Le gouvernement grec, «trop légitime» pour les dirigeants des pays de la zone euro

Alexis Tsipras © Marko Djurica Source: Reuters
Alexis Tsipras

Le lauréat du prix Nobel en économie Joseph Stiglitz a détricoté depuis la tribune de The Guardian le choix qui se dresse devant le parlement et le peuple grec face aux demandes des créanciers.

Dans la crise qui fait depuis des mois la une de tous les journaux européens, «les leaders de l’UE commencent finalement à révéler la vraie nature du débat sur la dette», écrit Stiglitz, qui estime qu’il s’agit plutôt de la force et de la démocratie que de l’argent et de l’économie.

En fait, le programme imposé il y a cinq ans à la Grèce par la troïka des créanciers internationaux (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international) a été désastreux pour son économie : le PIB du pays a chuté de 25 %, alors que le taux de chômage chez les jeunes dépasse les 60 %, d’après les chiffres cités par Stiglitz.

Cependant, la troïka demande toujours plus de mesures d’austérité – telles que la hausse de l’âge du départ à la retraite et de l’assiette de l’imposition – afin d’obtenir un excédent budgétaire de 3,5 % du PIB vers 2018. Cet objectif, considéré par plusieurs économistes comme «punitif», de même que le refus de repousser même pour quelques jours le délais d’échéance du paiement de la dette d’Athènes, n’ont rien à voir avec l’argent, poursuit Stiglitz : les leaders européens utilisent, selon lui, cette situation pour faire replier la Grèce et lui imposer non seulement l’austérité, mais d’autres politiques régressives et punitives.

Pourquoi faire ? En vérité, le nouveau gouvernement grec qui a promis de mettre fin à l’austérité jouit d’une incontestable légitimité populaire, et est soucieux de la préserver, en organisant, par exemple, le referendum populaire sur l’acceptation ou le rejet des propositions des créanciers. Dans le même temps, la plus grande partie des pays de la zone euro n’ont pas cherché à obtenir le consentement de leurs peuples en abandonnant leurs souveraineté monétaire à la Banque centrale européenne, raconte Stiglitz, en citant l’exemple de la Suède, où l’opinion publique était largement opposée à l’euro.

Ce qu’on voit maintenant est le contraire de la démocratie, estime le prix Nobel en économie : plusieurs dirigeants de l’UE souhaitent la destitution du gouvernement d’Alexis Tsipras, en croyant qu’ils pourront le forcer à démissionner en lui imposant à accepter un accord qui contredit ses promesses électorales.

Finalement, les deux alternatives qui se dressent devant le peuple grec lors du référendum impliquent de gros risques, et les deux issues ne seront pas faciles, analyse Joseph Stiglitz. L’acceptation des conditions de la troïka signifierait une dépression économique quasi-infinie, qui pourrait s’achever par l’annulation de la dette grecque ou l’assistance de la Banque mondiale, ne serait-ce que dans une vingtaine d’années. Mais le rejet de ces propositions «ouvrira la possibilité que la Grèce, avec sa forte tradition démocratique, prenne son destin entre ses propres mains», d’après Stiglitz, qui croit que, dans ce cas, son avenir sera incontestablement plus optimiste que le présent.

 

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