Affaire du général Soubelet : il faut passer du devoir de réserve au devoir d’expression

Un parachutiste sur la place du Trocadéro Source: Reuters
Un parachutiste sur la place du Trocadéro

«Il y a des moments où le devoir de réserve doit laisser le pas au devoir d’expression, et nous sommes à l’un de ces moments», estime le général Didier Tauzin en commentant le limogeage du général Soubelet.

RTFrance : Le général Bertrand Soubelet a perdu son poste de commandant de la gendarmerie d’Outre-mer le 24 avril. Selon lui, cela est lié à la publication de son livre, Tout ce qu’il ne faut pas dire. Comment voyez-vous cette sanction à l’égard du général Soubelet ?

Didier Tauzin : Le général Soubelet est sorti de son devoir de réserve, peut-être, mais il savait ce qu’il faisait, il l’a fait en toute conscience. C’est une sanction qui légalement est sans doute logique, ceci étant dit, je crois que le gouvernement actuel comme ses prédecesseurs sont très chatouilleux et devraient en effet balayer devant leur porte. Ce qui est clair c’est que la politique de sécurité intérieure en France n’est pas du tout à la hauteur des événements, et sur le fond je suis d’accord avec ce qu’a fait le général Soubelet. Donc la sanction est légalement logique, mais elle n’est pas à propos.

La France et les Français sont mis au service du régime des partis et de quelques carriéristes

RT France : Existe-il une forme d’omerta au sein de la politique de sécurité en France ?

D.T. : Je ne sais pas s’il y a une omerta concernant la politique de sécurité en France, mais c’est tout à fait possible. Je crois surtout qu’il y a beaucoup de gens qui ne font pas leur travail. Tout tient au fait qu’en France il n’y a pas de véritable gouvernement à la hauteur des événements, et cela depuis très longtemps, ce n’est pas uniquement monsieur Hollande et monsieur Valls. Nous sommes soumis au régime des partis qui ont des objectifs, qui portent des carrières personnelles, des carriéristes. La France et les Français, dans leurs têtes, passent après les objectifs de parti. Tout cela se ressent peu à peu y compris la politique de sécurité, ce n’est pas le seul cas. En France, par exemple, nous avons un problème de retraite. Le premier à l’avoir dit était Michel Rocard, quand il était Premier ministre dans les années 1982-1984, et le problème de retraite n’est toujours pas réglé. Donc, ce n’est pas uniquement pour la sécurité, c’est pour tout. La France et les Français sont mis au service du régime des partis et de quelques carriéristes. C’est là le fond du problème, ce n’est pas uniquement de l’omerta.

Nous avons aujourd’hui un devoir d’expression parce que la France va mal, et que si personne ne le dit, moi, je me sentirais coupable

RT France : Et en ce qui concerne le devoir de réserve des anciens militaires , faut-il le faire évoluer ?

D.T. : Non, je ne crois pas qu’il faille changer ce devoir de réserve, il faut d’abord mieux le comprendre, le cibler. Je crois qu’il est normal qu’un officier en activité, je dis bien en activité, ne parle pas et n’écrive pas trop, du moins qu’il y ait des limites. Là les limites sont un peu trop dures. De toute façon, le général Soubelet comme moi-même, comme le général Piquemal, comme Bruno Dary, nous sommes en deuxième section, c’est-à-dire en retraite. Nous sommes tous généraux et nous considérons qu’aujourd’hui les circonstances sont telles en France que du devoir de réserve, il faut passer au devoir d’expression. Nous avons aujourd’hui un devoir d’expression parce que la France va mal, et que si personne ne le dit, moi, je me sentirais coupable, et c’est ce qu’a fait aussi le général Soubelet, il se sentait coupable certainement de ne rien dire alors que cela allait mal. Et c’est aussi l’état d’esprit du général Bruno Dary et d’autres. Il y a des moments où le devoir de réserve doit laisser le pas au devoir d’expression, et nous sommes à l’un de ces moments. 

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