Daniel Goldberg : «la question du respect des droits de l’homme passe parfois au second plan»

Faisal Trad © Capture d'écran du compte de Twitter @UNWatch
Faisal Trad

La nomination de l’Arabie saoudite à la tête du panel du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU n’est pas un bon message, affirme le député socialiste Daniel Goldberg, proche du blogueur Raif Badawi.

Ce lundi, l'Arabie saoudite a été nommé à la tête de la plus importante organisation de défense des droits de l'homme dans le monde, le panel du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. Un choix qui étonne, et qui a énormément fait réagir sur les réseaux sociaux. 

Car le rôle de ce comité est tout de même majeur quant à la question des droits de l'homme : le Conseil des droits de l'homme est en effet chargé de nommer les cinq hauts fonctionnaires qui édictent les standards internationaux, de choisir les personnes pour occuper 77 postes relatifs à la défense des droits de l'homme dans différentes régions du monde et d'informer sur les violations perpétrées en matière de droits de l'homme. 

Or, avec plus de 100 exécutions depuis le début de l'année, des bombardements massifs au Yémen, des droits des femmes réduits à portion congrue, l'Arabie saoudite ne fait pas franchement figure d'exemple sur le sujet. Cette nomination fait en tout cas réagir le député socialiste Daniel Goldberg, à l'origine, en juillet dernier, d'une pétition en soutien à Raif Badawi, ce blogueur saoudien condamné 10 ans de prison et 1000 coups de fouet pour s'être opposé au régime.

 Daniel Goldberg est député socialiste de la 3e circonscription de Seine-Saint-Denis. En 2014, il est considéré comme proche des frondeurs et s'abstient sur de nombreux textes proposés par le gouvernement. C'est lui qui a lancé, en 2015, avec Sandrine Mazetier, une pétition de 150 parlementaires demandant l’amnistie du blogueur saoudien Raif Badawi.

RT France : Que vous inspire la nomination de l’Arabie saoudite à la tête de ce panel du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU ?

Daniel Goldberg (D.G.) : Cela doit pousser l’Arabie saoudite à aller plus près de l’idéal que représentent la démocratie et les droits de l’homme, à être exemplaire dans son propre pays. Etre exemplaire, cela veut dire, dans le cas que je connais bien de Raif Badawi, d’aller dans le sens de sa libération, car les faits que je connais, à savoir tenir un blog et donner son opinion, ne méritent pas 10 ans de prison.

RT France : Ne pensez-vous pas que la nomination d’un pays comme l’Arabie saoudite à ce poste interroge sur les choix de l’ONU ?

D.G. : Je ne sais pas comment ce poste est décidé, mais ce n’est pas la première fois que l’on se pose des questions par rapport à certains comités, où siègent souvent des pays qui font débat…. Oui, cela interroge sur le mode de fonctionnement de l’ONU, sur ce que l’on cherche à faire avec ce type de panel. Une chose est sûre, cela ne doit pas être pris comme une médaille pour l’Arabie saoudite.

RT France : Comprenez-vous la faiblesse des réactions à cette nomination, et globalement à la politique saoudienne ?

D.G. : En tant que parlementaires français, toute grande déclaration que je pourrais faire ne changera rien sur place. Je préfère une politique de petits pas, afin de comprendre ce pays et l’aider à avancer. Quand je me suis saisi de la cause de Raif Badawi, il s’agissait de ça. Nous en sommes aujourd’hui à 150 parlementaires signataires, et le sujet est toujours le même : il convient de travailler intelligemment, et de dire aux Saoudiens que s’ils ne veulent pas être vus uniquement comme un agent économique, il faut agir. Et le cas de Badawi est à cet égard exemplaire.

RT France : Espériez-vous, dans le cas de Raif Badawi, mais aussi aujourd’hui, de plus importantes réactions au sommet de l’Etat ?

D.G. : Sur le dossier Badawi, il y a eu une réaction du ministère des Affaires étrangères, et tout ce que nous avons fait était fait en lien avec le gouvernement. Ils ont des contacts avec les autorités saoudiennes, j’ai eu des assurances à ce sujet. Ce dossier est en tout cas exemplaire d’une marche de progrès que doit faire l’Arabie saoudite. Car je n’ai pas l’impression que Badawi ait manqué de respect à qui que ce soit, il a juste pris des positions sur la démocratie ouverte, sur le rôle de la religion dans la sphère publique… Exprimer des idées sur un blog, même différente de la croyance culturelle et majoritaire ne doit pas conduire à une punition. C’est une liberté publique.

RT France : N’avez-vous pas la sensation tout de même, avec ce choix, que l’ONU, et l’occident en général, passe beaucoup de choses à ses riches alliés ?

D.G. : Qu’il s’agisse de l’Arabie saoudite ou d’autres pays sur la scène internationale qui ont une importance forte en terme géopolitiques ou économiques, la question du respect des droits de l’homme passe parfois au second plan… On doit pourtant avoir ce débat avec l’Arabie saoudite, le Qatar ou même la Chine. Encore une fois, je ne connais pas le message derrière cette nomination. Mais pour avoir rapidement vu la composition des pays mis en avant, je ne suis pas sur que cela soit le meilleur message pour tout ceux qui se battent pour les droits de l’homme.

RT France : C’est en substance le message qu’a lancé la femme de Raif Badawi, estimant que cette nomination était « un feu vert à la continuation de la flagellation » de son mari ?

D.G. : Je comprends Ensaf Haidar, que je connais bien. Je lui ai fait visiter l’AN, où il y a un tableau où l’on voit Mirabeau lors des Etats généraux… Je lui ai expliqué que c’était la première fois en France qu’on disait non au roi, j’ai vu ses yeux s’embuer. Je comprends que cette nomination dans un comité dont personne ne sait l’intérêt ni la consistance, avec ce qu’elle vit, la mette en colère.

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