«Obamagate» : Donald Trump accuse son prédécesseur dans le mythe de la collusion russe

«Obamagate» : Donald Trump accuse son prédécesseur dans le mythe de la collusion russe Source: Reuters
Barack Obama reçoit Donald Trump à la Maison Blanche le 10 novembre 2016, peu après la victoire de ce dernier à l'élection présidentielle américaine.

D'un simple mot, Donald Trump a déclenché une tempête outre-Atlantique, suggérant l'implication de Barack Obama dans la création du mythe de la collusion russe. La genèse de l'affaire révélera-t-elle une histoire d'espionnage d'un opposant politique?

Barack Obama a-t-il une responsabilité dans la construction et la diffusion du mythe affirmant l'existence d'une collusion entre l'équipe de campagne de Donald Trump et la Russie, qui a empoisonné la présidence du milliardaire trois ans durant ? C'est ce que sous-entend avec emphase le locataire de la Maison Blanche, qui a ouvert les hostilités d'un tweet laconique le 10 mai : «Obamagate !»

Une attaque qui fait suite à la récente déclassification de documents montrant qu'à aucun moment les agences du renseignement n'ont disposé d'une quelconque preuve de collusion, mais que le FBI a malgré tout choisi de poursuivre son enquête sur la base d'éléments que l'organisation savait peu – voire pas du tout – fiables. Cette attaque intervient surtout alors que le général Michael Flynn, un ancien conseiller de Donald Trump contraint à la démission à cause des soupçons du renseignement sur sa prétendue proximité avec Moscou, a été blanchi par le département américain de la Justice. Le ministère de la Justice a en effet estimé que le FBI avait tenté de piéger Michael Flynn, et que l'enquête à son encontre n'avait pas «de base légitime».

Autant d'éléments qui donnent un crédit certain aux accusations de «chasse aux sorcières» dont se dit victime Donald Trump depuis des mois. Si jusqu'à présent les services du renseignement se trouvaient au premier rang du banc des accusés, le chef d'Etat pointe donc désormais la responsabilité de Barack Obama dans l'affaire. «Si j'étais sénateur ou député, la première personne que je convoquerais pour témoigner sur le plus grand crime politique et scandale de l'histoire des Etats-Unis – de LOIN –, serait l'ancien président [Barack] Obama. Il était au courant de TOUT», a-t-il ainsi affirmé sur Twitter le 14 mai, demandant au sénateur Lindsay Graham de passer à l'acte.

Obama au courant de la conversation Flynn/Kisliak

Pour comprendre ce qui pousse le président américain à impliquer son prédécesseur de la sorte, il faut s'intéresser à un document du FBI déclassifié, dans lequel un témoin relate une réunion qui s'est tenue le 5 janvier 2017 dans le bureau ovale, une quinzaine de jours seulement avant l'intronisation de Donald Trump. Y participaient le directeur du FBI James Comey, le directeur de la CIA John Brennan, le directeur du renseignement James Clapper, le vice-président Joe Biden, la conseillère à la sécurité nationale Susan Rice, et la vice-procureure générale Sally Yates.

A la fin de cette réunion, lors de laquelle Barack Obama a notamment demandé à ce que les informations dont disposait l'appareil d'Etat concernant la Russie ne soient pas totalement partagées avec l'équipe de Trump, le président américain a souhaité s'entretenir avec Sally Yates et James Comey. C'est à ce moment-là qu'il a confié, à la grande surprise de Sally Yates, être «au courant des informations concernant [Michael] Flynn». «[Barack] Obama a précisé qu'il n'avait pas d'informations supplémentaires sur le sujet, mais qu'il cherchait à savoir si la Maison Blanche devait traiter [Michael] Flynn différemment, compte tenu de ces informations», poursuit le document déclassifié.

La question est ici de savoir comment Barack Obama était au courant de la mise sur écoute du général Flynn par le FBI, et de la conversation de ce dernier avec l'ambassadeur de Russie Sergueï Kisliak. Sally Yates, pourtant numéro deux du département de la Justice, n'avait elle-même «aucune idée de quoi parlait le président, mais l'a compris au cours de la conversation». «Il n'était pas clair pour [Sally] Yates d'où le président avait reçu ces informations pour la première fois. [Sally] Yates ne se souvenait pas de la réponse de [James] Comey à la question du président sur la façon de traiter [Michael] Flynn. Elle était tellement surprise par les informations qu'elle entendait qu'elle avait du mal à les traiter et à écouter la conversation en même temps», est-il encore indiqué dans le document.

Procédure de «démasquement»

L'identité d'une personne mise sous surveillance aux Etats-Unis est en effet tenue secrète, dans le respect du 4e amendement de la Constitution. Il existe toutefois une procédure, le «démasquement», qui permet de révéler cette identité aux personnes qui le demandent, si tant est qu'elles disposent d'une bonne raison pour cela. Dans le cas de Michael Flynn, un document que vient de déclassifier le nouveau directeur du renseignement Richard Grenell montre que plusieurs hauts responsables de l'administration Obama ont requis ce «démasquement», notamment l'ancien vice-président Joe Biden. Il faut ici souligner que le nom de Barack Obama n'apparaît pas dans cette liste, et qu'il n'aurait donc pas dû être au courant de cette information.

Autre élément notable, certaines de ces requêtes sont antérieures à la conversation entre Michael Flynn et Sergueï Kisliak, qui était pourtant la pierre angulaire de la prétendue proximité de l'ancien général avec Moscou selon le camp démocrate. Enfin, l'identité de Michael Flynn et la teneur de sa conversation sont apparues dans le Washington Post le 12 janvier 2017 ; un des «démasqueurs» a donc fourni cette information à la presse, ce qui constitue un crime aux yeux de la loi américaine.

Avec l'acquittement de Michael Flynn et les révélations sur la volonté manifeste du FBI de le piéger, les responsables démocrates qui ont demandé ce «démasquement» se retrouvent donc dans une position pour le moins inconfortable. Interrogé par le journaliste George Stephanopoulos le 12 mai sur sa connaissance de l'enquête visant Michael Flynn, Joe Biden a assuré qu'il ne savait rien de ces démarches. Le lendemain, son nom était pourtant révélé parmi les démasqueurs...

«Le "démasquement" est quelque chose de très important. [...] J'ai regardé Joe Biden dans "Good Morning America" [le nom de l'émission présentée par George Stephanopoulos], et il a dit qu'il ne savait rien à propos de rien. Et il a été révélé aujourd'hui qu'il était un des "démasqueurs". Comment ne pouvait-il être au courant de rien s'il était un des "démasqueurs" ?», s'est interrogé Donald Trump lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche le 13 mai.

Espionnage d'un opposant politique ?

Entre les lignes, Donald Trump laisse entendre que l'administration Obama a espionné son équipe pour tenter de nuire à ce qu'il représentait, un adversaire politique : «C'est le plus grand crime politique de l'histoire de notre pays. Si j'étais démocrate et non républicain, je pense que tout le monde serait en prison depuis un bon moment.»

Durant le second mandat de Barack Obama, les agences de renseignement ont multiplié par trois leurs écoutes de citoyens américains, note à ce propos le journaliste John Solomon, qui souligne qu'il est alors «devenu plus tentant de chercher à écouter, après coup, des conversations interceptées d'adversaires politiques, c'est-à-dire en fait d'espionner les conversations réelles». «Ces peurs se sont réalisées mercredi [le 13 mai], lorsque les documents déclassifiés [...] ont montré que plus d'une douzaine de proches de Barack Obama ont cherché à "démasquer" plus de deux douzaines de conversations impliquant le futur conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn. Et c'est arrivé dans les deux mois entre l'élection de Donald Trump et son investiture», explique-t-il.

Reste à savoir dans quelle mesure un crime a été commis au regard de la loi. Pour l'heure, le seul élément qualifiable de crime de façon certaine est la divulgation de l'identité de Michael Flynn et de sa conversation avec Sergueï Kisliak à la presse. Pour le reste, le président du comité judiciaire du Sénat, Lindsey Graham, le président du comité des finances du Sénat, Charles Grassley, et le président du comité sénatorial de la sécurité intérieure et des affaires gouvernementales, Ron Johnson, ont promis d'ouvrir des enquêtes.

«A la lumière du "démasquage" du général Flynn par l'administration Obama, le travail du Congrès consistera à étudier ces demandes de "démasquage", pour s'assurer que le processus a été utilisé pour des préoccupations légitimes de sécurité nationale, pas pour des représailles ou de la curiosité politique», a fait savoir Lindsay Graham le 13 mai. «Je veux spécifiquement savoir combien de demandes de "démasquage" ont été faites, le cas échéant, au-delà du général Flynn, concernant des membres de l'équipe de campagne Trump, de sa famille ou de ses associés», a-t-il précisé. Avec donc pour but de déterminer si les responsables démocrates disposaient d'une raison valable pour requérir le «démasquage» de leurs opposants politiques.

Frédéric Aigouy

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