Vers une station lunaire scientifique internationale avec la participation de la Russie ?

Vers une station lunaire scientifique internationale avec la participation de la Russie ?© Anton Vaganov Source: Reuters
La Lune aperçue derrière la tour d'affaires du centre Lakhta à Saint-Pétersbourg, le 7 février 2020 (image d'illustration).

Dans un contexte de collaboration spatiale russo-chinoise en développement, Moscou souhaiterait que l'agence spatiale Roscosmos parvienne à un protocole de coopération avec la CNSA, en vue de créer une station lunaire scientifique internationale.

Comme l'a rapporté l'agence de presse Tass le 12 février, le Premier ministre russe Mikhaïl Michoustine a chargé l'agence spatiale de son pays de conclure un protocole de coopération avec la Chine, afin d'aboutir à la création d’une station lunaire scientifique internationale. Citant un décret officiel, Tass évoque ainsi la signature prochaine, par Roscosmos, d'«un mémorandum au nom du gouvernement», portant sur l'exploration russo-chinoise de notre satellite à des fins scientifiques.

Plus tôt, durant l'été 2020, Pékin avait ouvert son projet de station internationale de recherche lunaire (baptisé ILRS) à la collaboration internationale, avec en perspective la mise en place d'une station scientifique sur notre satellite naturel. Ainsi que le rapportait alors la presse scientifique, le projet était déjà soumis au Comité des Nations unies sur les utilisations pacifiques de l'espace extra-atmosphérique.

Moscou, Pékin et la coopération spatiale

Conforme à la volonté mutuelle des deux pays de multiplier les coopérations dans le domaine spatial, l'initiative n'est pas la première en son genre.

En novembre 2017, les agences spatiales russe et chinoise, Roscosmos et la CNSA, s’étaient déjà entendues sur un programme de coopération pour la période 2018-2022 qui comportait alors six axes : «L’étude de la Lune et de l’espace lointain, la science spatiale et les technologies connexes, les satellites et leurs applications, les composants électroniques et les matériaux, la coopération dans le domaine des données de télédétection de la Terre et d’autres sujets», énumère l'agence de presse russe Tass, qui évoque également la création de sous-groupes de travail afin de concrétiser de tels projets.

En tout état de cause, le rapprochement spatial russo-chinois fait face à une stratégie américaine pour le moins belliqueuse à travers laquelle Washington revendique ses ambitions de domination concernant l'exploitation des potentielles ressources naturelles de la Lune. En témoigne notamment un récent article du Wall Street Journal qui, s'appuyant sur les témoignages de plusieurs hauts responsables de l'administration américaine et des industriels du pays, analysait les récentes offensives de Washington afin de conserver son leadership dans la conquête spatiale, notamment en maintenant à distance la Chine et la Russie, reprochant aux deux pays de «défier les intérêts des Etats-Unis dans l'espace».

Exploitation de la Lune : des traités maltraités ?

Initialement inscrits dans le traité de l'espace de 1967, les fondements juridiques de l'exploration du cosmos, donc de la Lune et des autres corps célestes, figurent dans «les traités et principes des Nations unies relatifs à l'espace extra-atmosphérique», un ensemble de textes qui souligne, entre autres, l'importance d'«éviter que la Lune ne puisse servir d'arène à des conflits internationaux».

Si les traités en question n'interdisent pas aux pays signataires d'envoyer dans l'espace du personnel militaire pour des objectifs scientifiques ou à d'autres fins pacifiques, ils mettent cependant en garde contre les attitudes belliqueuses. «Est interdit tout recours à la menace ou à l’emploi de la force ou à tout autre acte d’hostilité ou menace d’hostilité sur la Lune. [Elle] ne peut faire l’objet d’aucune appropriation nationale par proclamation de souveraineté, ni par voie d’utilisation ou d’occupation, ni par aucun autre moyen», précisent par exemple les textes onusiens.

Des principes que l'histoire de la conquête spatiale a d'ores et déjà égratignés. Ce fut le cas notamment en 2015, quand Barack Obama signa le fameux «Space Act» qui stipulait que si les Etats-Unis ne remettaient pas frontalement en cause l'idée de non-propriété des corps célestes, ils revendiquaient néanmoins un droit d'appropriation des richesses présentes.

En 2020, Washington annonçait la signature par huit pays des accords Artemis (dans le cadre du programme lunaire américain du même nom), censés soutenir une exploration pacifique de la Lune mais pour lesquels, conformément à leur non-participation au programme en question, n'ont été conviées ni la Chine ni la Russie. Le texte final contient par ailleurs une clause sur la création de zones de sécurité qui «bouscule le vieux consensus international sur l’exploitation et l’appropriation des ressources "extraterrestres", celles que l’on pourra tirer de la Lune et, à plus long terme, des astéroïdes», ainsi que le soulignait le journal Le Monde le 7 juillet 2020.

«La militarisation de l'exploration lunaire est inacceptable», a de son côté récemment écrit le patron de l'agence spatiale russe, en réaction à la publication de l'article du Wall Street Journal mentionné en début d'article.

Ambitions de domination, perspectives de coopérations : force est de constater que les projets spatiaux de chacun s'inscrivent dans une géopolitique de l'espace profond qui n'en est qu'à ses balbutiements, et où certains ont plus d'expérience que d'autres. Terrain particulièrement propice à l'accélération des tensions extra-atmosphériques, la Lune s'avère particulièrement convoitée. Et pour cause, son pôle sud pourrait en effet, en plus de l'exposition solaire quasi permanente dont il bénéficie par endroits, renfermer un volume de glace d'eau considérable, particulièrement précieux pour la production d'énergie sur place, tant pour y ravitailler des fusées que pour l'approvisionnement en électricité de futures bases humaines.

Fabien Rives

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