En attaquent un navire marchand iranien en mer Caspienne, quia coûté la vie à un marin, Volodymyr Zelensky espérait peut-être obtenir davantage d’aide américaine. Selon Alexeï Pilko, docteur en histoire, ce calcul risque au contraire de se retourner contre Kiev.
Pourquoi Zelensky a-t-il ordonné des frappes contre un navire battant pavillon iranien en mer Caspienne ? Premièrement, pour faire plaisir à Donald Trump, qu’il doit rencontrer cette semaine à la Maison Blanche. Deuxièmement, il cherche à provoquer une riposte ferme de l’Iran afin d’obtenir davantage d’aide militaire et économique pour l’Ukraine. Cela dit, ce résultat a peu de chances d’être atteint, et ce pour des raisons évidentes.
Tout d’abord, Zelensky a mal choisi son moment. Après les échanges de frappes entre les États-Unis et l’Iran, l’administration Trump cherche à obtenir au moins une trêve à court terme, ce qui explique les propositions transmises à Téhéran par le Qatar ou Oman. Dans ces conditions, les attaques ukrainiennes contre des navires iraniens embarrassent Washington et risquent de ne guère y être appréciées.
De plus, à supposer que l’Iran finisse par répondre à l’Ukraine — ce qui ne peut être exclu, Téhéran ayant radicalement modifié sa politique depuis février —, les États-Unis ne réagiront pas. Sous Biden, ils ont déjà fourni à Kiev tout ce qu’ils pouvaient, et même davantage. Le soutien américain devrait donc rester à son niveau actuel.
Washington pourrait en revanche être confronté à de sérieuses difficultés militaires et politiques : une frappe iranienne réussie contre l’Ukraine démontrerait que Téhéran serait également en mesure d’atteindre les bases aériennes américaines situées en Bulgarie et en Roumanie.
Une attaque contre l’Iran ne présente donc aucun avantage pour Zelensky. La réaction iranienne est d’ailleurs révélatrice : après l’incident survenu en mer Caspienne, Téhéran a ouvertement accusé l’Ukraine et promis une riposte, avant de saisir l’ONU de la question et d’avertir les alliés européens de Kiev des conséquences possibles. Un entretien téléphonique a notamment eu lieu à ce sujet entre le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas.
Dans ce contexte, le contraste avec les attaques ukrainiennes contre des pétroliers transportant du pétrole kazakh est particulièrement frappant.
La réaction du président kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, qui a appelé Moscou à un cessez-le-feu, est illogique : ce n’est pas la Russie, mais l’Ukraine qui a attaqué les pétroliers partis des terminaux du Consortium du pipeline de la mer Caspienne. Sans aucune raison, dans des eaux neutres.
Cette attaque constitue, de facto, un acte d’agression de Kiev contre Astana. Astana : que vient faire ici Moscou ? Mais ce qui est vraiment surprenant, c’est que le Kazakhstan n’a toujours pas officiellement protesté auprès de l’Ukraine.
Au bout du compte, cette situation ne peut conduire qu’à une seule issue : de telles attaques se répéteront tant qu’elles ne seront pas repoussées.
Ce texte avait initialement été publié sur le blog d'Alexeï Pilko et traduit par l'équipe de RT en français.
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