Les Etats-Unis lancent leurs premières frappes aériennes par drones contre Daesh depuis la Turquie

MQ-9 Reaper, un drone américain utilisé en Syrie Source: Reuters
MQ-9 Reaper, un drone américain utilisé en Syrie

Le Pentagone rapporte que des premières frappes aériennes ont été lancées contre le groupe terroriste Daesh, depuis la base aérienne turque d’Incirlik, alors que la Turquie se prépare à une «guerre totale» contre l’Etat islamique.

Les frappes lancées depuis la base turque, lundi ne sont que le premier pas vers des actions plus complexes. Le porte-parole du Pentagone a annoncé que les Etats-Unis se préparaient aussi à des frappes en Syrie effectuées par des avions de combats pilotés, a rapporté Reuters

Un drone américain a touché plusieurs cibles près de Raqqa, le siège de Daesh, a rapporté The Hurriyet Daily Times. Auparavant, la base aérienne d’Incirlik qui se trouve dans le sud de la Turquie, près d’Adana, n’avait été utilisée que pour des vols de reconnaissance.

La Turquie s’est d’abord prononcée contre l’utilisation de ses bases aériennes pour effectuer des raids aériens contre Daesh. Mais, apparemment, les Etats-Unis ont trouvé de bons arguments, car la Turquie a ouvert ses bases à Washington.

«Dans le cadre de notre accord avec les Etats-Unis, nous avons fait un progrès concernant l’ouverture de nos bases, en particulier Incirlik», a dit plus tôt le ministre turc des Affaires étrangères à la chaîne turque TRT.

La Turquie elle-même promet de s’engager dans les combats contre Daesh au nord de la Syrie, selon les mots de son ministre des Affaires étrangères. «Pour le moment, nous entrainons et équipons l’opposition modérée en Turquie, conjointement avec les Etats-Unis et bientôt nous entamerons notre lutte contre Daesh».

Les actions envisagées par la Turquie n’ont pas encore été annoncées. On ne peut donc pas dire avec certitude s’il s’agit de bombardements ou d’une opération terrestre mais, selon des images satellites publiées sur le site de Stratfor, une société privée américaine qui œuvre dans le domaine du renseignement, la Turquie rassemble des troupes et des chars de combat.

Capture d'écran de www.stratfor.com
Capture d'écran de www.stratfor.com

La lutte contre Daesh pour calmer le PKK

Si la Turquie lance comme elle le dit une «guerre totale» contre Daesh, c’est une bonne occasion pour introduire ses troupes dans le nord de la Syrie et de l’Irak peuplé par les kurdes qui demandent depuis déjà longtemps l’indépendance afin d’organiser son propre Etat, projet pour lequel lutte le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Une idée à laquelle la Turquie s’oppose de tout son poids.

La Turquie a déjà engagé des frappes aériennes contre le PKK au nom de la lutte contre Daesh dès le 25 juillet, quand sept frappes ont été portées sur des positions kurdes dans le nord de l’Irak. Maintenant, c’est au tour du nord de la Syrie.

En savoir plus : Syrie : les frappes américaines de soutien aux rebelles modérés, un moyen d’abattre el-Assad ?

Les Kurdes, tout d’abord vus comme le dernier rempart contre les djihadistes, sont redevenus des «terroristes» aux yeux des Américains depuis qu’Ankara a accepté l’utilisation de ses bases par les forces militaires des Etats-Unis.

Des actions suspectes

Ces images ont été prises à la fin du mois de juillet, quand Washington et Ankara se sont accordés sur la création d’une zone de sécurité à la frontière turco-syrienne. Le plan prévoit d’éliminer les combattants de Daesh dans cette zone, pour garantir la sécurité de la partie sud de la Turquie. De plus, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils bombarderaient quiconque attaquerait les rebelles soi-disant «modérés», qui sont entraînés et équipés par Washington. Selon le politologue Taleb Ibrahim, les mesures que Washington et la Turquie entreprennent sont très douteuses.

«Les Etats-Unis ne sont pas sérieux dans leur prétention à lutter contre Daesh. Je suis soupçonneux à l’égard du comportement de Washington en Syrie ainsi qu’en Irak», a fait savoir l’expert. Selon lui, le rôle de la Turquie dans cette histoire n’est pas assez clair. Ce qui est, en revanche, clair pour lui, c’est que toutes les actions des Etats-Unis en Syrie, en Irak et en Libye sont illégitimes, et qu’ils essaient avec la Turquie de trouver en Daesh un nouveau prétexte pour soutenir l’opposition modérée.

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A l’appui de son analyse, Taleb Ibrahim invite à considérer le nombre des combattants «modérés» entraînés par les Etats-Unis : 60 personnes. Soixante personnes constituent donc pour Washington une justification au bombardement de l’armée légitime syrienne si elle attaquait ces combattants. Selon le politologue, il n’y a là qu’un prétexte pour entrer de nouveau en guerre dans la région.

Pour le moment, les Etats-Unis n’évoquent pas d’opération terrestre et misent sur les raids aériens effectués par les drones. Mais, selon un rapport publié en 2014 par d’anciens hauts fonctionnaires américains, cette pratique n’est pas si efficace que Washington pourrait l’espérer : selon les statistiques, au cours des dix dernières années, les tentatives de tuer 41 leaders terroristes ont couté la vie à 1 117 personnes, dont une grande majorité sont des civils.

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