Venezuela : contesté au sein même de l'opposition, Juan Guaido conserve l'appui de Washington

Venezuela : contesté au sein même de l'opposition, Juan Guaido conserve l'appui de Washington© Fausto Torrealba Source: Reuters
Juan Guaido, leader du parti politique d'opposition vénézuélienne Volonté populaire.

Malgré l'élection de son rival Luis Parra à la tête de l'Assemblée nationale, Juan Guaido, qui revendique la victoire, a été rapidement félicité à l'international. Sa légitimité au Venezuela est pourtant très contestée, même au sein de l'opposition.

Deux jours après avoir organisé un scrutin officieux dans les locaux du quotidien El National – à l'issue duquel il a revendiqué sa victoire en tant que président de l'Assemblée nationale vénézuélienne (institution au sein de laquelle les députés de l'opposition sont majoritaires) – Juan Guaido a fait son retour le 7 janvier dans l'hémicycle, «forçant le passage que lui bloquait une haie de forces de l'ordre casquées [et parvenant à se] frayer un chemin jusqu'au perchoir», rapporte l'AFP, qui a par ailleurs décrit «une journée houleuse» à Caracas, marquée par «des actes de violence aux abords du Parlement envers des diplomates et des journalistes».

L'image parle d'elle même...

Refusant de reconnaître l'élection officielle, deux jours plus tôt, de Luis Eduardo Parra, en tant que président de l'Assemblée nationale, Juan Guaido a prêté serment à l'intérieur de l'édifice, réaffirmant être le président par intérim du pays, après s'être autoproclamé en tant que tel dès janvier 2019. «Au nom du Venezuela, je jure de remplir les devoirs de président par intérim», a-t-il répété ce 7 janvier.

Un coup d'éclat qui a fait mouche auprès de la presse internationale, non sans faire réagir certains observateurs des événements. «L'image parle d'elle-même...», a ainsi écrit Romain Migus, journaliste politique spécialisé dans les actualités vénézuéliennes, commentant une photographie montrant Juan Guaido discourir depuis le perchoir de l'Assemblée, devant quantité de caméras mais face à un hémicycle par ailleurs assez clairsemé. 

Un opposant en mal de popularité...

A l'image des piques qui lui ont récemment été adressées de part et d'autre de l'opposition politique, Juan Guaido peine de plus en plus à convaincre de sa légitimité en tant que principal opposant vénézuélien du gouvernement chaviste. De fait, son influence au sein de l'opposition s'est considérablement érodée au fil du temps, notamment en raison de scandales de corruption présumée ayant éclaboussé des députés proches de lui.

Dans les jours ayant précédé le scrutin du 5 janvier, le député de l'opposition de droite José Brito (englué dans une affaire de corruption présumée touchant Luis Parra) avait d'ailleurs sonné la charge contre le président autoproclamé du pays : «En 2019, qui vient de se terminer, tu étais l'espoir du pays. Aujourd'hui, tu es la plus grande des déceptions. [...] Juan Guaido, à compter d'aujourd'hui, ton temps est révolu.» Le député avait annoncé, dans la foulée, qu'il plébisciterait la candidature de Luis Parra.

En outre, les multiples tentatives de Juan Guaido de retourner l'armée vénézuélienne contre le président élu Nicolas Maduro n'ont jamais abouti, celle-ci étant restée fidèle au chef d'Etat vénézuélien.

... en quête de créativité ?

Sa légitimité contestée au niveau national pourrait-elle expliquer certains récents épisodes auxquels a participé le chef du parti politique Volonté populaire ? De fait, avant même son houleux retour à l'Assemblée nationale le 7 janvier, les caméras n'ont pas manqué de capturer une scène pour le moins mouvementée dans laquelle Juan Guaido s'illustrait deux jours plus tôt, alors qu'il tentait de grimper aux barrières de l'Assemblée nationale, après avoir refusé d'utiliser l'entrée principale, selon le récit donné par la chaîne vénézuélienne Telesur. D'après cette source, l'opposant aurait en effet exigé de rentrer dans le bâtiment en compagnie de plusieurs parlementaires, dont certains interdits d'entrée dans l'édifice, du fait de leur implication présumée dans une tentative de déstabilisation de l'Etat. Face au refus des autorités de laisser entrer ces parlementaires, l'opposant politique aurait alors fait valoir : «Soit on passe tous, soit on ne passe pas.»

«Bien conscient qu'il n'avait pas les votes nécessaires pour se faire réélire, Juan Guaido a organisé tout un show médiatique pour essayer de délégitimer par avance l'élection de nouvelles autorités à l'Assemblée nationale», a commenté le journaliste Romain Migus sur sa chaîne YouTube, faisant référence à la scène acrobatique filmée aux abords de l'Assemblée.

Washington, soutien inconditionnel de Guaido

En tout état de cause, l'opposition s'avère particulièrement divisée au sujet de Juan Guaido, dans un pays dont les réserves pétrolières – parmi les plus importantes du monde – suscitent les convoitises non-dissimulées de Washington.

Mais malgré les rebondissements qui rythment la carrière politique de l'autoproclamé président par intérim du Venezuela, les Etats-Unis n'entendent de leur côté pour l'heure pas abandonner celui qui a toujours accepté – contrairement au gouvernement de Nicolas Maduro – les financements américains à destination du Venezuela. «Cette année, le gouvernement des Etats-Unis a consacré plus de 650 millions de dollars à l'aide humanitaire, non seulement au Venezuela mais aussi dans 16 pays voisins», rappelait par exemple la porte-parole du Département d'Etat américain Namita Biggins, lors d'un entretien avec Voice of America en décembre 2019.

Dans la foulée de l'annonce de sa réélection à la présidence de l'Assemblée nationale, plusieurs voix n'ont en effet pas tardé à féliciter Juan Guaido, notamment au sein de l'administration américaine, visiblement très attachée au statut de «président par intérim du Venezuela» qu'il revendique. «J'ai parlé aujourd'hui avec Juan Guaido et l'ai félicité pour sa réélection à la présidence par intérim du Venezuela», a par exemple écrit le 6 janvier le vice-président américain, Mike Pence, sur Twitter. Publication rapidement repartagée par le principal intéressé, qui s'est montré reconnaissant du soutien reçu.

Des compliments similaires ont également été twittés, dans la foulée, par le secrétaire d'Etat américain, Mike Pompeo, dont le tweet a été copié-collé par plusieurs instances publiques des Etats-Unis comme l'ambassade américaine au Suriname. «Félicitations à Juan Guaido pour sa réélection [...] Seul un gouvernement de transition organisant des élections présidentielles libres et équitables peut mettre fin à la crise», affirme le message en question.

Egalement parmi les premières entités à commenter les événements, l’agence indépendante du gouvernement des Etats-Unis (USAID), qui travaille sous la supervision de l'administration américaine au «développement économique et à l’assistance humanitaire dans le monde», s'est réjouie de ce qu'elle a également considéré comme la victoire de Juan Guaido. «Nous félicitons chaleureusement l'Assemblée nationale vénézuélienne d'avoir réélu Juan Guaido. Le peuple du Venezuela mérite des dirigeants qui honorent la prise de décision démocratique face à l'intimidation», a ainsi écrit Bonnie Glick, une haute responsable de l'institution.

«Malgré la tentative éhontée de Maduro de renverser la démocratie, la réélection de  Juan Guaido montre que l'Assemblée nationale est le dernier organe élu démocratiquement au Venezuela. J'adresse mes félicitations à l'Assemblée nationale pour sa fermeté», a pour sa part twitté Mark Green, autre membre administrateur de l'USAID.

Fait notable dans le cadre de l'élection pour la présidence de l'Assemblée nationale vénézuélienne, qui s'est officiellement tenue dans l'Hémicycle, le candidat Luis Eduardo Parra a annoncé avoir bénéficié des voix de 81 députés sur les 140 présents. Au Venezuela, le résultat du scrutin a été reconnu par Nicolas Maduro. Au-delà des frontières, si les diplomaties de plusieurs Etats ont préféré adresser leurs félicitations à Juan Guaido, à l'instar de pays du groupe de Lima comme le Brésil ou l'Equateur, ainsi que de la Géorgie et du Kosovo, d'autres pays ont reconnu le vote officiel, à l'instar de la Russie. 

«Nous considérons que l'élection de la nouvelle direction du Parlement est le résultat d'une procédure démocratique légitime propice au retour de la lutte politique vénézuélienne dans le domaine constitutionnel», a en effet déclaré le ministère russe des Affaires étrangères cité par Reuters. De son côté, l'Argentine a annoncé le 7 janvier mettre fin à la mission spéciale de l'ambassadrice vénézuélienne soutenue par Guaido sur son territoire.

Fabien Rives

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