L'Etat islamique amputé de 30% de ses revenus

Des soldats de l'armée syrienne dans la vieille ville de Palmyre, après l'avoir reprise à l'Etat islamique le 1er avril 2016.© Omar Sanadiki Source: Reuters
Des soldats de l'armée syrienne dans la vieille ville de Palmyre, après l'avoir reprise à l'Etat islamique le 1er avril 2016.

Daesh voit ses revenus diminuer drastiquement mais ses sources de financement très diversifiées sont loin d'être épuisées, estime le Président du Centre d'Analyse du Terrorisme Jean-Charles Brisard.

RT France : Les revenus de l’Etat islamique ont chuté de 30% en un an. A quoi cette baisse est-elle due ?

Jean-Charles Brisard (J.-C.B.) : Il y a deux raisons majeures. La première est l’intensification des frappes de la coalition qui a contribué à la réduction des revenus pétroliers puisque ces frappes aujourd’hui visent directement et spécifiquement les infrastructures pétrolières, les moyens de transport, de stockage et de raffinage du pétrole. Le second facteur qui a joué c’est le recul militaire de l’Etat islamique. L’Etat islamique a perdu à peu près 25% de son territoire et est mécaniquement privé de revenus et de ressources naturelles qui constituent l’essentiel aujourd’hui de ses sources de financement.

Pour l’Etat islamique, la population est une variable d’ajustement financière qui lui permet de compenser la baisse des revenus

RT France : L’Etat islamique a récemment augmenté ses impôts sur ses services de base comme l’approvisionnement en électricité et réduit les salaires de ses combattants de moitié. Pensez-vous que cela puisse porter un coup au soutien des populations locales et des combattants à l’Etat islamique ?

J.-C.B. : L’Etat islamique a en effet compensé la chute des revenus pétroliers par une augmentation de l’extorsion, notamment des taxes, redevances et autres confiscations sur son territoire. Ce qu’on constate en particulier c’est que tous les mécanismes d’extorsion ont augmenté en une année de plus de 120%. Cela veut dire que pour l’Etat islamique, la population est une variable d’ajustement financière qui lui permet de compenser la baisse des revenus. C’est vrai qu’à terme on voit mal comment ça peut être viable économiquement. D’abord, parce qu’on constate que le niveau des services sociaux, sanitaires et économiques se dégradent considérablement dans les régions qui sont sous le contrôle de l’Etat islamique. On constate aussi qu’il y a une impopularité croissante, il y a une fuite de ces populations des territoires sous contrôle de l’Etat islamique en raison précisément de cette pression à la fois militaire, terroriste et financière. Tout cela indique qu’à court ou moyen terme, l’Etat islamique ne sera pas un modèle économique viable.

Si demain il y a moins de population, moins de prise sur le territoire, [l'Etat islamique] pourra toujours recourir à d’autres modes de financement

RT France : En moins d’un an et demi l’Etat islamique a perdu près de 25% de ses territoires, soit un tiers de sa population. La hausse des impôts permettra-t-elle de renflouer les caisses de l’Etat islamique ?

J.-C.B. : Non, je ne crois pas, même si l’Etat islamique réduit ses dépenses, en particulier les salaires, mais pas seulement, beaucoup de postes notamment sanitaires et sociaux sont réduits. Il tente donc de réduire ses dépenses, ce ne sera pas suffisant, on le sait, pour maintenir un niveau de services notamment sociaux, économiques et sanitaires à la population dans les provinces qu’il contrôle. C’est la raison aussi pour laquelle l’Etat islamique tente de s’étendre, en particulier en Libye où il tente de s’accaparer d’autres richesses, d’autres ressources pour faire face précisément à la crise qu’il traverse aujourd’hui en Syrie et en Irak.

RT France : Tous ces signes d’affaiblissement prédisent-ils la fin des ambitions du califat ?

J.-C.B. : Je crois qu’il est encore beaucoup trop tôt pour dire cela. L’Etat islamique se caractérise par un financement qui est extrêmement diversifié. On parle beaucoup de pétrole et de l’extorsion, qui sont les deux principales sources de financement, mais il y en a d’autres : le gaz naturel, les mines de phosphate, le blé, l’orge, le coton. C’est véritablement un financement qui est très diversifié et donc il est très difficile d’attaquer en même temps toutes les sources de financement pour tenter de les affaiblir. On le voit bien d’ailleurs : affaibli sur le front pétrolier, l’Etat islamique intensifie ses extorsions. Si demain il y a moins de population, moins de prise sur le territoire, il pourra toujours recourir à d’autres modes de financement. Donc on en est pas encore là, mais je dirais que, effectivement, à la faveur des frappes de la coalition, à la faveur des victoires militaires sur l’Etat islamique, quand on voit tout ce qu’il s’est passé à Palmyre par exemple, tout contribue à l’affaiblissement progressif sur le plan financier et militaire de l’Etat islamique.

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