Alain Rodier: Daesh souhaite des combats au sol pour pouvoir exploiter les images dans sa propagande

Alain Rodier© Capture d'écran, vidéo RT
Alain Rodier

L’ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, Alain Rodier a parlé dans l’émission de RT SophieCo, des difficultés dont Daesh fait face et tout ce qui concerne le groupe terroriste.

RT : Des attaques contre la Russie, la France, le Liban et l’Irak, le tout en seulement quelques jours. Comment Daesh a-t-il réussi ? Est-ce que l’Etat islamique surpasse dorénavant les services de sécurité qui s’opposent à lui ?

Alain Rodier (A. R.) : Il est vrai que nous assistons à un changement de stratégie de Daesh qui jusqu’à maintenant se concentrait sur son noyau syro-irakien. Il voulait bien renforcer l’«Etat» islamique dans cette zone et développer un certain nombre de province à l’étranger, en Libye, dans le Sinaï, dans le Caucase, en Afghanistan. Mais quelque chose a changé, c’est-à-dire qu’il n’est plus en odeur de victoire.

Je ne dis pas qu’il est en train de perdre en Syrie et en Irak, mais il rencontre des difficultés. Et pour revenir sur le devant de la scène, il a changé de stratégie et il passe à des attentats de masse qui ont commencé effectivement avec l’attaque contre l’airbus russe.

RT : La France a intensifié ses bombardements contre Daesh, promettant de détruire le groupe. Est-ce que les frappes aériennes sont suffisantes pour éliminer la menace terroriste de Daesh qui pèse sur la sécurité de l’Europe ?

A. R. : Les frappes aériennes, par elles-mêmes n’ont jamais gagné une guerre. Une exception près, c’est le bombardement contre le Japon pendant la Deuxième Guerre mondiale, mais c’est tout de même un petit peu exceptionnel et je ne crois pas que nous allons employer les armes nucléaires.

Ainsi, les frappes ne suffiront pas, il doit y avoir une exploitation au sol mais les exemples d’Afghanistan et d’Irak nous servent de leçon. On ne peut pas envoyer des troupes occidentales vraiment au sol comme ça, parce qu’après on est considéré comme des troupes d’occupation.

Il faut employer les forces qui sont déjà en place. Il s’agit de l’armée irakienne, les milices irakiennes, les Kurdes syriens, les peshmergas irakiens (proches du PKK) et l’armée et les milices syriennes. Mais c’est là où il y a un problème politique puisque la France jusque maintenant mettait comme préalable le départ de Bachar el-Assad avant toute solution politique. Il semble que ce préalable est passé un petit peu deuxième plan. L’ennemi a été désigné : c’est Daesh, pour Bachar el-Assad, on verra plus tard.

RT : Que pensez-vous de la coopération entre la France et la Russie en Syrie?

A. R. : C’est vraiment historique. Il est vrai que pendant la Deuxième Guerre mondiale nous avons coopéré avec les forces de l’Union soviétique à l’époque. Avec par exemple la fameuse escadrille Normandie-Niémen, qui était complétement intégrée dans l’armée de l’air soviétique. Eh bien, c’est la première fois effectivement que des militaires russes et français vont se retrouver côte à côte face à un adversaire commun.

RT : Un chercheur qui a passé du temps en compagnie d’anciens et actuels djihadistes sur le terrain en Syrie et en Irak a indiqué à RT que les actions de Daesh sont conçues de façon à susciter une réaction occidentale à leur encontre, pour mener les pays occidentaux vers la guerre. Croyez-vous que ces terribles attentats du 13 novembre ont été perpétrés pour engager l’Occident dans une invasion massive ?

A. R. : Ce qui est simple avec Daesh :c’est qu’ils disent ce qu’ils vont faire et ils font ce qu’ils disent. Donc, ils l’ont déclaré : «nous voudrions qu’il y ait des soldats américains au sol». Parce que leur rêve c’est de faire des prisonniers, c’est une évidence. Et ensuite de mettre en œuvre toute leur propagande en se livrant à des abominations avec ces prisonniers. C’est ça ce qu’ils souhaitent ardemment. C’est-à-dire un combat quasi au corps à corps sur le terrain qu’ils puissent exploiter médiatiquement.

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