Procès Hissène Habré, la justice pénale internationale en question

Hissène Habré quittant la Cour de Dakar, lors de sa première comparution© Stringer Afghanistan Source: Reuters
Hissène Habré quittant la Cour de Dakar, lors de sa première comparution

Le procès de l'ex-dictateur du Tchad s'ouvre à Dakar pour «crimes contre l'humanité». Pour la première fois, c'est sous l'égide de l'Union africaine et non de la CPI fortement contestée par les pays africains que se tiendra un tel procès.

Il a été amené de force devant le tribunal. Hissène Habré, 72 ans, ne reconnait en effet pas la juridiction chargée spécialement de le juger. Plus encore, il a demandé à ses représentants de boycotter les audiences. 

Pourtant ce procès est une première dans l'histoire de la justice africaine: un chef d'Etat doit répondre de ses actes devant une juridiction du continent spécifiquement pour les actes commis pendant sa présence au pouvoir. Hissène habré, président du Tchad de 1982 à 1990 devra donc comparaître devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE) au Sénégal.

Appliquant le principe pénal de compétence universelle, le CAE, mandaté par l'Union Africaine, fera ainsi le procès de tout un pouvoir qui a causé la mort de plus de 40 000 personnes.

Union Africaine versus CPI

Au-delà du cas Habré, ce procès est aussi un moyen pour l'UA d'affirmer sa volonté de créer une justice pan-africaine capable de juger sur le continent les anciens chefs d'Etat. 

Jusqu'à présent, les anciens chefs d'Etat pouvaient être jugés par la justice de leur pays comme dernièrement Mohamed Morsi en Egypte.

L'autre option est la CPI. Mais les griefs se sont multipliés en Afrique contre la Cour siégeant à La Haye qui est régulièrement accusée de pratiquer une justice sélective et de ne poursuivre que des Africains. Cette Cour est également perçue comme un outil entre les mains des Occidentaux et de leurs intérêts.

 Toutes les procédures ouvertes depuis 2003 par la CPI concernent en effet l'Afrique qui compte pourtant 34 Etats africains membres. Huit procédures au total contre l' Ouganda, la République démocratique du Congo, la République de Centrafrique, le Darfour (Soudan), le Kenya, la Libye et la Côte d’Ivoire. Ainsi, du président kényan, Uhuru Kenyatta au président soudanais Omar Al-Bachir, en passant par l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, les chefs d'Etats africains sont au première loge de la CPI.

Au mois de juin dernier, l’Afrique du Sud avait ainsi refusé d’extrader le président soudanais Omar El-Béchir poursuivi pour génocide. Le pays envisage désormais de quitter tout simplement la CPI. 

Pour beaucoup de spécialistes, l’Afrique inaugure son indépendance juridique et ce procès peut créer un précédent pour la justice pan-africaine qui pourra ainsi traduire les ex-chefs d'Etat africains devant ses propres tribunaux.

Le procès de la Françafrique et du soutien des Etats-Unis

Dans l'ombre du cas judiciaire Habré, c'est aussi le procès de la politique de la France et des États-Unis au Tchad qui se dessine. 

C'est en effet avec l'appui de ces deux pays que Hissène Habré avait pris le pouvoir en 1982 et l'avait conservé jusqu'en 1990. L'homme fort de N'Djaména apparaissait en effet comme le meilleur contre-pouvoir à Mouammar Kadhafi, perçu alors comme une menace majeure.

Le soutien de la France pour combattre l'ennemi libyen, soutien qui s'était traduit par du matériel et du renseignement, a pu être également utilisé dans le régime répressif de Hissène Habré contre son peuple. Le procès à Dakar devrait également aborder ce point.

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