Pour Assange, capitalisme, athéisme et féminisme sont responsables de la baisse de natalité

Pour Assange, capitalisme, athéisme et féminisme sont responsables de la baisse de natalité© Daniel LEAL-OLIVAS Source: AFP
Julian Assange devant l'ambassade d'Equateur à Londres en mai 2017.

Dans un tweet, le fondateur de WikiLeaks a développé un argumentaire sur la baisse de la fécondité. Que les principaux dirigeants européens, dont Emmanuel Macron, n’aient pas d’enfant, en est selon lui une preuve. Les internautes ont vivement réagi.

Julian Assange, depuis sa résidence à l’ambassade d’Equateur à Londres, a publié le 2 septembre sur Twitter un tableau des taux de natalité en Europe. L’équation qui l’accompagne y associe une théorie toute personnelle sur la baisse de la fécondité, selon lui due à la conjonction du capitalisme, de l'athéisme et du féminisme. Il fait également une allusion au «remplacement» des populations.

Capitalisme + athéisme + féminisme = stérilité = migration. Taux de natalité en UE : 1,6. Remplacement : 2,1. Merkel, May, Macron, Gentiloni, tous sans enfants

A l'appui de sa démonstration, Julian Assange cite plusieurs leaders européens qui n'ont pas d'enfants. Un tweet partagé plus de 5 000 fois : «Capitalisme + athéisme + féminisme = stérilité = migration. Taux de natalité en UE : 1,6. Remplacement : 2,1. Merkel, May, Macron, Gentiloni, tous sans enfants»

Problème de fertilité ou choix assumé ?

Emmanuel Macron, pris à parti dans ce message de Julian Assange, s’est déjà expliqué plusieurs fois sur sa décision de ne pas avoir d'enfant. Notamment au micro de Jean-Jacques Bourdin, sur BFMTV : «Nous avons choisi de ne pas avoir d'enfant. Un choix qui n'était pas égoïste pour moi. C'est un choix que l'on a assumé, que j'ai dû faire très jeune étant donné la différence d'âge [avec sa femme Brigitte Macron].»

Parmi les autres dirigeants européens mentionnés, la Britannique Theresa May, quant à elle, n’a pas choisi de ne pas avoir de descendance : elle a connu des problèmes de fertilité. Elle avait évoqué la peine partagée avec son mari au Daily Mail en mai 2016. «Cela n'a pas marché, alors vous savez, c'est, eh bien, une de ces choses à gérer...»

Les réseaux sociaux partagés entre colère et approbation timide

Le tweet d’Assange a suscité une large controverse sur les réseaux sociaux, avec plus de 1 500 réponses rien que sur Twitter. Certains dénoncent les propos jugés anti-féministes du fondateur de WikiLeaks et pointent du doigt son incohérence.

«La plupart des Etats féministes ou sans Dieu, Scandinavie ou France, sont dans le top dix du tableau de natalité», écrit par exemple l'un d'entre eux.

«Absolument, en Suède nous avons un gouvernement féministe et nous sommes au 3e rang de la fertilité en Europe (Après l'Irlande et la France). Julian Assange a aussi essayé d'aider», renchérit la chercheuse Agnès Wold, faisant allusion à la plainte déposée en 2010 par deux Suédoises qui avaient accusé Julian Assange d'avoir retiré son préservatif contre leur volonté lors d'actes sexuels.

Un autre utilisateur de Twitter accuse Julian Assange d'amateurisme. «Littéralement aucune preuve des causes décrites», assène-t-il.

La militante féministe Fatima-Ezzahra Benomar a commenté pour RT France les réactions sur les réseaux sociaux à la lumière de précédentes déclarations d’Assange, qui avancerait aujourd’hui «la thèse selon laquelle le féminisme aurait obtenu des femmes leur autonomie financière et donc aurait renforcé leur droit à contrôler les naissances». Or, selon elle, «c'est plutôt le chômage de masse, le dysfonctionnement du système social et économique, et l'absence de confiance dans l'avenir qui découragent d'avoir des enfants». 

Quelques rares voix dissidentes ont volé au secours de Julian Assange. «Intéressant, ça fait réfléchir», a par exemple tweeté un internaute.

Julian Assange, adepte de la théorie du «grand remplacement» ?

Outre ses allusions au féminisme, celle allusion à un autre concept, celui du «remplacement» ou «grand remplacement», a jeté le désarroi parmi nombre d’internautes. «Alors, ce que vous dites est que vous êtes un suprémaciste blanc. J'ai compris», s'est ainsi indigné une internaute.

Même écho sur le site Reddit : «Il est allé si loin à gauche qu'il est extrême droite maintenant.»

Selon Fatima-Ezzahra Benomar, Julian Assange fait ici allusion à une thèse sous entendant que «le féminisme contribuerait à la thèse du grand remplacement des Blancs par des populations étrangères, notamment parce que les femmes luttent pour les droits reproductifs donc l'accès à la contraception et à l'avortement». En d'autres termes : «Cela conduirait à une forme de stérilité et donc de repopulation plutôt immigrée», explique-t-elle à RT France.

Le replacement migratoire, théorie des flux de population impliquant le calcul d’immigration nécessaire pour atteindre des objectifs de natalité, a pris en France une autre nuance, le «grand remplacement» (remplacement des populations «autochtones» par des populations d'origine étrangère) étant une hypothèse controversée de l’écrivain Renaud Camus. Ce dernier a pu sous-entendre qu'une substitution de population en France par des populations originaires d’Afrique et du Maghreb était voulue et encouragée par les élites politiques.

Julian Assange croit-il vraiment en cette théorie ? Aux réactions de la twittosphère, s’étonnant pour la plupart du caractère simpliste et généralisant du raisonnement, le créateur de Wikileaks se justifie : «Les mots sont souvent des simplifications abstraites d’un spectre brouillon de phénomènes, cela va sans dire.»

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