Italie : la construction d’une université islamique divise la ville de Lecce

Université islamique divise la ville de Lecce
Université islamique divise la ville de Lecce

L’idée de construire une grande université islamique dans une petite ville du Sud de l’Italie a divisé ses habitants. L’auteur du projet espère éliminer les préjugés contre les musulmans mais se confronte à la peur du changement.

Giampiero Khaled Palladini, converti musulman et président de Confime, une confédération d’entreprises méditerranéennes, croit que cette université peut devenir «un instrument de la paix» dans la ville de Lecce qui est fière de son ouverture d’esprit.

«Nous avons besoin de quelque chose qui pourrait aider à changer l’opinion de la population envers les musulmans», a-t-il dit au site The Local.

Selon son projet, l’université qui pourrait accueillir 5 000 étudiants enseignerait la philosophie, la littérature et la théologie.

Pourtant, Andrea Caroppo, un conseiller régional du parti Nuovo Centrodestra (le Nouveau Centre-droit), affirme que ce projet controversé doit encore être développé sur plusieurs points. «J’ai lu que vous alliez enseigner la "théologie et le "droit". Mais vous ne précisez pas en quelle langue ces matières seront enseignées et s’il y aura un contrôle quelconque des autorités italiennes», a poursuivi le conseiller régional.

Cette université sera créée sur un modèle similaire à celui de l’Université catholique de Milan. Elle sera en outre accessible aux étudiants italiens, comme aux étudiants étrangers. Alors qu’elle doit encore recevoir l’habilitation du ministère de l’Education italien, les 50 premiers candidats se sont déjà inscrits aux cours de langue arabe et de théologie islamique.

Reste que les habitants de Lecce s’inquiètent de l’arrivée d’un grand nombre d’étudiants dans cette ville historique du sud-est des Pouilles de 95 000 habitants, située au centre du Salento. Selon le site The Local, ils redoutent que le caractère de la ville change complètement.

Samedi, Giampiero Khaled Palladini a annoncé que le projet avait été enregistré et que le terrain pour construire le campus avait été trouvé à la périphérie de la ville. Il comprendra des logements, des installations sportives et une mosquée.

Pourtant, la semaine dernière, le maire de Lecce Paolo Perrone a déclaré au journal local Quotidiano di Lecce qu’«en ce moment particulier de l’histoire la ville n’est pas prête».

Les opinions des habitants envers  sont perverties par les craintes croissantes engendrées par les menaces de groupes extrémistes. L’augmentation du nombre de musulmans dans cette région pourrait en outre stimuler une montée des tensions dans la ville.

Le leader du parti Lega Nord, Matteo Salvini, qui a rassemblé au cours du week-end des milliers de personnes dans le centre de Rome pour protester, entre autres, contre la politique migratoire du pays, s’est également opposé au lancement d’une université islamique à Lecce. «Je m’inquiète du fanatisme d’une religion, d’une certaine interprétation de l’islam, qui est la seule à avoir ce "fondamentalisme"», a-t-il déclaré, en ajoutant qu’il s’était prononcé «absolument contre» la possibilité de construire cette université.

Un conseiller de l’unité de planification de la ville, Severo Martini, qui le mois dernier avait rejeté la demande de Palladini de rénover une ancienne usine de tabac pour héberger l’université, affirme que le projet a «fait naître de l'inquiétude» parmi les habitants, en particulier après les attentats meurtriers des extrémistes islamiques dans les locaux de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo il y a deux mois à .

Après la tragédie, le maire de la ville italienne de Padoue a déclaré qu’aucune permission ne serait accordée à la construction de mosquées dans cette ville du Nord de l’Italie.

De plus, le financement de projets de ce type n’est pas sans susciter de questions. «L’autre réserve concerne l’origine du financement. Cette partie n’était pas transparente», a expliqué Servero Martini.

Palladini n’a pas encore donné d’informations précises à ce sujet mais affirme que le financement provient de sponsors privés de pays arabes, en particulier du Qatar et du Koweït. Il affirme qu’il a déjà obtenu des engagements pour les 45 millions d’euros nécessaires à l’ouverture de l’université.

L’Europe s’inquiète que le financement de la construction de mosquées par les pays du  puisse être utilisé pour faire la «promotion cachée» de l’islam radical. En tenant compte de ces craintes, l’Autriche a interdit en février que des mosquées soient construites à l’aide de financements issus de l’étranger.

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