L’Arabie saoudite coule l’enquête de l’ONU sur les crimes de guerre au Yémen, Washington reste muet

Les conséquences d'un raid aérien saoudien à Sanaa Source: Reuters
Les conséquences d'un raid aérien saoudien à Sanaa

Les Pays-Bas ont abandonné leur proposition d'enquête de l’ONU sur les crimes de guerre présumés au Yémen en cédant à la résolution proposée par l’Arabie saoudite qui est accusée de faire le plus grand nombre de morts civils dans le conflit.

L’Arabie saoudite encadre toute une coalition de pays arabes qui attaque les houthis depuis le mois de mars dans le but de remettre le président déposé Hadi au pouvoir. Et ses selon les données de l’ONU, ce conflit a fait au moins 2 355 morts parmi les civils pendant les six mois du conflit. La majorité d’entre eux a péri lors de raids Saoudiens.

La dernière atrocité dans cette guerre est un raid apparemment saoudien qui a tué 131 personnes lors d'un mariage. Cependant, les Saoudiens ont démenti toute attaque de leur part.

Selon Amnesty International, l’organisation de la défense des droits de l’homme, beaucoup de ces pertes civiles peuvent être considérées comme des crimes de guerre. Et le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme Zeid Ra'ad Al Hussein a appelé à une enquête indépendante et internationale sur les crimes de guerre présumés dans le pays.

Après cet appel, les Pays-Bas ont proposé une résolution qui prévoit, entre autre, l’envoi d'experts de l’ONU au Yémen pour enquêter sur les crimes commis par toutes les parties. Cette proposition a été soutenue par un grand nombre de pays européens.

Mais l’Arabie saoudite avec ces alliés de la coalition arabe, la Qatar et les Emirats arabes unis, ainsi que les membres du Conseil et le gouvernement yéménite en exil se sont opposés au document. Les Saoudiens, eux, ont gagné leur au conseil conformément à un accord secret avec le gouvernement britannique, selon Wikileaks.

Pour sa part, l’Arabie saoudite a proposé sa propre résolution qui n’envisage pas d’enquête indépendante internationale et au lieu de cela a appelé l’ONU à soutenir une enquête menée par le gouvernement de Hadi. Les groupes de défense des droits de l’homme se sont prononcés contre cette résolution car elle pourrait diminuer les crimes saoudiens.

En savoir plus : Wikileaks : petites combines du Royaume-Uni et de l’Arabie saoudite pour s’assurer des sièges au CDH

Les Américains restent silencieux

Alors que les Saoudiens continuent de pousser leur résolution, les Etats-Unis restent muets sur les débats et n’ont pas apporté leur soutien à la proposition néerlandaise en disant qu’ils «suivent de près les discussions actuelles».

Les Etats-Unis eux-mêmes aident l’Arabie saoudite, leur allié dans la campagne de bombardements au Yémen en matière de logistique et de ciblage. Par ailleurs, les Etats-Unis sont le plus grand fournisseur d’armes aux forces armées saoudiennes.
Mercredi, les Pays-Bas ont annoncé qu’ils abandonnaient leur résolution, laissant ainsi l’Arabie saoudite seul contestateur de l’approbation de l’ONU.

Et l’opposition de facto de Washington a joué un grand rôle dans, selon Nicolas Agostini, le représentant de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme : «L’expression trop tardive du soutien à la résolution néerlandaise et l’accent sur la nécessité d’atteindre le consensus a bénéficié de facto aux Saoudiens».

Dans le même temps, «il s’agit d'une politique du deux poids deux mesures et de l’hypocrisie», estime Sreeram Chaulia, professeur associé de politique étrangère à la Faculté de Droit de Jindal à Sonipat. «Ainsi, les entendre parler de leur inquiétude concernant les pertes civiles n’est pas logique. Ils ont tué des milliers de personnes au Yémen et maintenant ils montrent de fausses images et utilisent une nouvelle propagande prétendant qu’il y a des morts parmi les civils, causés par les bombardements de l’aviation russe», a-t-elle déclaré à RT.

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