Julian Assange, un lanceur d'alerte privé de liberté depuis plus de six ans

Julian Assange, un lanceur d'alerte privé de liberté depuis plus de six ans© Simon Dawson Source: Reuters

Réfugié depuis six ans dans l'ambassade d'Equateur au Royaume-Uni, Julian Assange devrait être remis aux autorités britanniques par Quito. Retour sur le parcours d'un homme qui n'a jamais cessé son combat pour la vérité, au prix de sa propre liberté.

Le cofondateur de Wikileaks, Julian Assange, vit selon toute vraisemblance ses dernières heures de – relative – liberté. Reclus depuis 2012 à l'ambassade de l'Equateur au Royaume-Uni, Quito devrait officiellement révoquer son asile et le remettre aux autorités britanniques.

L'histoire du célèbre lanceur d'alerte connaît un tournant fin juillet 2010, lorsqu'il décide de diffuser 70 000 documents confidentiels sur les opérations de la coalition internationale en Afghanistan, puis 400 000 rapports concernant l'invasion américaine en Irak quelques mois plus tard, et enfin le contenu de 250 000 câbles diplomatiques américains. Autant de documents militaires classifiés – obtenus grâce à Bradley Manning, ancien soldat américain mobilisé en Irak, devenu depuis Chelsea Manning – qui révèlent l'ampleur des défaillances de l'armée américaine en Afghanistan et Irak.

Parmi ceux-ci, se trouvent par exemple les images filmées d'un hélicoptère de l'armée américaine à Bagdad qui lance une attaque causant la mort de deux journalistes de Reuters, les soldats ayant confondu des caméras avec des lance-roquettes. Des images qui ont fait le tour de monde, jetant encore plus le trouble sur une intervention dont la légitimité était déjà remise en cause.

Ennemi d'Etat

Ces révélations, qui font trembler le gouvernement des Etats-Unis, placent définitivement Julian Assange dans le viseur de Washington en tant qu'ennemi d'Etat. Mais ses ennuis judiciaires débutent pourtant avec une histoire qui n'a en apparence rien à voir. Le 18 novembre, la Suède lance un mandat d'arrêt européen à son encontre dans le cadre d'une enquête pour viol et agression sexuelle présumés de deux Suédoises, en août 2010. Contestant fermement ces accusations, Julian Assange se livre à la police britannique le 7 décembre pour donner sa version des faits. Il est détenu neuf jours puis assigné à résidence dans le comté de Suffolk, en Angleterre.

En février 2011, un tribunal londonien valide la demande d'extradition de la Suède. Mais après avoir épuisé tous ses recours, l'Australien, qui soutient que toute cette affaire n'est qu'un prétexte pour l'extrader aux Etats-Unis où il pourrait encourir la peine de mort, se réfugie à l'ambassade d'Equateur à Londres et demande l'asile politique, le 19 juin 2012. L'Equateur, présidé alors par la grande figure de la gauche sud-américaine Rafael Correa, lui accorde l'asile en août de la même année.

Le lanceur d'alerte, dont l'exil forcé n'a pas entamé la résolution à se battre pour la vérité, continue de publier des documents accablants, notamment 20 000 mails du comité interne du Parti démocrate américain en 2016, qui montrent entre autres comment Bernie Sanders a été écarté de la course présidentielle par son mouvement en faveur d'Hillary Clinton.

Le 19 mai 2017, la justice suédoise classe sans suite les accusations de viol à son encontre. Malgré l'abandon des poursuites, un tribunal londonien refuse de lever son mandant d'arrêt au motif qu'il n'avait pas respecté les conditions de sa liberté sous caution. Personnage médiatique, Julian Assange a reçu le soutien de nombreuses personnalités parmi lesquelles l'actrice américaine Pamela Anderson, avec qui lui avait été prêté une relation et qui avait demandé dans une lettre en juin 2017 l'aide d'Emmanuel Macron et de la Chine afin d'obtenir sa libération.

Mais les signes que Julian Assange n'est plus en odeur de sainteté auprès de l'Equateur se multiplient : en mars dernier, Quito décide de couper son accès internet, arguant qu'il n'a pas respecté «son engagement de ne pas interférer dans les relations de l'Equateur avec d'autres pays, dont les Etats-Unis». Et sous l'impulsion du nouveau président équatorien Lenin Moreno et de Washington, qui aurait notamment menacé Quito de bloquer un prêt du Fonds monétaire international (FMI) selon le Times, l'Equateur devrait finalement décider de remettre le lanceur d'alerte aux mains des autorités britanniques.

Lire aussi : Maintien du mandat d'arrêt contre Assange : «C'est un déni de justice», pour Djordje Kuzmanovic

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