«Le monde doit réagir», lance Steve Maman, le milliardaire qui rachète les enfants esclaves de Daesh

Les jeunes filles Yézidies, ici dans un camp de réfugiés, sont très souvent prises pour cible et réduites en esclavage par Daesh. Source: Reuters
Les jeunes filles Yézidies, ici dans un camp de réfugiés, sont très souvent prises pour cible et réduites en esclavage par Daesh.

Surnommé le Oskar Schindler juif, Steve Maman, un milliardaire canadien, tente de libérer les femmes et les enfants réduits en esclavage par Daesh en Irak. RT l'a interviewé.

Steve Maman, un milliardaire basé à Montréal, a lancé il y a quelques semaines une opération pour sauver les femmes et les enfants kidnappés par Daesh. Homme d'affaire, Steve Maman, voulait faire des affaires en Irak, lorsqu'il a rencontré un révérend engagé dans la lutte contre l'esclavagisme mis en place par Daesh. Il a donc décidé de s'investir dans cette cause pour faire changer les choses.

Depuis, Steve Maman serait parvenu à négocier la libération de plus de 120 jeunes filles Chrétiennes et Yédizdies âgées de 17 à 22 ans. Il paye environ 2000 dollars pour libérer une jeune femme des griffes de Daesh. Suite à ces premiers succès, le Canadien a décidé de se consacrer à plein temps à cette initiative. Il a créé il y a un mois l'ONG "Liberation of Christian and Yazidi Children of Iraq", et lancé une campagne de crowdfunding. Il a déjà récolté plus de 580 000 dollars, et ambitionne d'en obtenir 9 millions, quitte à en payer une bonne partie de cette somme.

Steve Maman a déjà récolté plus de 500 000 dollars.
Steve Maman a déjà récolté plus de 500 000 dollars.

Cette initiative, saluée par certains, fait aussi grincer des dents. Nombreux sont ceux qui accusent Steve Maman de financer, involontairement bien sûr, les activités de Daesh. L'organisation terroriste a en effet fait des prise d'otages un fond de commerce rentable. Daesh aurait ainsi récolté plus de 45 millions de dollars de rançon, en 2014. L'organisation avait même publié, en octobre dernier, une brochure indiquant les prix des jeunes filles capturées.

Des prix établis par Daesh pour ses prisonniers

RT a interviewé celui qui est déjà surnommé le Oskar Schindler du 21e siècle.

RT France : Pourquoi avoir décidé, en tant que simple citoyen, d'agir pour les enfants d'Irak? 

Steve Maman : Le monde regarde ces gens qui sont terrorisés, victimes d'un génocide. Ils sont sans aide. Le monde doit agir, les leaders des pays doivent se bouger, mais rien n'est fait, c'est pour cela que j'ai lancé cette action. 

RT France : Vous êtes déjà comparé à Oskar Schindler, cet industriel allemand qui, durant la seconde guerre mondiale, a sauvé de nombreux juifs d'une mort dans les camps nazis ?

Steve Maman : Je suis né dans un pays musulman, le Maroc et je suis juif. Là-bas, juifs et musulmans vivent côte à côte, sans problème. Mon envie d'aider vient de ça, je ne vois aucune différence entre tous les enfants persécutés par Daeh, qu'ils soient juifs, yézidis, chrétiens, musulmans... C'est comme cela qu'a réagi Schindler. Les juifs ont été les victimes d'un génocide. Et pendant six ans, le monde a regardé ce génocide avoir lieu. Un jour, un héros, Oskar Schindler, a négocié avec les nazis pour permettre la libération de quelques juifs. Ils sont devenus des milliers. C'est arrivé une fois, et le monde ne doit pas, de nouveau, rester les bras croisés devant un génocide. 

RT France : Concrètement, à quoi sert l'argent récolté sur votre site internet ?

Steve Maman : Nous avons créé ce site, ce crowdfunding, pour financer notre équipe au sol chargée de libérer ces enfants réduits en esclavage. Sur place, nous avons une équipe, des "casseurs" comme ils sont surnommés, car ils tentent de briser les chaînes. Libérer un enfant coute environ 3000 dollars. Tout ne va pas aux "propriétaires" de ces enfants, car sur place, les équipes avec qui je travaille ont d'importants frais pour leur sécurité. Ces gens sont des Irakiens, des sunnites modérés qui n'ont rien à voir avec Daesh, et tentent simplement de faire sortir des filles et des enfants de l'esclavage dans le califat créé par Daesh.  

RT France : Certains opposants à votre action affirme que cette dernière risque de renforcer Daesh qui va recevoir de l'argent grâce à ces jeunes filles ?

Steve Maman : Non, nous ne payons pas de rançon à Daesh. Notre équipe n'a aucun contact avec l'Etat islamique, aucun contact avec quelconque combattant, ou avec les terroristes. On ne paye pas les terroristes, on ne négocie pas avec eux. Ces enfants que l'on sort d'Irak sont pris par Daesh lors des combats, puis sont vendus au marché à des civils. Ce sont avec ces civils que notre équipe prend contact. On rembourse uniquement les acheteurs pour emmener les enfants, on ne finance pas Daesh avec cet argent. 

RT France : Avez-vous des aides de certains Etats pour mener à bien ces actions ?

Steve Maman : Beaucoup de monde nous a déjà aidé et donné de l'argent, c'est déjà une somme considérable, avec finalement assez peu de monde. Mais les gouvernements n'ont rien à voir avec ma mission. Steven Harper, le Premier ministre canadien, m'a dit qu'il appréciait ce que je fais, mais je n'ai jamais eu un dollar d'un Etat. 

RT France : Que deviennent les enfants libérés, que l'on voit avec leur famille sur les vidéos de votre page Facebook? 

Steve Maman : Nous les emmenons à l'étranger, et c'est tout ce qu'il y a à savoir. Les familles veulent vivre cachées, rester anonymes, avoir une chance de mener une vie normale. Beaucoup de ces jeunes filles doivent rester anonymes pour avoir une chance de se marier. Les gens s'attendent à du sang, des larmes, mais je ne veux pas montrer ça, c'est pour cela que les vidéos que je diffuse ne montrent que peu de choses. 

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