Présidentielle en Equateur : Arauz au second tour, deux autres candidats au coude-à-coude

Présidentielle en Equateur : Arauz au second tour, deux autres candidats au coude-à-coude© REUTERS/Johanna Alarcon
Des partisans d'Andrés Arauz rassemblés à Quito le 4 février (image d'illustration).

Andrés Arauz, le candidat soutenu par l'ex-président Correa, est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle. La seconde place se jouera entre l'ex-banquier Guillermo Lasso et l'indigène Yaku Perez, au coude-à-coude.

Retournement de situation en Equateur : alors que les sondages de sortie des urnes indiquaient un second tour entre le socialiste Andrés Arauz et le libéral-conservateur Guillermo Lasso, les résultats partiels publiés par la commission électorale ce 8 février avec 94,4% des bulletins dépouillés, donnent Lasso (19,61%) au coude-à-coude pour la deuxième place avec l'indigène Yaku Perez (19,70%). Andrés Arauz se place en tête avec 32,32% des voix, selon ces résultats officiels partiels.

Les Equatoriens devront choisir le 11 avril entre des projets diamétralement différents.

Trois hommes, trois projets 

Si Guillermo Lasso est élu, alors le pays continuera dans la voie tracée par l’actuel président Lenin Moreno, à savoir l’application d’une politique libérale soutenue par les institutions financières internationales telles que le FMI. Une politique à laquelle est également favorable Washington, hostile aux projets socialistes latino-américains. Conservateur de droite, Guillermo Lasso a dirigé une les banques les plus importantes d’Equateur et est membre de l’Opus Dei. Il dit vouloir rompre avec la politique de Moreno, mais il semble, eu égard à son profil et son programme, destiné à mener une politique similaire dans les grandes lignes.

En 1997, alors qu'il était nommé ministre de l’Economie et de l’Energie par le président Jamil Mahuad, Guillermo Lasso démissionnait rapidement de sa fonction, en exprimant son désaccord avec le président sur la question d'un moratoire sur le paiement de la dette externe tandis que la crise économique poussait cette année-là à l'exil plus d'un million d’Equatoriens. En 2003, Lasso acceptait le poste d'ambassadeur itinérant que lui proposait le président Lucio Gutiérrez. A ce poste, il s'affaire en particulier à resserrer les relations diplomatiques avec les Etats-Unis.

Cet ex-banquier de Guayaquil s’est déjà présenté deux fois à la magistrature suprême de son pays, en 2013 et 2017, battu à chaque fois par les candidats de la «révolution citoyenne».

Si les Equatoriens lui préfèrent Andrès Arauz, ce sera alors le retour de la politique socialiste en faveur des plus démunis engagée par Rafael Correa. Andrés Arauz serait un des plus jeunes présidents au monde. Il n’a en effet que 36 ans. Inconnu il y a encore quelques mois, cet économiste a néanmoins dirigé la Banque centrale d’Equateur et a été ministre de la Culture de la Connaissance et du Talent humain sous Rafael Correa.

Il compte poursuivre la politique socialiste engagée par son mentor et dans un premier temps, il a promis de redresser l’économie laissée dans un état assez inquiétant par Lenin Moreno. Parmi ses promesses de campagne, celle de verser 1 000 dollars à un million de familles durant son premier mois au pouvoir, pour relancer l’économie très fragilisée également par l’épidémie de coronavirus qui a durement frappé le pays.

Nous devons nous éloigner de l'hégémonie du pays unique, en particulier dans l'hémisphère occidental

A l'international, Andrés Arauz affirme vouloir bâtir des relations diversifiées avec tous les pays du monde. Il croit au multilatéralisme et rejette l'idée d'un monde multipolaire. «Nous devons nous éloigner de l'hégémonie du pays unique, en particulier dans l'hémisphère occidental», avait-il déclaré durant sa campagne, en allusion aux Etats-Unis dont l'Amérique latine est souvent considérée comme la «chasse gardée». Andrés Arauz qui parle anglais, français et russe, entend nouer, à la manière de Correa, des relations avec la Chine et l’Asie en général et entretenir de bonne relations avec les Etats-Unis, l'Europe, le Canada et la Russie.

Mais sa priorité reste néanmoins «l'intégration latino-américaine». «Nous avons besoin de notre propre bloc [de pays] – le bloc latino-américain». Il espère à cet égard faire revenir l’Equateur dans l’UNASUR (Union des nations sud-américaines) dont l’avait exfiltré Lenin Moreno, et développer des échanges entre les peuples latino-américains. Par exemple, il souhaite développer un projet d’éducation similaire au programme Erasmus en Europe.

Enfin, le leader et militant indigène et écologiste Yaku Perez, âgé de 51 ans, ne représente qu'une partie du mouvement indigène équatorien, très divisé, et plutôt l'aile droite de ce mouvement. Affichant une grande animosité envers le corréisme et la gauche latinoaméricaine en général, le surnommé «Yaku» avait ainsi qualifié l'ancien président bolivien indigène Evo Morales de «petit dictateur» au lendemain du renversement de celui-ci lors du coup d'Etat de novembre 2019. Il avait en outre appelé à voter pour Guillermo Lasso lors de la présidentielle de 2017. Ce dernier lui a récemment rendu la pareille en assurant qu'il appellerait à voter Yaku si toutefois celui-ci se retrouvait au second tour face à Andrés Arauz.

Le candidat corréiste espérait une victoire dès le premier tour. Cela lui aurait en effet facilité la tâche. Avec ce second tour, l’opposition au corréisme risque de s’unir contre lui. La bataille électorale pourrait ainsi se révéler serrée le 11 avril, d’autant plus que les Equatoriens montrent une certaine lassitude et un désintérêt pour la chose politique après ces quatre dernières années sous un Lenin Moreno qu’ils avaient élu pour poursuivre la politique de Rafael Correa et qui a littéralement trahi ce projet socialiste. La crise sanitaire qui a très durement frappé le pays entraînant dans son sillage une grave crise économique n’a rien arrangé. Mais c’est une nouvelle campagne qui commencera et les candidats auront encore deux mois pour continuer à se démarquer l’un de l’autre et remotiver la population à venir aux urnes.

Meriem Laribi

 

 

 

 

 

 

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