Extension des sanctions antirusses : une question qui divise l’UE (VIDEO)

Drapeau européen Source : AFP Source: AFP
Drapeau européen Source : AFP

Les débats au sein de l’UE montrent que nombre d’Etats membres ne sont «pas pressés» d’étendre les sanctions imposées à la Russie et ne jugent pas nécessaire de faire davantage pression sur Moscou tant que le cessez-le-feu de Minsk tient en place.

Au Conseil de l’Union, la plupart de ministres des Affaires étrangères ont exprimé l’espoir que l’accord de Minsk-2 soit un succès et qu’il ne sera pas nécessaire d’imposer plus de sanctions à la Russie. La réunion s’est tenue sous la forme d’une discussion informelle où les ministres ont abordé le sujet des accords de Minsk, de la mission de  en Ukraine et des moyens de pression sur la Russie.

Prévue dix jours avant un sommet officiel à Bruxelles, la rencontre a montré que l’UE ne pouvait pas encore harmoniser sa position ne serait-ce que sur la prolongation automatique des sanctions actuelles, une mesure pourtant activement prônée par les Etats les plus intrépides.

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«Je pense que nous ne devons pas aller plus loin, nous devons donner une chance à la paix. L’extension des sanctions est possible, mais seulement si la situation ne s’améliore pas», a dit à l’issue de la réunion le ministre des Affaires étrangères espagnol José Manuel García-Margallo cité par l’agence de presse russe RIA Novosti. Le responsable espagnol, par ailleurs, est attendu dimanche à Moscou où il exposera ses vues sur la crise ukrainienne et s’entretiendra au passage avec le ministre russe de l’Energie Alexandre Novak.

Entretemps, le Premier ministre italien Paolo Gentiloni, qui voit des «signaux encourageants» sur le terrain dans l’est de l’Ukraine, estime «qu’il n’y a pas lieu pour le moment d’adopter de nouvelles sanctions ou de reconduire automatiquement les sanctions existantes».

Le ministre autrichien des Affaires étrangères Sebastian Kurz a emboîté le pas à son homologue italien et distingué une lueur d'espoir depuis la conclusion du deuxième accord de  : «Nous devons faire tout notre possible maintenant pour améliorer la situation et déterminer par la suite si cette amélioration s’est vraiment produite pour, le cas échéant, réduire ou étendre les sanctions», a dit Kurz.

La Grèce s’est prononcée contre les sanctions dans la mesure où la Russie contribuera au succès des accords de Minsk. Le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Kotzias a indiqué dans un éclair de perspicacité que «toutes les sanctions ne sont pas constructives» et que l’expérience de son pays est instructive à cet égard. «Nous soutenons les sanctions qui poussent l’autre partie à négocier», a dit Kotzias à la chaîne allemande ARD . «Mais nous sommes contre les sanctions imposées délibérément sous l'emprise de la colère».

La position de l’Allemagne est claire et concise : «Cela dépend de l’accomplissement de l’accord de Minsk», a dit le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier cité par France 24.

L’année dernière, l’Union européenne a suivi la politique de sanctions antirusses iniciée par les  et articulée en six étapes distinctes tout en reconnaissant que les sanctions causent des difficultés croissantes à une économie européenne énergétiquement dépendante de la Russie.

L’UE a hésité à imposer des sanctions économiques sur les secteurs financier, militaire et énergétique russes jusqu’au crash de l’avion MH17 dans l’espace aérien ukrainien l’été dernier, incident qui a été largement imputé à la Russie par les médias occidentaux.

Il est probable que la décision clé de prolonger les sanctions – qui exige l’unanimité – soit reportée à l’été, période pendant laquelle elles sont entrées en vigueur l’année dernière.

Le Royaume-Uni, la Pologne, la Suède et les pays baltes ne partagent pas l’optimisme d'autres pays européens. Le ministre lituanien des Affaires étrangères Linas Linkevicius insiste : le moins que l’UE puisse faire, c’est prolonger les sanctions jusqu’à la fin de l’année. Cette position est partagée par son homologue belge Didier Reynders, qui a appelé à maintenir «l’unité dans l’UE» et à «maintenir la pression pour que la situation change sur le terrain». Le ministre polonais des Affaires étrangères Grzegorz Schetyna s’est voulu menaçant en avertissant que «si Moscou ne change pas sa politique, les sanctions seront renforcées et la Russie le sentira».

«Tous les pays européens parlent d’une seule voix avec l’Australie, les Etats-Unis et le Canada. Le monde libre dit non à cette politique», a-t-il déclaré lors d’une interview pour Polsat News. «Le point de vue polonais est partagé par les autres pays».

Mais derrière la façade des déclarations bellicistes, la  a sollicité la coopération de l’organe russe de contrôle vétérinaire et phytosanitaire (“Rosselkhoznadzor”).

«D’un côté, nos collègues polonais ainsi que lituaniens nous ont critiqués et ont boudé nos offres d’accords bilatéraux, mais de l’autre, ils nous ont contacté pour proposer la création d’un groupe paritaire de contrôle vétérinaire et phytosanitaire», a annoncé à l’agence Tass le directeur de Rosselkhoznadzor Sergeï Dankvert.

Plus tôt en mars, la Grèce a envoyé une lettre similaire pour demander l’organisation d’un séminaire bilatéral sur les exigences sanitaires pour différents types de produits, les Grecs étant désireux que leurs produits «puissent immédiatement atteindre le marché russe» quand les sanctions seront levées.

Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a résumé le débat : certains Etats, selon ses dires, souhaitent arriver le plus vite possible à l’extension des sanctions tandis que d’autres trouvent «un peu contradictoire de dire que Minsk est en train d’être appliqué et que, malgré cela, on va les prolonger jusqu’à la fin de l’année». «Les sanctions sont un moyen de l’échiquier diplomatique, […] mais si on va dans la bonne direction dans l’est de l’Ukraine, il faut aussi réfléchir à les renverser», a suggéré le ministre français.

A son tour, la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a dit que, pour lever les sanctions, il faudrait que des évolutions «vraiment positives» se produisent sur le terrain. L’Union est «toujours prête à augmenter la pression si nécessaire», a-t-elle rappelé à l’antenne de France 24.

L’accord de Minsk signé le 12 février a instauré un cessez-le-feu globalement respecté selon l’OSCE dans une Ukraine déchirée par la guerre.

Au moins 6 000 personnes ont été victimes de la guerre civile dans le sud-est de l’Ukraine, conflit déclenché à la suite du lancement d’une opération militaire punitive par Kiev à l’encontre des populations refusant de reconnaître le coup d’Etat de février 2014 dans les régions de  et Lougansk.

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