«Les chaînes publiques allemandes sont contrôlées par le gouvernement» avoue l’ex-chef de ZDF Bonn

Le siège de la télévision publique ZDF à Mayence© Wikipédia
Le siège de la télévision publique ZDF à Mayence

L’ex-patron de la ZDT Bonn a largué une véritable bombe en affirmant que les chaînes publiques allemandes étaient contrôlées par le gouvernement. Curieusement, les médias dominants semblent presque tous ignorer cette affaire...

Si vous voulez réellement savoir comment fonctionne la presse occidentale, voici comment cela se passe.

L’Allemagne est sans aucun doute la principale puissance en Europe. ZDF est la télévision publique allemande et aussi la chaîne la plus populaire.

Pour la financer, ainsi que son réseau jumeau ARD, les Allemands sont obligés de s’acquitter de 17,98 euros par mois.

Cette semaine, le chef de ZDF Bonn à la retraite, le Dr Wolfgang Herles, a lâché une bombe lors d’une émission de radio. Il a admis que le réseau en question ainsi que les autres suivent les ordres du gouvernement sur ce qui doit ou ne doit pas être diffusé.

On s’attend bien évidemment à ce que ce genre d’histoire fasse sensation dans la presse internationale, n’est-ce pas ? Un ex-haut responsable reconnaît que son ex-employeur travaille en tandem avec les autorités pour contrôler l’agenda des actualités dans un pays aussi important que l’Allemagne ?

De nombreux Européens soupçonnent que la grande majorité des télévisions nationales est sous contrôle des hommes politiques

Si une telle révélation était faite dans un pays «en développement», les médias de l’OTAN se seraient largement saisis de l’affaire.

Mais, ce n’est pas le cas. Alors que j’écris ces mots, seul le londonien Daily Mail, l’américain Breitbart et RT ont pris la peine d’exposer cette incroyable histoire.

La BBC, l’équivalent de ZDF et d’ARD en Grande-Bretagne, est occupée par la promotion d’un documentaire sur l’invasion imaginaire de la Lettonie par la Russie. Pendant ce temps, on dirait qu’au sein même de l’Allemagne, seuls RT Deutsch et Focus, basé à Munich, sont les deux médias significatifs qui s’intéressent aux révélations. Nous parlons d’un pays où le district de Dresde était autrefois connu comme la «vallée de la stupidité» parce que la télévision occidentale n’arrivait qu’à l’atteindre partiellement durant la Guerre froide.

Des craintes bien-fondées

De nombreuses personnes à travers l’Europe soupçonnent que la grande majorité des télévisions nationales est sous contrôle plus ou moins direct des hommes politiques. La BBC, malgré l’image mensongère d’impartialité qu’elle cultive, en est un parfait exemple. La BBC est dirigée par un Fond entièrement nommé par la Reine sur les conseils des ministres du gouvernement en fonction. La chaîne la plus populaire de Russie, la «première chaîne» bien que possédée en partie par des propriétaires privés est aussi administrée par des personnes nommées par l’Etat.

Ce qui rend la sortie de Herles si importante est son ancienneté. Avant de prendre sa retraite l’année dernière, il était rédacteur en chef de la culture et célèbre présentateur de la chaîne. Dans les années 1990, il a tenu sa propre émission-débat «Live» et avant ces entreprises risquées il était le patron de ZDF Bonn. A cette époque, Bonn était la capitale de l’Allemagne de l’Ouest. Il est important de comprendre que ZDF, bien que disponible partout en Allemagne, est techniquement possédé par le land (l’Etat). Herles étant basé à Bonn, il a été un témoin privilégié du fonctionnement de la politique allemande, plus que ceux qui travaillent au siège de ZDF à Mayence, sans parler des autres régions plus lointaines.

Fermer les yeux

Depuis les agressions sexuelles à Cologne la nuit de la Saint-Sylvestre, les médias allemands ont été soupçonnés d’avoir minimisé l’importance de cette histoire ou même de l’avoir tout bonnement ignorée. Etant donné que les migrants qui se déversent sur le pays depuis l’année dernière sont principalement d’origine arabe, souligner que les auteurs des agressions seraient d’apparence arabe aurait pu contribuer à retourner l’opinion publique contre la stratégie des «frontières ouvertes» d’Angela Merkel. De l’autre côté, ignorer des infractions commises par les nouveaux arrivants permet de préserver l’ignorance des Allemands sur la façon dont les plans de Berlin peuvent mettre en péril leur propre sécurité. Beaucoup de gens sont, tout naturellement, en colère contre ça.

"Les sujets sur lesquels nous travaillions étaient définis par le gouvernement"

Wolfgang Herles© Wikipédia
Wolfgang Herles

La confession de Herles a été provoquée par la désaffection des gens envers des médias allemands soigneusement contrôlés. Il a révélé : «Nous avons un problème parce que, et je parle principalement des médias publics [d’Etat], nous sommes proches du gouvernement». «Pas seulement parce que le commentaire s’aligne principalement avec la grande coalition (CSU, SDU et SPD), avec le spectre d’opinions, mais aussi parce que nous sommes complétement portés par l’agenda défini par la classe politique».

Le patron de la ZDF à la retraite a continué en admettant que la chaîne ne faisait que répondre aux ordres concernant les sujets à diffuser. «Les sujets sur lesquels nous travaillions étaient définis par le gouvernement», a-t-il confessé. Ironiquement, le Guardian a largement exposé, sans preuves évidentes, que le Kremlin utilise cette pratique. Cependant, le journal ignore que l’Allemagne est coupable de cette même accusation, fait confirmé par une figure crédible de la chaîne qui plus est. 

Bien sûr, cela ne concerne pas que des médias possédés par les Etats, leurs homologues du domaine privé sont également loin d’être objectifs. Bild Zeitung, le journal le plus vendu en Allemagne, est lié à l’entreprise qui le possède, Axel Springer SE, et doit donc prôner «l’approfondissement de l’unification de l’Europe». Il doit également «fournir un support à l’Alliance transatlantique et être solidaire avec les Etats-Unis d’Amérique dans les valeurs communes des Nations libres». Même le rédacteur en chef le plus honnête du monde n’aurait pas beaucoup de marge de manœuvre dans ces conditions.  

La myopie paneuropéenne

Mais l’Allemagne n’est pas la seule. L’année dernière, The Irish Times a révélé comment la chaîne de télévision RTE est contrôlée par Dublin, qui fournit les questions de façon systématique aux ministres du gouvernement avant qu’ils ne soient interviewés à la télévision. Il est incroyable que RTE, actuellement dirigé par le controversé Kevin Bakhyrst, a répondu en essayant de diffamer The Irish Times.

De nombreux Suédois sont obligés de lire des médias britanniques et russes pour apprendre les actualités relatives à leur propre pays

Pendant ce temps, en Suède, le journal ardemment libéral Expressen a qualifié le Daily Mail de «raciste» cette semaine. Quel est le crime du journal britannique ? Il a osé révéler des faits sur la crise migratoire du pays, chose largement occultée en Suède. Puisque les médias nationaux refusent de couvrir des histoires négatives impliquant des migrants, de nombreux Suédois sont forcés de lire des médias britanniques et russes pour apprendre les actualités relatives à leur propre pays.

La presse pro-UE peine à contrôler ce qui est écrit. Le seul rejet des points de vue rivaux taxés de «propagande» ne peut faire illusion bien longtemps. Mais fermer les yeux sur des faits qui remettent en question la politique de l’UE est une position difficile à tenir à l’ère des médias sociaux. 

L’année dernière, le journal allemand Der Spiegel a fermé son fil de commentaires en ligne pour les articles traitant de l’immigration. La semaine dernière, le Guardian s’est mis au pas, en bloquant tous les posts relatifs à l’immigration, à l’islam et à la notion de race.

Tout ceci n’est pas une grande surprise. Ces dernières années, les journalistes et commentateurs qui refusent de se conformer au consensus libéral européen ont été de plus en plus exclus des médias dominants. Cela tranche nettement en comparaison aux décennies précédentes durant lesquelles le débat était activement encouragé et les voix discordantes bienvenues. Peut-être que Mikhaïl Gorbatchev n’avait pas tout faux lorsqu’il disait «Le développement le plus déroutant dans la politique de la dernière décennie est la détermination apparente des leaders de l’Europe occidentale à recréer l’Union soviétique en Europe de l’Ouest».

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