Martin Ziguélé: «Ils sont incapables d'arrêter cette guerre qu'ils ont imposé aux Centrafricains»

Martin Ziguélé est le grand favori de l'élection présidentielle dont le premier tour doit se tenir le 27 décembre prochain Source: Reuters
Martin Ziguélé est le grand favori de l'élection présidentielle dont le premier tour doit se tenir le 27 décembre prochain

«L'Etat du Logone» a été proclamé autonome au nord de la Centrafrique. Une « plaisanterie » selon le grand favori à l'élection présidentielle Martin Ziguélé qui explique à RT que le moment est venu d'organiser le scrutin présidentielle.

RT France : Nourredine Adam, le chef d'une faction de l'ex rébellion musulmane Séléka qui a pris le pouvoir en mars 2013, le FPRC, a annoncé mardi l'autonomie de «l'Etat du Logone», quelle est votre réaction ?

Martin Ziguélé : C'est une plaisanterie de mauvais goût c'est tout. Il ne représente rien du tout. Il fait de la théâtralisation pour se faire remarquer c'est tout, cela n'a aucun sens.

RT France : Les seuls musulmans qui n'ont pas fui Bangui à cause des affrontements inter communautaires, concentrés dans le quartier PK5 sous surveillance des soldats de l'ONU, ont manifesté mercredi pour s'opposer à la rébellion du nord. Ils s'estiment pris «en otage par ces groupes armés, qui troublent le processus électoral». De quels soutiens bénéficient le FPRC ?

Martin Ziguélé : Je ne peux pas savoir, quand vous proclamez une autonomie vous êtes dans une ville, personne ne sait où ils sont. Ce sont des personnes qui n'ont pas compris qu'une guerre doit commencer et doit s'arrêter. Ils sont incapable d'arrêter cette guerre qu'ils ont imposé aux peuples centrafricains. Leur objectif c'est d'empêcher la tenue d'élection, c'est ça leur vrai objectif. Ils manipulent, ils font de la provocation, ils font de la théâtralisation, juste pour empêcher la tenue des élections. Il faut absolument qu'on aille aux élections.

Les autorités en place n'iront pas aux élections. C'est la première fois que cela arrive dans notre pays


RT France : Certains observateurs évoquent une tentative de former une nouvelle coalition Séléka, la situation qui a abouti à la prise du pouvoir de cette rébellion en 2013 a-t-elle évolué jusqu'à aujourd'hui ?

Martin Ziguélé : Je suis rentré de Bambari, du centre du pays jusqu'à la capitale, il y a moins d'une heure. Je suis allé en campagne électorale là-bas, je suis resté 5 heure et demi de temps, j'ai rassemblé au centre de la ville des chrétiens, des musulmans, des anciens Séléka, des Balaka, des femmes, des hommes, ils ont marché avec moi jusqu'au quartier Borno qui est le quartier musulman de la ville. Vous savez les gens racontent beaucoup d'histoires. Tout le monde est fatigué de la guerre parce que cette guerre n'a rien donné. Si vous voyez l'engouement avec lequel les hommes et les femmes se sont inscrits sur les listes électorales et ont tenu à voter, y compris au kilomètre 5 (à Bangui) où il y a eu des incidents dimanche. Ce que les gens (les rebelles du FPRC) racontent à l'intérieur relèvent de la théâtralisation. La réalité politique du terrain, c'est que les centrafricains savent qu'ils ne veulent plus d'aventure.

RT France : Vous avez été le Premier ministre de l’ancien chef de l’Etat Ange Félix Patassé, quelle est la responsabilité de la classe politique centrafricaine dans cette crise ?

Martin Ziguélé : Tout ceux qui sont candidats, ils ont été ministres et Premier ministre, ce n'est pas moi seul. Quand vous faites de la politique vous êtes responsable aussi bien de ce qui marche que de ce qui ne marche pas. Les choses sont claires. Nous sommes tous à degrés divers responsable de la situation de notre pays donc être responsable ce n'est pas être coupable. Politiquement nous sommes tous responsables, c'est pour cela que nous nous engageons à redresser la situation.

RT France : Que penser de l'action des soldats de l'ONU en Centrafrique, la Minusca et des forces françaises Sangaris dans le pays qui n'arrivent pas à mettre un terme aux problèmes sécuritaires ?

Martin Ziguélé : J'ai été parmi ceux qui ont fait le tour du monde pour demander l'intervention des forces internationales, d'abord la Sangaris, et puis la Minusca (mission des Nations unies en Centrafrique), donc je salue leur action, je sais qu'aucune œuvre humaine n'est parfaite, elles ont leur insuffisance mais elles ont surtout fait beaucoup de chose. Si cette force n'était pas là, je pense qu'on ne parlerait même plus de Centrafrique. La responsabilité de la protection de notre pays incombent d'abord aux Centrafricains. C'est parce que nous avons échoué à protéger et à gérer notre pays que nous avons eu des crises et que nous avons demandé l'intervention des autres. Si il y a quelqu'un à blâmer, c'est nous d'abord. Elles font du travail positif, elles arrivent à maintenir la paix dans beaucoup de régions. Quel est l'autre alternative ? On dit à ces forces qu'il faut qu'elle remplisse leur mandat, qu'elle s'occupe des groupes armées les plus dangereux, qu'elles nous aident à avancer, elles le font. Il y a des insuffisances c'est vrai.

RT France : Des incidents ont eu lieu dimanche dernier à Bangui (PK5) et dans le nord du pays, est-ce le bon moment pour organiser un scrutin ?

Martin Ziguélé : C'est le très bon moment pour organiser un scrutin pour la simple raison que de toute façon au kilomètre 5, la population est allée voter le lendemain (des troubles) et c'est la population qui a exigé de revoter. C'est la voix du peuple qui est toujours prépondérante. Des agitateurs il y en a dans tous les pays mais la grande masse des anonymes qui veulent revoter et qui veulent avancer avanceront. Nous voulons aller aux élections. Le peuple choisira ses dirigeants et nous avanceront. Je n'ai pas dit qu'il n'y a pas de problèmes dans le pays mais ces problèmes seront résolus par des autorités légitimes. C'est pour cela qu'il faut aller absolument aux élections.

RT France : Près de 30 candidats sont en lice pour l'élection présidentielle dont le premier tour doit se dérouler le 27 décembre, le jeu est-il ouvert ?

Martin Ziguélé : Le jeu est ouvert. Il n'y a pas de candidats privilégiés puisque les autorités en place n'iront pas aux élections. C'est la première fois que cela arrive dans notre pays.

Si les gens me présentent comme le candidat de la France c'est un honneur

 

RT France : Vous êtes perçu par certains comme le candidat de la France, que pensez-vous de cette étiquette ?

Martin Ziguélé : C'est un honneur, si les gens me présentent comme le candidat de la France, pour moi c'est un honneur parce que la France est un grand pays, un pays ou il y a des hommes et des femmes qui connaissent bien l'Afrique et si parmi eux, il y a des gens qui portent sur moi leur estime, pour moi c'est un grand honneur. En dehors de cela, ce que j'ai constaté depuis 1981, depuis le temps ou nous allons à des élections démocratiques en Centrafrique, c'est que les français n'ont jamais voté en Centrafrique, ce sont les centrafricains qui votent. Je crois que mes adversaires politiques sont conscients du fait qu'ils n'ont pas d'appareil politique, qu'ils n'ont pas de chance de gagner les élections et ils se comportent comme si j'étais au pouvoir et qu'ils allaient s'opposer à moi. Je suis candidat comme les autres. C'est eux qui colportent les idées, que je suis le candidat de la France, que j'ai soutenu Séléka, etc. Cela prouve que au moins, il ne conteste pas mon projet. J'ai un projet dont personne ne parle. J'aurais aimé qu'on en parle puisqu'il s'agit de relever le pays.

RT France : Si vous êtes élu, quelles seront vos priorités ?

Martin Ziguélé : J'ai trois priorités : réconciliation, rassemblement et reconstruction. J'aimerais discuter avec mes compatriotes qui eux aussi portent un projet devant le peuple mais quand on fait une campagne politique dans un pays en crise nos petites personnes n'ont aucun intérêt. Ce qui est important, c'est quel projet nous proposons pour notre pays et sortir de cette crise.

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