Torture, prisons secrètes : 109 hauts-gradés US ne veulent pas Gina Haspel à la tête de la CIA

Torture, prisons secrètes : 109 hauts-gradés US ne veulent pas Gina Haspel à la tête de la CIA
Des manifestants protestent en 2016 devant la Maison Blanche contre l'utilisation de la torture, illustration ©Jonathan Ernst/Reuters

Des généraux et amiraux américains à la retraite se sont élevés contre la nomination de Gina Haspel comme prochaine patronne de la CIA. Présentée comme un excellent élément de l'agence de renseignement, celle-ci possède toutefois sa part d'ombre.

Les cadres de l'armée américaine n'ont pas toujours le doigt sur la couture – du moins ceux qui ne sont plus en service. Pas moins de 109 généraux et amiraux ont ainsi appelé le Sénat à rejeter la candidature de Gina Haspel comme prochaine directrice de la CIA, en raison de son passé trouble.

Implication totale de madame Haspel dans le programme de détention et d'interrogatoires

Les hauts-gradés, la jugeant «intimement liée à [des pratiques] de torture», ont demandé dans une tribune publiée le 23 avril sur le site de l'ONG Human Rights First la déclassification des informations concernant Gina Haspel. «Nous vous exhortons à examiner avec attention, l'implication totale de madame Haspel dans le programme de détention et d'interrogatoires», écrivent les militaires à l'attention des sénateurs chargés de confirmer la nomination, faisant allusion au programme de prisons secrètes de la CIA dans les années 2000. «Madame Haspel semble également avoir milité et joué un rôle déterminant dans la destruction de 92 enregistrements vidéo de personnes détenues par les Etats-Unis et soumises à la torture», ajoutent-ils.

Parmi les retraités signataires, on compte notamment des pointures telles que l'ex-commandant en chef de l'armée américaine pour l'Europe, David Maddox, ou encore l'ancien chef du prestigieux corps des Marines, Charles Krulak.

Un rapport secret sur les pratiques de la CIA au cœur de la controverse

Ceux-ci se fondent sur un rapport secret réalisé en 2014 par la commission du renseignement du Sénat, et portant sur le programme de torture dans le cadre de la guerre au terrorisme déclarée par George W. Bush. Mais l'actuel président républicain de cette commission tente depuis plusieurs mois d'en rassembler les copies, au motif de vouloir éviter des fuites. Les démocrates soupçonnent cependant de leur côté l'élu républicain de vouloir détruire toutes les copies de ce rapport.

Le document de 6 700 pages détaillerait les méthodes d'interrogatoire et les conditions de détention très controversées des suspects, en utilisant des techniques interdites, comme le tristement célèbre waterboarding, consistant à faire vivre à la personne torturée les sensations d'une noyade. 

Un résumé de 528 pages avait été rendu public en décembre 2014 mais la version complète – classifiée – comprend des détails sur les méthodes, les participants et les lieux. Le prédécesseur de Donald Trump à la Maison Blanche, Barack Obama, en a conservé une copie pour sa librairie présidentielle à Chicago. Mais, si l'appel des généraux américain reste lettre morte, le rapport restera classé secret jusqu'en 2029.

Dans un grand jeu de chaises musicales à Capitol Hill, Gina Haspel doit remplacer Mike Pompeo, que Donald Trump a choisi le 13 mars pour succéder à Rex Tillerson, limogé, au poste de secrétaire d'Etat. Espionne très expérimentée, selon Mike Pompeo qui l'a nommée numéro deux de la CIA, elle a rejoint l'agence en 1985 et a servi dans plusieurs endroits du monde, notamment à Londres à la fin des années 2000.

Lire aussi : Humiliations, viols, violences : d'anciens détenus d'Abou Ghraïb témoignent (VIDEO)

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.