mali ou le Niger, l’un des pays les plus pauvres du monde. C’est par la coopération économique que la France pourra régler à terme les problèmes sociaux et les problèmes de l’immigration», conclut Rachid Nekkaz.

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