Wikileaks : petites combines du Royaume-Uni et de l’Arabie saoudite pour s’assurer des sièges au CDH

Le ministre des affaires étrangères saoudien le Prince Saud al-Faisal et son homologue britannique, Philip Hammond Source: Reuters
Le ministre des affaires étrangères saoudien le Prince Saud al-Faisal et son homologue britannique, Philip Hammond

Deux ans après la désignation controversée de l’Arabie saoudite au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU (CDH), un câble de Wikileaks a révélé que le gouvernement britannique a joué des pieds et des mains pour favoriser cette nomination.

Quelque 61 dossiers du ministère saoudien des Affaires étrangères datés de janvier et février 2013 traduits par UN Watch et le journal The Australian indiquent que le Royaume-Uni et l’Arabie saoudite ont conclu un accord secret afin de s’assurer de l’élection des deux pays au Conseil des droits de l'homme de l’ONU en 2013 malgré le passif de l’Arabie saoudite dans ce domaine.

Un des câbles secrets, dévoilé par Wikileaks en juin souligne : «Le ministère pourrait voir comme une opportunité que le Royaume saoudien soutienne la candidature du Royaume-Uni à l’adhésion des pays membres pour prendre la tête du Conseil pendant la période 2014-2015 en échange du soutien du Royaume-Uni pour la candidature de l’Arabie saoudite».

Une autre source diplomatique a stipulé qu’il existait un prix d’entrée pour faire partie de cet organe influent de l’ONU. Un câble a révélé que l’Arabie saoudite a transféré plus de 88 000 euros pour «les dépenses relatives à la campagne visant à désigner le Royaume pour l’élection au Conseil des droits de l’homme».

Alors que le régime saoudien a déjà exécuté 135 personnes depuis le début de l’année, arrivant presque au niveau de 2013, année durant laquelle le royaume avait été classé parmi les cinq pays ayant perpétré le plus d’exécutions cette année-là.

D’après les comptes d’Amnesty International, au moins 79 exécutions avaient été réalisées en 2013. Et au moins trois d’entre elles concernaient des crimes que les auteurs auraient commis lorsqu’ils étaient âgés de moins de 18 ans.
La justice pénale d’Arabie saoudite est basée sur la Charia et diffère de l’interprétation des droits de l’Homme et de la loi inscrite dans le CDH.

Dans le pays, la peine de mort peut être imposée pour un grand nombre de délits en dehors de l’homicide, y compris le viol, le blasphème, la sorcellerie et la magie. Les exécutions sont effectuées en public et peuvent être infligées par décapitation, par arme à feu, par lapidation et parfois suivie de crucifixion.

Pour le moment, Riyad subit d’intenses pressions pour avoir condamné Ali Mohammed al-Nimr à la mort par décapitation et crucifixion. Cette peine a été infligée à Ali, qui n’avait que 17 ans au moment des faits, pour ses activités antigouvernementales présumées en 2012.

La nomination controversée provoque de vives réactions

Les révélations de WikiLeaks sur la connexion secrète Londres-Riyad ont suscité de nouvelles inquiétudes autour de la sincérité des pays occidentaux, qui affirment se battre pour la défense des droits de l’homme.

«Si la Grande-Bretagne conclut des accords en coulisse avec les responsables saoudiens concernant les droits de l’Homme, ce serait une claque à la face des activistes saoudiens assiégés qui luttent déjà contre les persécutions endémiques dans le Royaume», a fait savoir Allan Hogarth de l’Amnesty International au Guardian.

«Le Royaume-Uni devrait soutenir les droits [des activistes persécutés], au lieu de mettre en avant les références non existantes en matière des droits de l’homme du Royaume», a-t-il ajouté.

D’après Hillel Neuer, directeur exécutif de UN Watch, «en se fondant sur les preuves présentées, nous demeurons profondément préoccupés que le Royaume-Uni puisse être engagé par contrat dans la désignation du régime le plus misogyne de la planète en tant que juge mondial des droits de l’Homme».

Entretemps, le Bureau des Affaires étrangères a expliqué à The Australian que c’était une «pratique courante» de ne pas révéler les intentions de vote, une assertion démentie par UN Watch.

«L’allégation du Bureau des Affaires étrangères qui prétend que dissimuler son vote est une pratique courante avec tous les membres est manifestement fausse».

Le directeur trouve «inquiétant» le fait que Londres refuse de nier l’existence d’un accord de vote politisé. L’ONG est également furieuse que le Bureau n’est pas capable de rassurer le public quant à la conformité des pratiques de vote de Londres aux principes du CDH, qui essaie d’élire les pays membres en se basant sur leur respect des droits de l’homme.

L’accord de vote secret de 2013 a réapparu dans l’actualité à la lumière de la nomination de Faisal bin Hassan Trad, l’ambassadeur de l’Arabie saoudite au siège genevois de l'ONU, à la tête d'un panel du Conseil des droits de l’Homme, causant une nouvelle vague de critique.
Ainsi, cette désignation est considérée comme scandaleuse puisque selon l’ONG Human Rights Watch (HRW), seuls la Chine et l’Iran ont exécuté plus de personnes cette année.

En fait, dans son dernier rapport sur le Royaume saoudien, le HRW accuse la monarchie de «discrimination systématique» contre les femmes et les minorités religieuses tandis qu’il soumet des centaines de personnes à des procès injustes et à la détention arbitraire. L’ONG s’est également prononcée contre les régulations antiterroristes introduites en 2014, utilisées pour qualifier «de terroriste presque toute les formes de critique pacifique envers les autorités».

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