Le fonds européen visant à endiguer l’arrivée de migrants africains est à sec

Le fonds européen visant à endiguer l’arrivée de migrants africains est à sec© Mahmud Turkia
Migrants secourus sur les côtes libyennes en juillet 2017 (image d'illustration).

Un fonds, essentiellement alimenté par le budget de l'UE, a été créé en 2015 pour tenter de tarir à la source l'immigration clandestine africaine. Il lui manque aujourd’hui 225 millions d'euros, mais les Etats européens rechignent à payer.

Le président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker, a donné l’alerte lors d’une intervention au Conseil européen le 19 octobre : le fonds destiné à tarir le flux de migrants africains à la source est dans le rouge.

Nous avons atteints nos limites [...] Nous devons augmenter les moyens financiers qu'il nous faut avoir à disposition

Comme le rapporte le quotidien britannique The Guardian, il manque en effet 225 millions d'euros au Fonds fiduciaire d’urgence de l'Union européenne (UE) pour l’Afrique afin de mener à bien les missions qui lui ont été dévolues – assurer la sécurité des frontières en Libye (d’où partent une partie conséquente des migrants subsahariens), prendre en charge l’aide au retour volontaire des migrants et développer des projets d'éducation ou de formation en Afrique, pour dissuader les départs.

«Nous avons atteint nos limites [...] Nous devons augmenter les moyens financiers qu'il nous faut avoir à disposition», a mis en garde Jean-Claude Juncker. 

«Nous [les dirigeants européens] avons commencé à dire que nous verserions 1,8 milliard d’euros de nos poches pour aider l’Afrique, puis nous sommes passés à 2,5 milliards, puis à 3,1 milliards d’euros, avec de l’argent fourni par la Commission en restructurant le budget. Les Etats membres se sont pour l’instant engagés à verser 175 millions d’euros, ce qui n’est clairement pas suffisant », a déploré le dirigeant européen, les appelant vivement à consentir à un effort financier supplémentaire. Il redoute que l'argent du fonds continue à être prélevé sur le budget européen, qui dans ce cas n'a été débloqué qu'en raison de l'urgence de la situation, et n'est pas censé être ponctionné de nouveau.

Un fonds pour développer l'attractivité de l'Afrique pour ses habitants

Le Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique a été mis en place à la suite du sommet de La Valette sur la migration, à Malte, le 11 et 12 novembre 2015. Durant cette réunion, les chefs d'Etat ou de gouvernement européens et africains ont signé une déclaration commune, dans laquelle ils s’engageaient à «gérer ensemble les flux migratoires dans tous leurs aspects». Ils appelaient à traiter équitablement le cas des migrants syriens et subsahariens.

Cette décision fait écho aux vœux exprimés par un certain nombre de dirigeants africains comme le président guinéen Alpha Condé. En septembre dernier, celui-ci avait confié à RT France : «Si on veut réellement mettre fin à ce phénomène [d'immigration clandestine] il faut que l'Europe collabore au développement de l'Afrique. C’est ce qui tarira la source de l'immigration, ce ne sont pas les barrières et tout ce que l'on peut mettre en place. Pourquoi voulez-vous que les jeunes Africains aillent mourir dans les eaux de la Méditerranée s'ils peuvent trouver du travail sur place ?»

Les Etats membres rechignent à passer à la caisse pour freiner le flux de migrants

Mais aujourd’hui, les belles déclarations ont fait place au manque de volonté d'une partie des 26 Etats membres, qui n’ont pas tous honoré leurs promesses – qui elles-mêmes, a souligné Jean-Claude Juncker, sont nettement insuffisantes. L'Allemagne devait verser 51 millions d’euros au Fonds fiduciaire d’urgence, mais elle n'y a contribué qu'à hauteur de 23 millions d’euros. La Belgique a quant à elle promis 6 millions d’euros mais n'en a versé que 3. la France a elle promis et versé... 3 millions d’euros.

Le nombre d'arrivées de migrants tend à suivre une courbe descendante, comme le prouvent les chiffres récemment avancés par le ministère italien de l'Intérieur, évoquant un chiffre de 4 000 entrées en un mois entre mi-juillet et mi-août, soit un cinquième des chiffres pour la même période en 2014, 2015 et 2016. Mais les dirigeants européens redoutent que la baisse du budget consacré à ce dossier fasse repartir les chiffres à la hausse.

Lire aussi : Plus de 3 000 migrants interpellés à Sabratha, en Libye

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