L'Arabie saoudite va-t-elle sortir indemne de la crise pétrolière ?

Une voiture passe devant des gisements de pétrole, au Sud de Riyad.© Fahad Shadeed Source: Reuters
Une voiture passe devant des gisements de pétrole, au Sud de Riyad.

Alors que les prix du pétrole sont à leur plus bas niveau depuis 10 ans, les économies des grandes monarchies pétrolières, telles que l'Arabie saoudite, largement basées sur la vente d'hydrocarbures, pourraient courir un grand risque.

30 millions d'habitants, aucune levée d'impôts et une économie multipliée par cinq en 20 ans : l'Arabie saoudite est le modèle d'un pays dont les finances reposent sur le pétrole. Un système qui a largement profité au pays jusqu'ici, le portant à la tête de l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEC) et permettant à sa population – et plus encore à ses élites – de mener un train de vite luxueux. Pourtant, cette source de richesse qu'est le pétrole, grâce auquel l'Arabie saoudite peut se passer de faire payer des impôts sur le revenus, subit en ce moment une forte crise. Conséquence : la péninsule pourrait se voir obligée de couper son budget de plusieurs milliards de dollars. D'après Bloomberg, les coupes pourraient s'élever à 382 millards de riyals (90 milliards d'euros).

En cause : les prix du pétrole qui connaissent une forte baisse, la plus importante en 10 ans. À l'origine de cette tendance : des manœuvres engagées par le Royaume, qui pourrait aujourd'hui se retrouver pris à son propre piège. Souvent considérée comme le gendarme mondial des prix du pétrole, l'Arabie Saoudite a vraisemblablement usé de son pouvoir de décision pour maintenir le prix du baril à des niveaux particulièrement bas. Alors qu'il semblait acquis que «le prix d'équilibre est aux alentours de 100 dollars», d'après l'Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE), le pays a encouragé la chute de ce prix, qui est d'abord passé sous la barre des 80 dollars en novembre 2014 pour venir s'échouer à 40 dollars à la mi-2015. Une attitude qui a poussé le monde à se demander quelles sont les raisons de cette stratégie de Riyad.

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L'Arabie Saoudite prise à son propre piège ?

En effet, lorsque les taux ont commencé à descendre, mi-2014, la monarchie avait beaucoup à gagner de cet état de fait. D'abord, les conséquences de la baisse des prix sur l'économie russe. Alliée des États-Unis, l'Arabie Saoudite a été soupçonnée d'agir de concert avec Washington dans le but d'affaiblir Moscou. La Russie, qui dépend de ses exportations d'hydrocarbures, se porte mieux lorsque les prix sont élevés. Au beau milieu de la tourmente ukrainienne, alors que les sanctions contre Moscou s'accumulaient, le géant russe du pétrole Rosneft avait affirmé qu'Américains et Saoudiens agissaient de concert pour couler l'économie russe. «Les pris peuvent être manipulés», avait affirmé le vice-président de Rosneft, Mikhail Leontyev. «C'est une manipulation politique», dans le but d'affaiblir Moscou, avait-il ajouté.

Également atteint par la baisse des prix du pétrole, les USA et le Canada ont été vus, par d'autres théoriciens, comme les victimes de la baisse des prix. Depuis le début de cette tendance, Riyad a en effet adopté une stratégie agressive pour arracher des marchés aux compagnies pétrolières des deux pays. «C'est une guerre contre les producteurs de pétrole américains», avait estimé Phil Flyn, un analyste du cabinet de conseil Price Futures Group, interrogé par la chaîne conservatrice Fox News. Les techniques d'exploration et d'exportation sont plus chères à financer en Amérique du Nord, rendant Américains et Canadiens plus dépendant de la marge des ventes. «L'Arabie Saoudite et des pays africains peuvent davantage se permettre de supporter un pétrole moins cher que les États-Unis», avait souligné l'OFCE.

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Quelque soit la raison pour laquelle Riyad a encouragé la baisse des prix des hydrocarbures, cela n'a pas empêché la monarchie de procéder à des dépenses massives. L'implication du pays dans les conflits régionaux, sa participation à la lutte contre l'avancée de l’État Islamique et le goût de sa population pour le luxe ont été à l'origine de dépenses massives, que le budget saoudien risque de ne pas pouvoir équilibrer.

La fin du luxe saoudien ?

Face à cette situation, le Royaume va-t-il revoir à la baisse la train de vie de sa population ? Rien n'est moins sûr, selon un ancien conseiller du prince Turki Al-Faisal, joint par Bloomberg : «il y a une longue liste de choses que les autorités saoudiennes peuvent faire avant de toucher au train de vie de vie de leurs citoyens», indique-t-il. La péninsule s'est en effet engagée dans des grands chantiers très coûteux, tels que la construction de deux mosquées à la Mecque. Une alternative sans doute préférable à un des changements radicaux dans le de taxation du pays. D'après le ministre de la Défense Mohammed ben Salmane Al Saoud, toucher aux moyens d'existence des Saoudiens est une pratique dangereuse : «ce sont des choses politiquement explosives. […] Nous nous sommes habitués à un certain style de vie qui dépasse largement, en terme de luxe, celui que nous avions en 1998», lors de la dernière crise du pétrole, qui avait fait trembler le Royaume sans avoir de réelles conséquences sur son économie.

Quelque soit l'issue de cette crise, nombreux sont les experts qui estiment que l'Arabie Saoudite va devoir lever le pied sur sa stratégie hégémonique pétrolière. «Le gouvernement saoudien ne peut pas demeurer le premier employeur du secteur pétrolier, il ne peut plus compter sur les grands projets d'infrastructure pour grossir son économie et il ne peut pas continuer à prodiguer des subventions et à faire de la dépense publique», affirme Farouk Soussa, à la tête de la branche Moyen-Orient de Citygroup Inc.

Une vision partagée par le Fonds Monétaire International (FMI), qui a conseillé au Royaume de diversifier ses sources de recettes et de ne plus compter exclusivement sur ses ressources pétrolière.

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