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Affaire Skripal : les étonnantes propositions destinées aux médias d'une ONG financée par Londres

Dans des documents rendus publics par des hackers se revendiquant d'Anonymous, l'ONG Institute for Statecraft, financée en partie par Londres, fournit des conseils de narration antirusse sur l'affaire Skripal, destinés notamment aux médias.

Le voile se lève un peu plus sur l'intense activité de certaines ONG, dont l'objectif clairement affiché est de «contrer la propagande russe» supposée. Le 4 janvier, des hackers se réclamant de la mouvance Anonymous ont publié de nouveaux documents tendant à démontrer que l'Institute for Statecraft, ONG financée en partie par le gouvernement britannique, s'est employé à diffuser des éléments de langage et de narration antirusses dans le cadre de l'affaire Skripal, dont certains sont censés être destinés aux médias.

Parmi les pièces révélées figure un rapport rédigé par une société de conseil en sécurité basée à Londres, Harod Associates, adressé à Greg Rowett, membre de l'Institute for Statecraft. Selon l'agence Sputnik, ce rapport a été commandé par l'Institute for Statecraft après que celui-ci a obtenu un feu vert du gouvernement britannique afin d'étudier, pour le compte de ce dernier, «l'activité sur les réseaux sociaux» liée à l'affaire Skripal entre autres sujets.

Remis le 11 avril 2018, le document d'Harold Associates fournit une longue analyse de la séquence médiatique concernant l'empoisonnement de l'ex-agent double russe résidant au Royaume-Uni Sergueï Skripal, survenu un mois plus tôt, le 4 mars 2018. Mettant en œuvre une méthode empirique qui n'est pas sans rappeler celle du scandale de EU DisinfoLab remontant à l'été 2018, le rapport préconise de suivre et quantifier des comptes de réseaux sociaux supposément pro-russes, et présentés comme étant nécessairement manipulés par la Russie.

Comme c'est le cas depuis l'élection de Donald Trump en 2016, les soi-disant «preuves» se résument à une étude de la ligne éditoriale des médias Sputnik, RT et de l'agence russe TASS, tous les trois logés à la même enseigne et qualifiés d'«agences de propagande».

Dans un autre document fuité – dont le destinataire n'est pas précisé – l'Institute for Statecraft déplore la faiblesse du gouvernement britannique. «Il est essentiel de réaliser que concernant Poutine et son cercle, vous n'avez pas affaire à des politiciens, mais à des hommes endurcis [...] pour qui la vie humaine est une quantité négligeable», affirment les auteurs. 

Entre autres préconisations antirusses, l'Institute for Statecraft propose également de «rappeler l'ambassadeur du Royaume-Uni à Moscou» et de boycotter la Coupe du monde en Russie.

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Pêle-mêle, à en croire ce document révélé par les hackers, l'Institute for Statecraft recommande avec insistance de «diffuser activement» le storytelling antirusse dans les médias, de faire interdire RT et Sputnik au Royaume-Uni, et de lancer des programmes de sensibilisation aux «fausses narrations» jusque dans les écoles... Des propositions qui ne sont pas sans rappeler celles formulées, de l'autre côté de la Manche, dans le rapport intitulé «Les manipulations de l'information, un défi pour nos démocraties» présenté à la ministre des Armées Florence Parly le 4 septembre dernier.

Le 5 novembre dernier, le même groupe de hackers se réclamant d'Anonymous avait déjà publié des documents présentés comme provenant du programme «Integrity Initiative», lancé à l'initiative du gouvernement britannique en 2015 et piloté par l'Institute for Statecraft, qui proposaient de créer un «service secret d'informations à grande échelle» afin de contrer la «propagande russe».

Alexandre Keller

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