Roger Karoutchi: si c’est la guerre on ne laisse pas de manifestation se tenir sur la place publique

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Le sénateur Les Républicains (LR) des Hauts-de-Seine, Roger Karoutchi, s'exprime sur le mouvement Nuit Debout qui, depuis le 31 mars, a lieu toutes les nuits place de la République. Plusieurs arrestations ont eu lieu en marge de ces rassemblements.

R.T : Cela fait presque quinze jours que les manifestants de Nuit Debout se rendent chaque nuit place de la République. Comment qualifiez-vous ce mouvement ? De quoi est-il représentatif selon vous ?

Roger Karoutchi : On voit bien que le point de départ est l’opposition au projet de loi travail El Khomri et qu’à partir de là, cela a fédéré un peu tout et rien : lycéens mécontents, étudiants mécontents, l’extrême gauche qui utilise par définition tous les vecteurs pour dire son opposition à François Hollande. Je pense que c’est plus un mouvement de ras le bol qu’un mouvement qui porte un projet, un ras le bol contre tout.

R.T : Pensez-vous que ce rassemblement puisse donner naissance à un mouvement plus politique ?

R.K : Le véritable problème, c’est qu’il n’y a pas de programme précis, que les revendications changent en fonction des intervenants : pour certains, c’est le retrait de loi El Khomri, pour d’autres, il s’agit de changer de politique du tout au tout, d’autres encore parlent de sujets plus sociaux, du Smic, du RSA…  Je suis conscient qu’on voudrait créer un Podemos à la Française mais pour l’instant c’est sans résultat. Je ne perçois pas de programme revendicatif, même un programme qui serait d’extrême gauche. Tout est bon pour servir d'élément de revendication.

R.T : A côté des rassemblements il y eu des violences, des dégradations. Comment réagissez-vous à cela alors que la France est toujours sous l’état d’urgence ?

R.K : Comme toutes les violences, elles sont condamnables et c’est d’autant plus intolérable que le gouvernement nous dit qu’il faut voter la prolongation de l’état d’urgence alors qu’en parallèle on voit des manifestations autorisées par le gouvernement. L’état d’urgence est prolongé car le risque terroriste l’impose. On veut que toutes les forces de police et de gendarmerie soient opérationnelles, et dans le même temps, on voit des manifestations, des violences qui occupent les policiers et les gendarmes alors qu’ils devraient se préoccuper des enquêtes antiterroristes.

Manuel Valls répète que c’est la guerre, si c’est la guerre on ne laisse pas de manifestation se tenir sur la place publique

C’est insupportable pour les riverains, pour tous ceux qui subissent des dégradations ou des violences. Manuel Valls répète que c’est la guerre, si c’est la guerre on ne laisse pas de manifestation se tenir sur la place publique. Les gens peuvent avoir des revendications mais occuper toutes les nuits une place centrale dans Paris pose une vraie question de sécurité. Imaginez qu’un terroriste mette une bombe sur la place !

Il y a une contradiction entre l’affirmation du gouvernement qui dit qu’il faut réduire toute réunion et le fait d’avoir des manifestations. Je ne comprends pas comment on peut nous dire qu’on est encore dans l’état d’urgence.

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R.T : La secrétaire d'Etat chargée du Numérique, Axelle Lemaire, s'est rendue place de la République. Le mouvement Nuit Debout est-il en train de se faire récupérer politiquement ?

R.K : Il ne peut pas y avoir de récupération car le mouvement n’est pas construit, organisé, n’a pas de projet défini. On ne sait pas exactement quelles sont leurs revendications. Certains ministres ont passé la nuit là-bas anonymement, mais il ne s'agit pas de récupération mais plutôt de savoir ce que sont les revendications pour voir éventuellement si elles peuvent être satisfaites, si elles sont raisonnables ou pas. L’extrême gauche essaie de récupérer le mouvement, mais je ne pense pas que ça va fonctionner. Car le mouvement se veut hostile à toutes les formations politiques mêmes celles d’extrême gauche.

Tout mouvement, même si on n’est pas d’accord, doit être écouté

Tout le monde à gauche comme à droite s’intéresse à Nuit Debout, c’est normal d’écouter les gens, mais la question est de savoir sur quoi ça peut déboucher ? Beaucoup de personnes se demandent si ça va durer. Pour le moment leur message n’est pas clair, les politiques ne voient pas comment leur répondre ou les associer, il faut attendre pour voir comment cela peut évoluer.

NKM dit qu’il faut entendre le mouvement Nuit Debout et je suis d’accord. Tout mouvement, même si on n’est pas d’accord, doit être écouté, car il est forcément révélateur de malaise et de revendications. Je pense qu’il faut écouter, regarder, comprendre pour ensuite répondre.

 

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