Berruyer : «La France est en guerre» ! Ben oui, depuis longtemps, crétins…

Un restaurant parisien au lendemain des attentats du 13 novembre Source: Reuters
Un restaurant parisien au lendemain des attentats du 13 novembre

Economiste, auteur du blog Les-Crises.fr, Olivier Berruyer livre son point de vue sur les attaques terroristes qui ont fait plus de 120 morts et 250 blessés à Paris le 13 novembre.

Je suis évidemment envahi de tristesse ce soir, évidemment, avec une pensée pour les dizaines de victimes.

On a encore droit aux désormais classiques scènes hallucinantes sur les chaines «d’information», vecteur principal de la diffusion de la terreur en France. Des scènes qui devraient entrainer la saisie immédiate de la carte de presse des journalistes concernés.

Mention spéciale pour le journaliste ayant hurlé ce soir «La France est en guerre», ce qu’on confirme facilement, vu qu’on bombarde depuis des années bon nombre de pays (Afghanistan, Libye, Mali, Syrie…) et qu’on y mène nombre d’opérations clandestines.

On est en guerre ? Eh oui, vu que c’est nous qui l’avons déclarée

Mais bon, c’est vrai que «la guerre» ne commence que lorsqu’il y a des morts en France, jamais quand on tue des personnes (qui sont en fait des «non-personnes») à l’étranger, même des victimes innocentes collatérales. Par chance un autre crétin sur i-Télé a même hurlé qu’Obama était «le chef du monde libre», on croit rêver devant tant de bêtise. Je vous laisse lire le billet précédent sur le rôle de la CIA en Syrie.

Ils sont quand même incroyables ces islamistes syriens : on les bombarde depuis 1 an et ils osent réagir…

On notera aussi qu'au XXIème siècle, la France est «en guerre» quand elle est attaquée par une multitude de 8 personnes avec des fusils ? Ce qui montre la fragilité de nos sociétés. 250 000 morts en Syrie, à cause de nos politiques occidentales délirantes pour mémoire… Combien dorment encore, chez nous, ou cachés dans les masses de réfugiés ?

Pour tout vous dire, je suis particulièrement ému car j’étais dans un bistrot des Halles à Paris ce soir, pas si loin de République, que j’en suis parti à 22h15, que la dernière personne à qui j’ai parlé était un lecteur du blog croisé par hasard, qu’on a parlé géopolitique, Syrie, des dangers de notre politique extérieure, et que, véridique, mes derniers mots avec lui ont été à propos du terrorisme, lui disant «il y a un truc qui m’étonne et me réjouit toujours, c’est qu’il n’est pas encore venu à l’esprit des terroristes d’envoyer 20 ou 50 combattants avec juste une kalachnikov tirer régulièrement dans la foule, un terroriste tous les jours, on se retrouverait sous un régime totalitaire en France en quelques semaines». Vous imaginez donc ma frayeur et mon émotion quelques minutes après…

Vous imaginez aussi enfin mon immense colère contre, certes les assassins (Hollande les a assurés de notre détermination à les combattre, le fait qu’ils soient dispersés façon puzzle devant cependant limiter leur frayeur…), mais également contre nos dirigeants, qui reviennent comme d’habitude la mine triste sur l’air du «Quelle horreur, mais pourquoi nous attaque-t-on, bien sûr on n’a rien fait de mal…». Surtout que cela fait désormais des mois qu’on parle ici de la Syrie et des dangers générés.

Rassurez vous : Cazeneuve ne démissionnera probablement pas (il a finalement réussi à protéger les Franciliens aussi bien qu’il a protégé les journalistes de Charlie Hebdo, il pourra continuer, et oui, un autre n’aurait pas fait mieux, mais on serait ici au moins dans le symbole), Fabius non plus («Al-Nostra, bon boulot sur le terrain», «il faut armer l’opposition syrienne») et on nous demandera de nous rassembler derrière François Hollande, qu’une commission d’enquête parlementaire ne gênera probablement pas des livraisons d’armes en Syrie pour combattre el-Assad, qui ne nous a jamais rien fait, lui… et qui se retrouvent chez les islamistes. Combien de centaines, de milliers de Syriens tués par des armes françaises ? Qui sème le vent… Voilà ce qui se passe quand on passe d’une diplomatie classique basée sur nos intérêts à une diplomatie «des valeurs», comme le rappelait Kissinger dans cet article («Le traité de Westphalie a été fondé sur la nécessité de parvenir à un arrangement avec l’autre, pas sur une sorte de moralité supérieure. Les nations indépendantes ont décidé de ne pas intervenir dans les affaires des autres Etats. Ils ont créé un équilibre des forces qui nous manque aujourd’hui») ou Todd dans celui-ci («Il est inquiétant pour l’anthropologue que je suis de voir les relations internationales sortir d’une logique rationnelle et réaliste pour rentrer dans des confrontations de moeurs dignes de sociétés primitives»).

Oh, j’imagine aussi qu’on nous demandera de manifester ce dimanche ou un autre contre le terrorisme : bon courage, ça a été super efficace la dernière fois.

Les médias continueront à en faire comme d’habitude des tonnes dans l’émotion, dans le «Revivez minute par minute cette soirée d’horreur», dans le «oh, il ‘y a aucun équivalent dans l’histoire, dans le monde, etc», dans le «oh, le monde est solidaire avec nous c’est beau», alors que le double de morts dans l’avion russe il y a deux semaines a été présenté a minima, qu’Obama n’y a pas vu une atteinte contre toute l’humanité, et où je n’ai vu naitre aucune mobilisation #JeSuisRusse, pas plus que #JeSuisLibanais avant-hier… #Non-Personnes…

On nous enjoindra la sacro-sainte «soupe à l’union nationale» qui visera à blanchir tout le personnel politique. Chuut, ne posez surtout pas de questions, ne demandez pas des comptes, union on a dit.

On se drapera du lin blanc de notre innocence, de notre éternelle «inculpabilité». Meuh non, aucun Syrien n’est mort en raison des actions de notre gouvernement bien sûr, il ne pense qu’à notre sécurité…

Bref, SURTOUT, on ne demandera aucun compte à nos dirigeants qui ont pour tâche d’assurer notre sécurité directement et surtout indirectement (politique étrangère). Ni responsables, ni coupables, on verra même leur cote de popularité monter, comme d’habitude…

Enfin, mention spéciale aux gouvernements de l’Arabie saoudite, du Qatar, de la Turquie, et à la CIA, qui financent et soutiennent les islamistes en Syrie : on vous méprise, allez au diable !

Tout comme nos dirigeants que vous achetez, qui préfèrent faire des communiqués hallucinants avec vous, plutôt que de vous combattre…

Source :Les-Crises.fr 

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