Un «nouveau Snowden» publie des documents sur le programme de drones américains

 Source: Reuters

Une source anonyme a diffusé des documents classifiés qui révèlent les détails des opérations des drones américains en Somalie et au Yémen, y compris sur le mécanisme de ciblage des suspects devant être abattus.

Une source issue du renseignement américain, désireuse de garder l’anonymat compte tenu des risques de graves représailles qu’elle encourt de la part des autorités, a transmis des documents classifiés, y compris des slides, des infographies et des analyses concernant les résultats du programme de drones américains à The Intercept.

Ce lanceur d’alerte a justifié son geste en affirmant que la société américaine avait le droit d’être au courant des procédés qui permettaient de constituer une liste de gens qui seront ensuite éliminés sur ordre du gouvernement.

«Cette explosion brusque et scandaleuse de listes de surveillance et de classification de personnes, en leur attribuant des numéros, de «cartes de baseball», la peine capitale sans préavis sur le champ de bataille qu’est le monde entier fut, dès le début, une erreur», a déclaré le lanceur d’alerte à The Intercept.

La série de documents dévoilés contient deux séries de slides qui détaillent les opérations militaires de drones américains en Somalie et au Yémen entre 2011 et 2013, effectuées par la force opérationnelle secrète 48-4.

D’autres documents sur les opérations de drones américains en Afghanistan démontrent que le l’administration a classé les victimes non-identifiés des frappes de drones dans la catégorie des ennemis, même s’ils n’étaient pas auparavant désignés comme des cibles, ce qui a pour avantage de dissimuler le véritable nombre de victimes civiles dans le cadre de ces opérations.

«Rassemblés tous ensemble, ces documents secrets nous amènent à la conclusion que la campagne de Washington extrêmement coûteuse, qui a duré 14 années en s’appuyant de manière excessive sur les informations du renseignement, est lourde d’un bilan de victimes civiles apparemment incalculable et, vu que l’élimination physique était privilégiée à la capture, sans avoir permis d’obtenir des renseignements potentiellement importants des terroristes suspects», a écrit le journaliste de The Intercept Jeremy Scahill.

La plupart des assassinats sont motivés par des renseignement d'origine électromagnétique, allant des métadonnées téléphoniques à l’interception de signaux. Les renseignements souvent défaillants des sources locales sont la première cause de morts civils, a révélé le lanceur d’alerte anonyme.

Les officiers en charge des opérations spéciales déshumanisent ceux dont les noms figurent sur la liste des frappes de drones, éludant ainsi toutes les questions morales, a poursuivi la source. «Ils n’ont pas de droits. Ils n’ont pas de dignité. Ils n’ont aucune humanité. Ils ne sont qu’une "cible" pour un analyste».

Le dossier sur l’opération Haymaker, une campagne aérienne dans le nord-est de l’Afghanistan, démontre que les frappes des drones américains ont tué près de 200 personnes entre janvier 2012 et février 2013, mais seuls 35 d’entre elles furent les cibles visées au départ. Cependant, tous ceux qui ont été tués lors de ces frappes ont été désignés par les militaires comme «ennemi tombé au combat» (EKIA en anglais), pour les cas où il n’était pas possible d’obtenir des preuves précises permettant d’exclure tout lien entre la cible et la personne tuée.

«Toutes les personnes qui se trouvaient à proximité étaient coupables par association», a encore expliqué l’auteur des révélations.

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