L'UE se lance dans la course à l'intelligence artificielle mais pas pour défier les USA et la Chine

L'UE se lance dans la course à l'intelligence artificielle mais pas pour défier les USA et la Chine© /FW1F/Christina Cfincher Source: Reuters
Le commissaire européen du marché intérieur et aux services Thierry Breton à Bruxelles, le 15 février 2020.

Le commissaire européen au Marché intérieur et aux services, Thierry Breton, présentera la stratégie européenne en matière d’intelligence artificielle le 19 février. L’objectif est clair : rattraper le retard face à Washington et Pékin.

Des applications de traduction instantanée à la reconnaissance faciale, l’intelligence artificielle va envahir le quotidien des Européens. Le 19 février, la Commission européenne va dévoiler son plan dans un «Livre blanc» visant à réguler l’intelligence artificielle, avec l'espoir d'encourager les entreprises européennes dans ce secteur hautement stratégique. Dans ce domaine largement dominé par les Etats-Unis et la Chine, l’Union européenne cherche logiquement à rattraper son retard.

L'Europe veut gagner la deuxième manche du numérique

Bruxelles reconnaît que les entreprises européennes ont dans une large mesure raté la première vague de la révolution technologique ; seule la plateforme suédoise Spotify, leader mondial de la musique en ligne, est un acteur aussi reconnu que les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple). C'est la raison pour laquelle l'Union européenne est aussi impliquée dans cette course. Didier Reynders, commissaire européen à la Justice, a annoncé à quelques heures de l'annonce du plan, sur son compte Twitter, que «l’Europe a un plan pour gagner la seconde manche du numérique». 

Cependant, l’Union européenne demeure en pointe sur la défense de certaines valeurs éthiques, notamment avec le «Règlement général sur la protection des données» (RGPD). Lancé le 25 mai 2018, ce règlement prévoit des droits renforcés pour les internautes et impose à toutes les entreprises – sur le web ou non – de demander un «consentement explicite et positif» afin d’utiliser des données personnelles collectées ou traitées au sein de l’Union.

«Comme avec le RGPD, nous aurons nos propres règles [...] nous nous assurerons que les droits individuels et fondamentaux que nous chérissons en Europe seront respectés», a déclaré Thierry Breton dans un communiqué à l’AFP.

La reconnaissance faciale est l'un des exemples les plus cités de l'intelligence artificielle, réveillant l'angoisse d'un «Big Brother» qui espionnerait chacun des mouvements des citoyens. La rumeur avait couru que la Commission comptait demander un moratoire sur son usage. Il n'en est rien. Car en effet, elle est déjà largement utilisée dans divers domaines : pour débloquer son smartphone ou passer rapidement les contrôles dans les aéroports. «Nous allons dire, dans un langage très juridique, que nous allons faire une pause et déterminer s'il existe des circonstances dans lesquelles la reconnaissance faciale de masse doit être autorisée», a déclaré récemment la vice-présidente de la Commission en charge du numérique, Margrethe Vestager.

Réglementer l'intelligence artificielle, c'est «un peu comme le Far West, on démarre sur des terres vierges où on fait un peu comme on veut mais après cela, on doit s'organiser», commente le commissaire européen au Marché intérieur.

L'attitude de l'Union européenne vis-à-vis de l'intelligence artificielle sera proportionnelle au risque : plus l'utilisation sera dangereuse ou controversée, plus les règles seront strictes. Cette stratégie est plutôt bien accueillie par les entreprises, qui craignaient que Bruxelles ne tente de fixer des règles générales pour l'industrie toute entière et n'étouffe l'innovation. 

Déclaration de guerre aux Etats-Unis ?

Bien que largement distancée par les deux premières puissances mondiales, les Etats-Unis et la Chine, la Commission européenne insiste sur le fait que la stratégie de l'Union ne vise pas à déclarer la guerre aux États-Unis et à la Chine. Le commissaire à la justice, Didier Reynders, a déclaré qu'«en termes de responsabilité ou de sécurité, quelle que soit l'origine de ces produits, un certain nombre de règles devront être acceptées pour pouvoir opérer dans l'UE».

Les premières annonces de la Commission européenne constituent le coup d'envoi d'un long processus législatif. Au cours des trois prochains mois, les parties prenantes auront la possibilité d'influencer les plans de la Commission. Les patrons de Google et de Facebook ont déjà fait connaître leur point de vue lors de leurs récentes visites au siège de l'UE. «La discussion est véritablement ouverte à tous. L'objectif n'est pas de dire "voilà, ce sont les règles"», a déclaré le commissaire Reynders, ancien ministre belge des Affaires étrangères.

L'Union européenne espère ainsi faire, à la fin de l'année, des propositions législatives qui devront être approuvées par les États membres et ratifiées par le Parlement européen.

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