Aufstehen : la gauche allemande va-t-elle réconcilier lutte sociale et rejet de l'immigration ?

Aufstehen : la gauche allemande va-t-elle réconcilier lutte sociale et rejet de l'immigration ?© Hannibal Hanschke/Reuters
Manifestants anti-immigration devant une statue de Karl Marx à Chemnitz le 1er septembre 2018

Ce 4 mars, Sahra Wagenknecht, figure de la gauche radicale allemande, a officialisé la création d'Aufstehen. Ce nouveau mouvement a pour ambition de contrer le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) et de se ré-approprier la question migratoire.

La politique a horreur du vide. Et le lancement de Aufstehen («Debout» en allemand) vient combler les manques de la gauche pro-immigration, laminée aux élections législatives allemandes de septembre 2017. Ce nouveau mouvement va-t-il bouleverser le paysage politique allemand ? Non pas du fait de son poids électoral – qui reste à démontrer – mais plutôt en raison de l'effet de levier qu'il pourrait avoir sur la gauche allemande toute entière ?

Nous vivons en Allemagne une crise profonde de la démocratie

A l'origine de cette petite révolution : Sahra Wagenknecht, qui tente une jonction entre critique du libéralisme économique et de l'immigration. «Les événements récents de Chemnitz ont montré clairement que nous ne pouvons continuer comme ça et que nous avons besoin d'urgence d'un réveil politique», a-t-elle déclaré ce 4 septembre lors de la conférence de presse marquant le lancement d'Aufstehen. Une référence directe aux manifestations anti-immigration qui ont agité cette ville d'Allemagne de l'Est. «Nous vivons en Allemagne une crise profonde de la démocratie», a-t-elle déploré, façon de pointer les insuffisances de l'offre électorale proposée par les partis historiques qui se partagent le pouvoir depuis la Seconde Guerre mondiale.

Bien que désavouée lors des dernières législatives, la chancelière Angela Merkel n'a conservé le pouvoir qu'au prix de concessions et d'une troisième «grande coalition», difficilement formée en mars dernier entre l'Union démocrate chrétienne CDU/CSU et le Parti social-démocrate (SPD), après plusieurs mois de crise politique. Six mois après la conclusion de cet accord – et presqu'un an après les législatives –, la chancelière fait d'ailleurs toujours face à de fortes résistances politiques, y compris dans son propre camp. Sur la question migratoire, la chancelière chrétienne-démocrate est ainsi confrontée à une fronde de son allié bavarois, la CSU, portée par la voix du ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer.

Une politique migratoire intenable, d'après Sahra Wagenknecht

Plus grave, la politique migratoire de la chancelière de 2015, dite de la «porte ouverte», qui a permis l'entrée de plus d'un million de migrants, a profondément divisé l'opinion publique. Dans l'ouest du pays, la vague d'agressions sexuelles de la Saint-Sylvestre 2015 à Cologne, a laissé des marques profondes dans l'opinion publique. En ex-Allemagne de l'Est, le parti de gauche radicale Die Linke voit progresser sur ses terres le parti souverainiste et anti-immigration Alternative für Deutschland (AfD). Fin août 2018, les manifestations et les troubles de Chemnitz, à la suite du meurtre d'un Allemand pour lequel deux immigrés sont soupçonnés, ont défrayé la chronique. Dénonçant les mobilisations anti-immigration, Angela Merkel a évoqué une «haine dans la rue», incompatible selon elle avec un Etat de droit.

Mais c'est précisément ce type de discours, renvoyant le rejet de l'immigration clandestine à un sentiment haineux, que Sahra Wagenknecht dénonce et propose de court-circuiter. Car celle que l'on présente comme l'égérie de la gauche radicale, et que l'on compare à la socialiste allemande du début du XXe siècle Rosa Luxembourg, ne s'interdit pas, elle, de faire le lien entre crise migratoire et question sociale.

Cela doit nous faire réfléchir, à gauche, sur ce que nous avons raté

En mai 2018, dans un entretien accordé à Mediapart, Sahra Wagenknecht fustigeait la dérive libérale du SPD, impulsée par le chancelier Gerhard Schröder au début des années 2000. «Cela a abouti à la création d’un énorme secteur de bas salaires en Allemagne, qui provoque à son tour une énorme insécurité sociale», déplorait-elle alors. «Une frontière ouverte à tous, c'est naïf. Ce n'est surtout pas une politique de gauche», a-t-elle encore argumenté fin août, citée par Le Figaro.

«Avec ce mouvement, nous voulons juguler la montée de l’AfD», a expliqué ce 4 septembre Oskar Lafontaine, compagnon de Sahra Wagenknecht, ex-patron du SPD et membre fondateur de Die Linke. «Regardez ce qui se passe en ex-Allemagne de l’Est : l’AfD y est devenu le parti des travailleurs et des demandeurs d’emploi. Cela doit nous faire réfléchir, à gauche, sur ce que nous avons raté», a-t-il argumenté.

Cette recomposition de la gauche qui a cours en Allemagne parviendra-t-elle à déborder chez ses voisins, et notamment la France, où Sahra Wagenknecht disait regarder avec attention les résultats électoraux des insoumis ?

Alexandre Keller

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