«Protection de notre mode de vie européen» : la Commission européenne virerait-elle identitaire ?

«Protection de notre mode de vie européen» : la Commission européenne virerait-elle identitaire ?© EMMANUEL DUNAND Source: AFP
Un enfant devant les locaux de la Commission européenne à Bruxelles en 2015 (image d'illustration)

Annoncé par la nouvelle présidente de la Commission européenne, le portefeuille «Protection de notre mode de vie européen» n'a pas tardé à faire réagir parmi la classe politique française. A quoi correspond-il ? Que lui est-il reproché ?

La nouvelle présidente de la Commission européenne, la conservatrice allemande Ursula von der Leyen, a présenté ce 10 septembre l'équipe de commissaires qui formera l'exécutif européen à partir du 1er novembre 2019. Entre autres originalités annoncées par l'ancienne ministre allemande de la Défense, figure la création d'un nouveau portefeuille intitulé «Protection de notre mode de vie européen», qui traite notamment de la question des migrations.

Notre mode de vie européen, c'est s'accrocher à nos valeurs

Devant revenir au Grec Margaritis Schinas, dont le pays est en première ligne face aux flux d'immigration clandestine, le nouveau poste a laissé la salle de presse «dubitative», rapporte l'AFP. Priée de justifier le lien entre l'intitulé du portefeuille et le dossier migratoire, Ursula von der Leyen a expliqué à la presse : «Notre mode de vie européen, c'est s'accrocher à nos valeurs. La beauté de la dignité de chaque être humain est l'une des plus précieuses valeurs.»

De son côté, Margaritis Schinas s'est dit ravi d'avoir été nommé pour un portefeuille dont le champ d'action inclut plusieurs domaines : «Migration, sécurité, emploi, éducation». «Prêt à se mettre au travail et au plaisir de discuter avec le Parlement européen sur la manière dont nous pouvons traduire nos priorités politiques en résultats concrets pour les Européens», a commenté le futur ex-eurodéputé de droite sur Twitter.

Pour être validé, ce nouveau poste doit dorénavant recevoir l'accord de l'organe parlementaire de l'Union européenne.

En attendant, son annonce a d'ores et déjà fait réagir au sein de la classe politique française, à gauche comme à droite. 

Une concession à l'«extrême droite», pour la gauche

A gauche, des figures politiques ont estimé que l'intitulé de ce poste, et son rattachement à la question migratoire, renvoyaient à une vision essentialiste de l'Europe. Un appel du pied, en d'autres termes, aux identitaires.

Ainsi, le fondateur du parti politique Place publique, Raphaël Glucksmann, a évoqué «la résurrection bruxelloise du sinistre "ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale".» Une référence à un ministère du gouvernement Fillon, instauré en 2007 sous la présidence de Nicolas Sarkozy et dissout le 14 novembre 2010, qui avait fait l'objet d'une vive polémique. Pour le social-démocrate europhile, «hors de question de valider un tel poste. Le combat ne fait que commencer.»

De même, la députée européenne socialiste Sylvie Guillaume a vu dans l’intitulé de ce poste de commissaire «l'imprégnation du PPE [Parti populaire européen, le principal parti européen, de droite] par des rhétoriques de l'extrême droite». «Il y aurait donc UN mode de vie européen, assiégé qui plus est !», ironise-t-elle.

L'eurodéputée insoumise Manon Aubry s'est quant à elle inquiétée du fait que «la militarisation des frontières et la multiplication des effectifs de Frontex» puisse être confiée à ce futur commissaire. «La nouvelle Commission compte faire passer sa répression des migrants et des exilés pour de la philanthropie», a-t-elle commenté sur Twitter.

Même au sein de La République en marche (LREM), le député Pieyre-Alexandre Anglade a jugé inacceptable l'«amalgame» entre «protection du mode de vie européen» et migrations.

Un coup de com', selon le RN

Toute la classe politique ne voit pas dans cette annonce le signe d'un virage identitaire de la Commission européenne. Au Rassemblement national, l'ancien tête de liste pour les européennes et vice-président du parti Jordan Bardella a estimé que ce nouvel intitulé n'était que «de la communication». «Je crains que cela ne change grand-chose dans les actes et les politiques menées», a-t-il déclaré à l'antenne de France Inter.

En outre, l'idée d'un «mode de vie européen» à préserver a logiquement irrité les eurosceptiques et souverainistes, qui contestent tout projet d'unité européenne. Le nouveau poste a par exemple fait réagir le délégué UPR d'Ile-de-France Eric Noirez, selon qui «plus que jamais l'européisme confirme qu'il est un fascisme qui ne dit pas son nom».

Lire aussi : «Libre circulation» des Européens : entre éléments de langage pro-UE et réalité (ANALYSE)

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