Le gouvernement syrien martèle ne pas être en possession d'armes chimiques, qu'il juge «immorales»

Le gouvernement syrien martèle ne pas être en possession d'armes chimiques, qu'il juge «immorales»
Illustration : une équipe médicale syrienne prend part à un exercice organisé sous l'égide de l'OMS en juillet 2017, photo ©Murad Sezer/Reuters

Damas a réaffirmé que l'armée syrienne ne faisait pas usage d'armes chimiques. Depuis le début de l'année, les Occidentaux ont réitéré leurs accusations à l'encontre du gouvernement syrien, concédant toutefois ne pas disposer de preuves.

Tentant de faire entendre sa voix dans un flot permanent de déclarations accusatoires, Damas a une nouvelle fois nié, ce 14 février, être en possession d'armes chimiques. «Le gouvernement syrien nie catégoriquement posséder [...] des armes chimiques. Nous considérons l'utilisation de ces armes immorale et inacceptable, quel que soit le contexte», a ainsi martelé le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Fayçal Moqdad, cité par l'agence officielle Sana.

Depuis le début du conflit en Syrie en 2011, Damas a toujours rejeté les accusations d'attaques chimiques portées par les Occidentaux. Cédant à la pression internationale, la Syrie avait toutefois accepté en 2013 le démantèlement de son arsenal chimique sous le contrôle de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

Or, depuis le début de l'année 2018, les Occidentaux accusent à nouveau Damas d'avoir à plusieurs reprises bombardé avec des barils de chlore les populations d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, et de la région de la Ghouta à l'est de Damas. Washington affirme qu'au moins six attaques au chlore ont été menées dans des zones rebelles, avançant des dizaines de cas de blessés par suffocation. Problème : ces allégations reposent sur des informations fournies par le controversé Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé au Royaume-Uni, mais aussi par les non-moins controversés Casques blancs.

Egalement connus sous le nom de «Syran Civil Defense», les Casques blancs ont même tenté d'accélérer les choses, appelant Emmanuel Macron à intervenir, plutôt que de disserter sur le franchissement ou non de «lignes rouges». «Utilisez un autre mot parce que toutes les lignes rouges ont été franchies et [les Syriens] sont lassés de ces mots», avait lancé le vice-président des Casques blancs Abdulrahman Almawwas, le 13 février, à l'adresse du président français.

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Le 13 février, le président Emmanuel Macron avait assuré que Paris mènerait des frappes en Syrie s'il avait «des preuves avérées que des armes chimiques proscrites [étaient] utilisées contre les civils» par les autorités syriennes. Une position réaffirmée le lendemain par le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, qui a évoqué «des frappes militaires» en cas d'attaques chimiques, «dès lors que ces attaques présentent un caractère létal et que la responsabilité du régime est avérée».

Des «indications possibles» mais toujours pas de preuves

Pour autant, sur le terrain, en dehors des informations de l'OSDH et des Casques blancs, rien ne permet vraiment d'écarter la possibilité d'un emploi d'armes chimiques par les rebelles et les djihadistes qui luttent contre le gouvernement syrien.

On ne sait pas le dire avec certitude

D'ailleurs, les chancelleries occidentales elles-mêmes reconnaissent du bout des lèvres ne disposer d'aucune preuve étayant les accusations qu'elles portent contre les autorités syriennes. Le 9 février dernier, au micro de France Inter, la ministre française des Armées, Florence Parly, reconnaissait n'avoir que des «indications possibles» de l'utilisation de chlore contre des populations civiles en Syrie, sans même parler de l'identification des auteurs. «On ne sait pas le dire avec certitude et c'est cela qu'il faut parvenir à établir», avait-elle affirmé dans un raisonnement circulaire.

Nous avons des déclarations mais pas de preuve

Mais c'est au sommet de l'Etat américain que les incohérences dans le discours officiel sont les plus visibles. Le 2 février dernier, le secrétaire d'Etat à la Défense, James Mattis, avait lui aussi reconnu ne pas disposer d'éléments permettant de confirmer les accusations des ONG.

«Nous avons des déclarations en provenance des zones de combat de personnes qui affirment que [des armes chimiques] ont été utilisées, mais nous n'avons pas de preuve», a-t-il déclaré, cité par l'agence Associated Press, sans préciser à quelles supposées attaques chimiques il faisait référence. Pourtant, James Mattis n'imagine pas que Damas ne soit pas responsable. «Nous cherchons des preuves, puisque, clairement, nous avons affaire au régime d'Assad, qui utilise le déni et la supercherie afin de dissimuler ses actes», a-t-il confié.

Alors que les combats reprennent en Syrie et que la perspective d'un retour à la paix s'assombrit, la bataille de l'information et du storytelling reprend, elle aussi, de plus belle.

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