«Roulette russe» : Des civils chargés de choisir les cibles des drones américains

Un drone américain Source: Reuters
Un drone américain

La demande «insatiable» pour les analystes de drone oblige les Etats-Unis à embaucher des opérateurs privés, 1 analyste sur 10 étant un civil. Des analystes civils qualifient ce travail de risqué, en jouant avec la vie d’innocents.

Le Bureau of Investigative Journalism (BIJ), organisation non gouvernementale britannique, a sondé les fournisseurs militaires américains des analystes de données des drones en utilisant des logiciels spéciaux pour filtrer quelques 8 millions de dossiers d’opérations diffusés par le Pentagone entre 2009 et 2014. Ils ont aussi interviewé certains fournisseurs, qui ont préféré de rester anonymes.

D’après l’enquête du BIJ, un analyste sur 10 est un opérateur civil. Ils n’indiquent cependant que les données disponibles pour l’armée américaine. Les opérations controversées au Yémen et Pakistan restent classifiées.

D’après l’investigation, les drones militaires américains et autres avions-espions recueillent 11 heures de données vidéo chaque jour, qui doivent être analysées, souvent en temps réel.

Des responsables militaires disent avoir besoin de gens pour le renseignement, la surveillance et la reconnaissance(ISTAR), depuis le moment où la campagne contre l’Etat islamique a été lancée l’été dernier.

«Nous voyons un signal insatiable de demande», a indiqué le colonel Jim Cluff, responsable de la base de Creech dans le Nevada d’où opèrent les «pilotes» de drone.

En parlant sous couvert d’anonymat, des fournisseurs interrogés par le BIJ, indiquent avoir été d’anciens militaires. Ils se disent avoir plus de connaissance et d’expérience que des aviateurs en uniformes, qui sont souvent des nouveaux diplômés.

Les civils revoient les enregistrements de drones et d’avions-espions filmant les champs de bataille au Moyen-Orient, et consultent des opérateurs militaires pour savoir si les gens qu’ils repèrent sont des civils ou des cibles potentielles.«En tant que civil, je n’ai pas de permission d’arrêter quelqu’un mais si j’appelle la police et lui dit avoir trouvé «cette personne-là suspecte», la police sera prête à répondre à cette menace, elle va faire confiance dans ma déclaration», a indiqué un des analystes qui a demandé qu’on l’appelle John. «On pourrait discuter la question de savoir si j’étais responsable, mais ce n’est pas moi qui tire», a-t-il ajouté.

Chaque appel qu’il fait est un jeu, a expliqué John, avec des vies innocentes sur la sellette. «C’est une motivation pour jouer de façon la plus sûre, parce que je ne veux pas qu’un innocent soit tué, a-t-il continué.

«Il est essentiel de comprend que tout ce qui arrive, arrive dans la vie réelle. Chaque fois qu’on échoue, des gens meurent», a expliqué un autre analyste en ajoutant que le rôle principal des analystes consiste à s’assurer que de telles erreurs ne se produisent pas.

Au moins 6 000 civils ont été tués par des frappes de drones américains à travers toute la planète, selon un groupe de 45 vétérans militaires américains, qui ont appelé les opérateurs de drone à démissionner et «sauver leur âme» dans une lettre ouverte diffusée le mois dernier.

 

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