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L'Iran va classer les troupes américaines dans la région sur sa liste des organisations terroristes

Le Conseil suprême de sécurité nationale iranien a répondu à la décision de Washington de placer les Gardiens de la Révolution sur sa liste noire : les forces américaines au Moyen-Orient ont été placées sur la liste iranienne des groupes terroristes.

Répondant à la décision de l’administration Trump de placer les Gardiens de la Révolution (GRI), tout comme la Force al-Qods, sur la liste noire des «organisations terroristes étrangères», à compter du 15 avril 2019, l’Iran a immédiatement dénoncé «un dangereux fiasco des Etats-Unis dans la région», ajoutant désormais considérer le «régime américain» comme un «Etat parrain du terrorisme». Les forces américaines au Moyen-Orient (Centcom) seront de leur côté placées sur la liste de Téhéran des «groupes terroristes», d’après l’agence publique iranienne Irna.

Cette dernière cite un communiqué officiel du Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN) présentant cette décision comme «une mesure de réciprocité» contre la volonté «illégale et insensée» de placer les Pasdarans sur la fameuse liste américaine, aux côtés de Daesh ou du Hezbollah. Mohammad Javad Zarif, ministre des Affaires étrangères de la République islamique d'Iran, s’est exprimé dans une lettre adressée au président de la République Hassan Rohani, par ailleurs président du CSSN : «Etant donné le soutien tant caché qu’ouvert apporté à des groupes terroristes par les forces militaires américaines dans la région, et l’implication directe de l’armée des Etats-Unis dans les actes terroristes, [nous demandons le placement des] forces américaines en Asie occidentale […] sur la liste [iranienne] des groupes terroristes.»

Dans un discours diffusé à la télévision le 9 avril, le président Hassan Rohani lui-même a accusé les Etats-Unis d’être «à la tête du terrorisme international» leur reprochant de ne pas être «prêts à combattre l’Etat islamique» et d'en sciemment cacher «ses dirigeants». 

Le CSSN affirme de son côté que les Pasdarans, «contrairement à l’Amérique et à ses alliés dans la région – qui ont toujours soutenu des groupes terroristes et extrémistes en Asie occidentale – ont toujours été à la pointe de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme dans la région». Le communiqué souligne également l’engagement du GRI, dont la Force al-Qods représente la branche étrangère, contre des groupes djihadistes comme Daesh et al-Qaïda.

Menace pour la région ?

Le CSSN a précisé que Téhéran considérait «cette action sans fondement comme une menace majeure pour la paix et la sécurité régionale et internationale et une violation flagrante des règles impératives du droit international et de la charte des Nations unies», ajoutant que Washington serait «responsable des conséquences dangereuses» de son acte.

Mohammad Ali Jafari, chef des Pasdarans, a averti sur le site officiel des Gardiens de la Révolution que les troupes américaines ne connaîtraient «plus la paix dont [elles] jouissent» au Moyen-Orient si Washington persistait sur cette voie qualifiée de «stupide».

Pression maximale de Washington

Annonçant sa décision, Donald Trump a souligné que c'était la «première fois» qu'une organisation «faisant partie d'un gouvernement étranger» était ainsi désignée, et que cette mesure permettrait d'accentuer la «pression» contre l'Iran. 

Cette mesure «sans précédent [...] est une reconnaissance du fait que l'Iran n'est pas seulement un Etat soutenant le terrorisme mais que les Gardiens participent activement, financent, et promeuvent le terrorisme», selon un communiqué du président américain. Concrètement, tout soutien matériel à cette unité armée gouvernementale iranienne sera considéré comme un crime fédéral.

«Si vous faites affaire avec les Gardiens de la révolution, vous financez le terrorisme», a en outre menacé le dirigeant étasunien.

Les réactions à la décision américaine ne se sont pas faites attendre dans la région puisque le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, par ailleurs engagé dans une campagne législative risquée, avait salué sur Twitter : «Merci à mon cher ami le président des Etats-Unis Donald Trump, d’avoir décidé de placer des Gardiens de la Révolution iraniens sur la liste des organisations terroristes. Merci d’avoir répondu positivement à une autre de mes demandes, qui sert les intérêts de notre pays et des pays de la région.»

Par ailleurs, le ministère des Affaires étrangères du Bahreïn, cité par Reuters, a également salué la décision américaine. De son côté, la Syrie, allié historique de Téhéran, fustige une action «irresponsable» et une «attaque flagrante» contre la souveraineté de la République islamique, selon une source au sein du ministère syrien des Affaires étrangères citée par l’agence de presse officielle syrienne Sana.

Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump a affirmé sa volonté de combattre par tous les moyens le gouvernement iranien. En mai 2018, il avait retiré les Etats-Unis de l’accord international de 2015 sur le nucléaire iranien, provoquant au passage la colère de certains pays européens comme la France. Washington avait dans la foulée rétabli toutes les sanctions économiques contre le pays et promis une «pression maximale» avec des mesures punitives «les plus fortes de l’histoire». La preuve par l’exemple ? 

Alexis Le Meur

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