Netzpolitik : malgré le limogeage du procureur, l'opinion attend des explications du gouvernement

Un manifestant tien une pancarte sur laquelle est écrit «la liberté de la presse est un droit fondamental»© Fabrizio Bensch Source: Reuters
Un manifestant tien une pancarte sur laquelle est écrit «la liberté de la presse est un droit fondamental»

Malgré le limogeage du procureur général par le ministre de la Justice, la colère persiste en Allemagne où des voix de tous bords exigent des explications de la part du gouvernement d'Angela Merkel sur l'enquête pour trahison visant des journalistes.

Le ministre de la Justice allemand Heiko Maas a annoncé hier soir le limogeage du procureur général Harald Range. L'annonce a secoué l'opinion et a provoqué de nombreuses réactions. Beaucoup pointent en effet du doigt la réaction tardive du ministre face à une enquête qui avait débuté en mai dernier.

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Les quotidiens allemands Tagesspiegel et Die Welt considèrent que Heiko Maas «a trop longtemps laissé courir la procédure» et n'a réagi «que lorsque les premières protestations ont débuté». Ils reprochent au ministre de ne pas avoir donné d'instructions claires «jusqu'au moment où l'affaire a été rendue publique».

Selon les médias allemands, Heiko Maas Maas aurait pu réagir beaucoup plus tôt en faisant stopper la procédure dans le dossier «Netzpolitik» du nom du blog visé par l’enquête pour violation du secret d'Etat. C'est le blog lui-même qui avait rendu l’affaire publique jeudi dernier.

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Les commentateurs relèvent que, à l'origine de la procédure se trouve la plainte contre X pour «trahison de secrets d'Etat» que le président de l'Office de protection de la Constitution (renseignement intérieur) Hans-Georg Maassen avait déposé, selon eux, avec l'aval de son autorité de tutelle, le ministre de l'Intérieur conservateur Thomas de Maizière, réputé très proche de la chancelière Angela Merkel.

Le parti d'opposition de gauche radicale Die Linke a réclamé la démission de Maassen, exigeant également que Heiko Maas et Thomas de Maizière «prennent leurs responsabilités dans cette affaire» et expliquent notamment comment une telle enquête a pu exister. L'autre parti de la mince opposition, les Verts, a également fait les mêmes demandes.

Des critiques existent même au sein de la coalition conservateurs/sociaux-démocrates d'Angela Merkel.

Un responsable du parti CSU, version bavaroise de la CDU d'Angela Merkel, Hans-Pete Uhl, a ainsi jugé «exagéré» le limogeage du magistrat, pointant lui aussi l'inaction du ministre de la Justice pendant plusieurs mois. «Il faut savoir quand le ministre a été mis au courant pour la première fois de cette enquête», a-t-il insisté auprès du quotidien des affaires Handlesblatt.

Patrick Snesburg (CDU), le président de la commission d'enquête sur l'affaire d'espionnage par l'agence américaine de renseignement NSA juge, lui, que Heiko Maas a agi de façon «tout à fait logique : il fallait que cette querelle prenne fin», a-t-il dit au Handelsblatt.

Plusieurs journaux soulignaient que le Parquet allemand n'était pas indépendant du pouvoir politique, alors que M. Range évoquait le contraire lorsqu'il a accusé son ministre d'ingérence dans le dossier.

«Derrière les bâtiments fortifiés du Parquet général fédéral» de Karlsruhe (sud-ouest), «il n'y a pas d'enquêteur autonome. Le procureur général, proposé par le ministre de la Justice, élu par le Bundesrat (chambre haute du Parlement), est un fonctionnaire politique», insiste la Süddeutsche Zeitung.

«Lorsqu'il enquête, il doit toujours garder à l'esprit la politique pénale du gouvernement», poursuit le quotidien de Munich, pour qui «le chef supérieur est toujours un politique», forcément «tenu au courant» des affaires sensibles, comme celle du portable de Mme Merkel prétendument espionné par la NSA. Une affaire classée précisément par l'ex-procureur Range.

De nombreux observateurs, parmi lesquels figure le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung, soulignaient également que, en attaquant Heiko Maas sur cette question, Harald Range Range, qui devait partir en retraite en janvier prochain, a peut-être «voulu forcer son limogeage».

Mais même s'il «n'était pas le meilleur procureur général fédéral de l'histoire (...) son limogeage en urgence est indigne et montre une certaine incapacité de la part des responsables politiques», déplorait l'hebdomadaire Der Spiegel sur son site internet.

«Au final, Maassen et Range (...) ont renforcé la liberté de la presse de ce pays», notait ironiquement le Berliner Zeitung.

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