Les meurtres de Maïdan : un an après, justice n’a pas été rendue (VIDEO)

Maïdan© Andreï Stenin Source: RIA NOVOSTI
Maïdan

Une année après que des snipers non identifiés ont abattu des dizaines de manifestants et d’officiers de police au centre de Kiev, le gouvernement porté au pouvoir un coup d’Etat du 22 février 2014 n’a toujours pas fait la lumière sur ces événements.

A , il y a un an, lors des affrontements qui ont eu lieu entre la police anti-émeutes et les manifestants antigouvernementaux, 20 policiers et plus de 100 manifestants surnommés depuis «la centaine céleste» ont été tués.

La majorité de ces victimes ont péri le 20 février 2014 lorsqu’un sniper non identifié a pris pour cibles des membres des deux parties sur la place de l’Indépendance et la rue Institutskaya. Ces meurtres ont constitué le point culminant des manifestations de Maïdan en 2014 et ont provoquer l’escalade dans cette confrontation déjà violente qui a débouché sur un coup d’Etat armé.

Les autorités  ukrainiennes actuelles, qui sont arrivées au pouvoir après des élections qui ont fait suite à cet épisode violent, ont accusé trois agents de police d’avoir organisé la majorité de ces meurtres. Les principaux médias occidentaux ont soutenu ce point de vue, en disant que le président démis Viktor Ianoukovytch ou un membre de ses services de sécurité avait donné l’ordre de tirer sur les manifestants.

Mais les éléments de preuve, qu’ils aient été présentés dès le début ou révélés plus tard, permettent une autre interprétation, à savoir : que les meurtres auraient été provoqués par des radicaux armés au sein des manifestants.

Auteur: RT

Des armes à feu sur Maïdan

Alors que les rangées de policiers étaient atteintes par des cocktails molotov, les défenseurs des manifestations de Maïdan ont décrit ces confrontations comme un conflit entre des troupes de sécurité lourdement armées et des activistes ne disposant que d’armures bricolées avec les moyens du bord et des bâtons pour se défendre. Cependant, les manifestants disposaient d’armes à feu et ils les ont utilisées le 20 février.

«Beaucoup de gens sont arrivés vers nous et ils nous ont dit que nous devrions prendre des armes et attaquer… Nombre d’entre eux avaient leurs propres armes, parfois des fusils de chasse», a déclaré Vladimir Parassiouk, l’ex-chef d’une des unités paramilitaires de , lors d’une interview à la Frankfurter Allgemeine Zeitung, publiée la semaine dernière.

Ce denier, qui est maintenant député et commandant d’un des célèbres bataillons de volontaires ukrainiens, s’est fait connaître le lendemain du massacre. Depuis la scène de la place de l’Indépendance, il a rejeté un accord négocié avec l’Union européenne signé à peine quelques heures auparavant par le président Ianoukovytch et trois leaders de l’opposition en promettant à une foule déjà conquise qu’il allait prendre d’assaut la résidence présidentielle avec ses hommes le lendemain matin. A ce moment-là, abandonné par ses partisans, Ianoukovytch s’était enfui.

Des manifestants ont occupé des positions de snipers dans les bâtiments qui entouraient Maïdan, comme en témoigne un reportage récent de la chaîne d’information publique britannique British Broadcasting Corporation(BBC). La BBC a parlé avec l’un des tireurs embusqués, un homme appelé Sergueï pour protéger sa véritable identité et il a déclaré avoir tiré sur la police depuis le conservatoire de Kiev.

Une cécité sélective

Le fait que des snipers aient tiré depuis des positions contrôlées par les manifestants n’est pas un secret. En fait, des avertissements concernant des tirs de snipers depuis l’Hôtel Ukraina et d’autres bâtiments ont été lancés depuis la scène qui trônait sur Maïdan au moment-même des confrontations. Les responsables de la protestation n’ont cependant pas hésité longtemps avant de faire porter la responsabilité des fusillades à Viktor Ianoukovytch et de s’emparer du pouvoir.

Mais des questions gênantes concernant la présence d’armes sur Maïdan et les liens possibles avec des figures de l’opposition ont commencé à faire surface, même avant les événements tragiques. Le 18 février, un groupe de militants a arrêté un homme masqué qui essayait de quitter la rue Institutskaya en voiture. Après une fouille, on a trouvé caché dans le coffre un fusil de chasse M4 équipé d’un viseur à lunette et d’un silencieux. L’homme a été sauvé par Sergueï Pashinsky, à l’époque député de l'opposition, qui est apparu sur les lieux, s’est installé au volant et l’a évacué. Plus tard, les autorités ukrainiennes ont ensuite déclaré qu’elles n’avaient pu faire aucun lien entre cet épisode et les crimes.

Une étude détaillée du massacre de Kiev a été réalisée par Ivan Katchanovski, un spécialiste canadien de l’université d’Ottawa originaire de l’Ukraine occidentale. Sa recherche se base sur plusieurs matériaux accessibles au public, en particulier sur les photos et les vidéos de Maïdan, sur les rapports des médias, sur les heures des communications radio interceptées entre les unités spéciales ukrainiennes et sur les vérifications qu’il a lui-même faites sur place.

Lors du massacre, les manifestants de Maïdan avaient beaucoup de kalachnikov et d’autres armes offensives, explique son étude qui s’appuie sur des preuves photo et vidéo. Comme le souligne une enquête parlementaire sur ce massacre, ces armes pourraient provenir du pillage d’arsenaux de la police dans l’Ouest de  quelques jours avant. 1 000 armes ont notamment été volées entre le 18 et le 19 février 2014.

L’universitaire affirme que les éléments radicaux au sein des manifestants ont délibérément tué les militants antigouvernementaux et les policiers pour faire monter la tension, tandis que les leaders de la protestation ont bloqué les tentatives de la police de refréner la violence. Cette conclusion n’est pas la bienvenue en Ukraine puisque les autorités ukrainiennes ont organisé un raid à son domicile après la publication de cette étude, a expliqué Ivan Katchanovski lors d’une interview au magazine allemand Telepolis.

Pas de justice

Tout de suite après le massacre, il y avait déjà de fortes présomptions à Kiev que ce carnage n’était pas le fait de Ianoukovytch, comme en témoigne la divulgation d’une conversation téléphonique entre le chef de la diplomatie européenne de l’époque, Catherine Ashton, et le ministre estonien des Affaires étrangères, Urmas Paet. Le diplomate estonien cite un éminent médecin de l’opposition et affirme : «on réalise maintenant de plus en plus que Ianoukovytch n’était pas derrière les tireurs embusqués mais que c’est quelqu’un de la nouvelle coalition».

Une enquête de police conduite par les nouvelles autorités a pu trouver certains suspects, tous des Berkouts [forces anti-émeutes ukrainiennes] qui sont maintenant poursuivis en Ukraine. Les preuves qui les compromettent n’ont été jamais rendues publiques tandis qu’une contre-enquête de l’agence Reuters a révélé que cette enquête comportait de sérieuses failles.

Le chef du comité parlementaire qui a enquêté sur les massacres, a qualifié des «organisations publiques inconnues» de coupables potentiels, mais aucune autre poursuite officielle n’a été initiée.

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