Conflit au Yémen : pour les Houthis, c'est Washington qui a décidé cette guerre

Conflit au Yémen : pour les Houthis, c'est Washington qui a décidé cette guerre© Alex Edelman Source: AFP
La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, ratifiant le projet de loi mettant fin à l'implication américaine dans la guerre au Yémen, le 9 avril 2019 à Washington.

Donald Trump a bloqué une résolution du Congrès exigeant la fin du soutien logistique de Washington à la coalition menée par Riyad au Yémen. Pour les rebelles Houthis, les Etats-Unis portent «la responsabilité des massacres» qui frappent le pays.

Comme pressenti, le président américain Donald Trump a opposé, le 16 avril, son droit de veto à une résolution du Congrès, l’exhortant à stopper tout soutien étasunien à la coalition militaire saoudienne à l’œuvre au Yémen. Washington continuera donc à appuyer, par la logistique, les bombardements de la coalition menée par l'Arabie saoudite contre les rebelles houthis. Dans un communiqué, le dirigeant présente en effet cette résolution comme «une tentative inutile et dangereuse d’affaiblir [ses] pouvoirs constitutionnels, mettant en danger des vies de citoyens américains et celles de courageux militaires».

Et Donald Trump d'ajouter : «Nous fournissons ce soutien [à la coalition] pour plusieurs raisons. D'abord, c’est notre devoir de protéger la sécurité de plus de 80 000 Américains qui résident dans certains pays de la coalition qui ont été victimes d’attaques de Houthis depuis le Yémen.»

Les Houthis contre-attaquent

De leur côté, les Houthis ont fustigé le décret américain. Sur Twitter, leur porte-parole Mohammed Abdel Salam déclare : «L’Amérique n'est pas seulement impliquée dans la guerre au Yémen, mais c'est elle qui a pris la décision de cette guerre.» «Les autres [pays impliqués dans la guerre] ne font que suivre l'Amérique et appliquent ses désirs», a ajouté le porte-parole, soulignant que le veto faisait endosser à Washington «la responsabilité des massacres et du blocus qui frappent le Yémen».

Le ministre des Affaires étrangères émirati, Anwar Gargash, s’est immédiatement fendu d’un message sur Twitter : «L’affirmation du soutien du président Trump à la coalition arabe au Yémen est un signal positif.» Il a également salué une décision à la fois «opportune et stratégique». Les Emirats arabes unis participent, au sein de la coalition saoudienne, à cette opération militaire, baptisée «Restaurer l’espoir», depuis le 21 avril 2015.

Climat politique tendu aux Etats-Unis

La résolution, principalement rédigée par le sénateur indépendant Bernie Sanders, avait été adoptée à la Chambre des représentants par 247 voix contre 175 après avoir été approuvée par le Sénat (pourtant contrôlé par le Parti républicain), en mars. Compte tenu de la majorité républicaine à la chambre haute, cette séquence politique sonne comme un camouflet pour l’administration Trump. Le Congrès avait utilisé une loi datant de 1973 (War Powers Resolution) pouvant limiter les pouvoirs militaires du président dans les conflits à l’étranger. Les parlementaires, ayant adopté la résolution, avaient appelé à la fin des opérations militaires au Yémen dans lesquelles le Pentagone fournit «un soutien non-combattant» à la coalition menée par le royaume wahhabite, allié historique des Etats-Unis.

Bernie Sanders a quant à lui fait part de ses regrets après le veto présidentiel : «Je suis déçu mais pas surpris que Trump ait rejeté une résolution bipartisane pour mettre fin à l’engagement américain dans cette guerre terrible au Yémen.», a tweeté le candidat à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2020.

La décision rencontre une certaine opposition jusque dans les rangs de l’administration au pouvoir, puisque lors du vote à la Chambre des représentants, au moins une quinzaine d'élus du Grand Old Party, dont deux proches de Donald Trump, avaient approuvé la résolution, forçant ce dernier à utiliser son veto. La réticence du président à cesser tout soutien à la coalition contraste avec de précédentes annonces sur le désengagement (certes, relatif) de troupes américaines dans diverses zones de conflit.

C’est la deuxième fois depuis sa prise de fonction que le magnat de l'immobilier utilise ce droit de veto. En mars dernier, il en avait fait usage pour contrecarrer une loi adoptée par le Congrès et qui visait à annuler l’état d’urgence nationale décrété le 15 février. Grâce à cet état d’urgence, Donald Trump autorisait l’utilisation de ressources militaires afin de bâtir un mur le long de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Le président américain se retrouve désormais en opposition frontale avec une grande partie de la représentation nationale, et même avec certaines personnalités de son propre camp.

L'affaire Khashoggi comme toile de fond

Les rapports entre Riyad et Washington se sont considérablement tendus après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, en octobre 2018 à Istanbul, par un commando venu d’Arabie Saoudite. Après avoir reçu un compte rendu de la CIA, tenu secret, le Sénat américain avait unanimement considéré Mohammed ben Salmane (MBS) comme «responsable» du meurtre. Néanmoins, les relations entre les deux gouvernements étaient restées stables malgré l’indignation provoquée dans la classe politique américaine. 

Le Yémen est déchiré par des affrontements dévastateurs depuis l’intervention d’une coalition arabe sous commandement saoudien en mars 2015, afin de soutenir les forces pro-gouvernementales contre les rebelles houthis. Ces derniers sont soutenus par l’Iran, rival chiite de l’Arabie Saoudite sunnite, constamment en conflit pour asseoir leur domination sur le Moyen-Orient. Selon un bilan partiel de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), arrêté en 2017, les combats ont déjà fait plus de 10 000 morts, mais certaines ONG, comme Acled, estiment que le total des victimes est largement supérieur aux chiffres officiels. Cette dernière avance un bilan, au 11 décembre 2018, de 60 223 morts depuis 2016. L’ONU affirme que le conflit a provoqué la pire catastrophe humanitaire au monde avec des millions de personnes au bord de la famine.

Alexis Le Meur

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