Chapel Hill : la famille des victimes musulmanes évoque un «terrorisme domestique»

Le rassemblement des palestiniens en mémoire des victimes des événements à Chapel Hill.© Suhaib Salem Source: Reuters
Le rassemblement des palestiniens en mémoire des victimes des événements à Chapel Hill.

Les familles des trois musulmans tués en Caroline du Nord rendent un dernier hommage à leurs proches et soulignent la disparité entre la couverture médiatique dominante lorsque les musulmans sont victimes ou auteurs d’actes terroristes.

Linda Sarsour, porte-parole de la famille et directrice générale de l’Association des Arabes américains (AAA) de New York, a parlé avec le journaliste de RT Ben Swann des événements tragiques qui se sont produits lundi lorsque Deah Shaddy Barakat, 23 ans ; sa femme, Yusor Abu-Salha, 21 ans ; et sa sœur Razan Abu-Salha, 19 ans, ont été tués dans leur maison de Chapel Hill en Caroline du Nord.

Craig Stephen Hicks, âgé de 46 ans, s'est rendu de lui-même à la police après avoir fait usage de son arme mardi. Il a été arrêté en tant que suspect pour ce triple meurtre. Le meurtrier présumé vivait au-dessus de l'appartement des étudiants dans un immeuble situé près du campus de la prestigieuse université de Chapel Hill en Caroline du Nord.

«La famille est pleinement convaincue que le crime a été motivé par la haine d’après les conversations que le père a eu avec sa fille à propos d’un voisin odieux», a déclaré Linda Sarsour. «Elle a dit à son père, "Je sais qu’il me déteste pour ce qu'on est, pour ce qu'on porte"», a poursuivi la porte-parole.

Le FBI a ouvert une enquête préliminaire sur la violation présumée de plusieurs lois fédérales en lien avec cette affaire, a rapporté l’agence Reuters, y compris des lois sur les droits civiques, et sur la commission d'un crime motivé par la haine.

«[Hicks] avait l’habitude de les voir entrer dans l'immeuble avec sa main posée sur un pistolet ostensiblement placé dans un holster», a-t-elle expliqué. «Ajoutez à cela ses posts très révélateurs sur les réseaux sociaux qui démontrent qu'il était un antithéiste radicalement opposé à tous les cultes et à tous les fidèles».

Hicks se décrit lui-même comme un athée, il a régulièrement posté sur sa page Facebook des contenus critiques de la religion.

Le père des deux femmes qui ont été tuées, le Dr. Mohammad Abou-Salha, a dit au Raleigh News & Observer qu’une de ses filles avait des problèmes avec un «voisin haineux».

Karen, la femme du présumé coupable, dément que son mari était un islamophobe et laisse entendre  qu’il était plutôt motivé par d’incessantes disputes à propos du parking de l'immeuble. «Je peux dire avec une conviction absolue que cet incident n'a rien à voir avec la religion ou la foi des victimes mais qu’il est lié à des disputes récurrentes concernant le parking entre mon mari et les voisins, peu importent leur race, religion ou croyances», a-t-elle assuré aux journalistes mercredi.

Mais pour le Dr. Mohammad Abou-Salha, le fait que les membres de sa famille ont été tués d’une balle dans la tête dans le «style d’une exécution» montre que le tireur avait une animosité sous-jacente envers ses filles et son beau-fils en raison de leur religion et de leur culture.

La porte-parole de la famille a en outre déclaré qu’il était offensant pour les victimes que Karen Hicks passe sous silence la haine cachée que son mari nourrissait envers ses victimes. «C’est assez offensant quand on dit aux familles que leurs trois enfants ont été tués dans ce qui ressemble à une exécution à cause d’une dispute pour une place de parking. On doit avoir le cœur rempli de haine pour être capable de tuer de jeunes étudiants d'une telle façon», a-t-elle expliqué sur RT.

Linda Sarsour a reproché aux médias leur faible couverture de ces meurtres jusqu’à ce que l’emballement se produise sur les réseaux sociaux avec les hashtags #MuslimLivesMatter et #ChapelHillShooting et attire l’attention du public sur ce crime.

«Si l’auteur avait été musulman, nous aurions tout su de sa religion, de ses relations, de son travail, des personnes avec lesquelles il a parlé, alors que dans le cas présent, il n’y a pas eu de grande mobilisation», a-t-elle poursuivi.

«Je suis heureuse qu’on en sache plus maintenant sur ces trois vies, sur ces vies magnifiques, sur ces vies pleines qu’ils ont vécues, sur leurs familles», a ajouté la porte-parole. «C’est l’histoire qu’on veut raconter parce que c’étaient des Américains. Mais ils n’étaient pas seulement des Américains, ils étaient des Américains extraordinaires qui redonnaient à leur communauté, des étudiants brillants. Voilà comment leurs familles veulent qu’on se souvienne d’eux».

Les familles des trois victimes ont obtenu un déferlement de soutiens de tout le pays et du monde entier, pas seulement des condoléances mais également des offres de dons pour aider les réfugiés syriens, une cause chère à Barakat. Mais malgré cela, la famille reste persuadée que l’acte de Craig Stephen Hicks est «un acte terroriste authentique».

 «Le terrorisme est un crime motivé par la politique ou par la religion. Cet homme était un anti-théiste. Si on regarde certains de ses posts sur les réseaux sociaux, on voit qu'il était hostile à la religion et aux croyants», a déclaré Linda Sarsour. «Ces jeunes femmes portaient le voile, elles étaient clairement identifiables en tant que musulmanes. On doit appeler cela du terrorisme domestique, quels que soient l’auteur ou les victimes. Pour moi c’est tout-à-fait un cas de terrorisme domestique».

 

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