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Défense : l'Union européenne va-t-elle se doter d'une force de réaction rapide ?

Après la reconquête éclair de l'Afghanistan par les Taliban et à la faveur du départ du Royaume-Uni de l'UE, les Etats européens se reposent la question de la pertinence d'une défense commune afin de pouvoir agir militairement de façon autonome.

Les ministres européens de la Défense doivent discuter ce 2 septembre en Slovénie de la création d'une force de réaction rapide, après que le retrait américain d'Afghanistan a suscité une prise de conscience sur la faible marge de manœuvre de l'Union européenne.

Les appels se sont multipliés ces derniers jours pour que le bloc de 27 pays développe sa propre capacité militaire commune afin de répondre rapidement aux crises, après les scènes de chaos à l'aéroport de Kaboul qui ont suivi la prise du pouvoir par les Taliban.

Les ministres européens doivent réexaminer une proposition, présentée pour la première fois en mai, visant à mettre sur pied une force de 5 000 hommes dans le cadre d'une révision de la stratégie de défense de l'UE qui devrait être finalisée en 2022.

Or il y a de sérieux doutes sur la capacité des Européens à faire aboutir un tel projet, l'UE n'ayant jamais été en mesure d'utiliser le système de «groupements tactiques» mis en place en 2007 mais qui requiert l'unanimité des Etats membres pour être activé. 

«Il est clair que la nécessité d'une défense européenne plus importante n'a jamais été aussi évidente qu'aujourd'hui après les événements survenus en Afghanistan», a déclaré ce 2 septembre le chef de la politique étrangère de l'UE, Josep Borrell, en préambule de la réunion au château de Brdo (nord de la Slovénie). «Parfois, il se passe quelque chose qui crée une percée et je pense que les événements survenus cet été en Afghanistan en font partie», a-t-il ajouté.

«Nous devons devenir plus autonomes en tant qu'Européens»

Interrogé sur la création d'une nouvelle force militaire européenne, Josep Borrell a insisté : «Nous devons opter pour quelque chose de plus opérationnel», les groupements tactiques étant restés inutilisés. Le ministre slovène de la Défense, Matej Tonin, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, a estimé qu'une force de réaction rapide pourrait compter entre «5 000 et 20 000 hommes». Il a appelé à la mise en place d'un nouveau système qui permettrait d'envoyer des troupes de «pays volontaires» au nom de l'UE si une majorité d'Etats membres l'acceptaient, au lieu de l'unanimité requise pour les groupements tactiques.

La leçon de l'Afghanistan serait que «nous devons devenir plus autonomes en tant qu'Européens et être en mesure d'agir de manière plus indépendante», a estimé son homologue allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer.

Mais, a-t-elle encore souligné : «Il est très important que nous n'agissions pas comme une alternative à l'Otan et aux Américains.» Le ministre letton Artis Pabriks a déclaré que le bloc devait montrer qu'il avait la «volonté politique» d'utiliser cette force. «Nous essayons de faire des plans énormes sur la défense commune de l'UE mais les groupes de combat existent depuis une décennie. Les avons-nous déjà utilisés ?», a-t-il interrogé.

L'UE est divisée depuis des années sur le rôle qu'elle devrait jouer en matière de défense, notamment en raison des fortes réticences des pays de l'Est, très attachés au parapluie de l'OTAN. Les discussions ont été relancées après la sortie du Royaume-Uni, fermement opposé à la perspective d'une armée européenne. En 2018, le président français Emmanuel Macron avait déjà proposé la création d'une «vraie armée européenne».