Le cessez-le-feu ukrainien est-il durable ? La population locale se pose des questions

Le toit d'une école à Donetsk après le bombardement © Mikhaïl Voskresenkski Source: RIA NOVOSTI
Le toit d'une école à Donetsk après le bombardement

Les habitants ne débordent pas d'optimisme à la veille de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu dans le Donbass. Les horreurs de la guerre ne laissent pas beaucoup de place pour l’espoir, comme ont pu le voir les journalistes de RT sur place.

Les pourparlers longs de 16 heures qui ont eu lieu à Minsk ce jeudi apporteront le cessez-le-feu tant attendu en Ukraine de l’est à compter de minuit heure locale (22:00 GMT) dans la nuit de samedi à dimanche. Mais les habitants du Donbass n’ont apparemment pas grand espoir que le processus de paix aboutisse, étant donné que des bombardements sporadiques continuent à s'abattre et que le bilan humain - 5 300 personnes selon l'ONU - ne cesse de s’alourdir.

Ce dimanche aurait pu être une belle journée quasi printanière à Donetsk si ce n'est le bruit des tirs de mortiers et des explosions qui a alerté le correspondant de RT Mourad Gazdiev de passage dans la ville ukrainienne.

«Pourquoi ils bombardent nos villes, pourquoi ils nous tuent, pourquoi ils nous détruisent ? Nous serons enterrés vivants. Nous mourrons de faim, nous croupirons dans des sous-sols», a dit un habitant de Donetsk à Gazdiev.

«Nous avons espéré le retour de la paix, le retrait des troupes et la fin du massacre. Mais ce jour n’est pas arrivé», a dit un médecin de l’hôpital municipal.

«Nous ne savons plus si on doit croire que les pourparlers apporteront une solution. Nous voulons la paix. Mais les bombes continuent à tomber…», a dit un couple de retraités cité par RIA Novosti qui vit dans le sous-sol depuis plusieurs mois.

Le président Petro Porochenko accuse les forces antigouvernementales de prendre pour cible des objets civils et de mettre en péril l'accord de Minsk. «Je veux que personne ne vive dans un monde illusoire et me voie comme une personne naïve : nous sommes toujours très loin de la paix», a signalé le président vendredi.

Près de 100 combattants avaient perdu la vie dans les deux camps la veille, selon les données d’Interfax qui a cité des sources militaires officielles ainsi que des représentants des républiques autoproclamées.

«Le coup d'Etat de février 2014 a été le point de départ d'un chemin de déclin et de dégradation pour l'Ukraine», a dit à RT Anna Van Densky, chroniqueuse pour le magazine EU Reporter.

«Le peuple de toute l’Ukraine et du Donbass est devenu otage de cette situation terrifiante», a-t-elle ajouté. Pour compliquer encore la crise ukrainienne, le leader de l'organisation ultra-nationaliste Secteur droit Dmitri Yaroch a annoncé qu’il ne reconnaît pas les accords de Minsk et qu'il se réserve le droit de «poursuivre des combats de haute intensité» en conformité avec les plans opérationnels de l'organisation.

Cette déclaration faite la veille de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu laisse craindre la rupture de la trêve à cause d'«actes de provocation qui fourniront un prétexte pour continuer pour l’autre côté», a expliqué à RT Lode Vanoost, ancien vice-président du parlement belge et ex-membre de la mission de l’ONU au Kosovo.

A leur tour, les forces de Donetsk ont assuré qu’elles «vont agir en accord avec les clauses du traité de paix», et seulement «si les accords ne sont pas observés, nous tirerons les conclusions appropriées et changerons notre stratégie immédiatement», a dit un insurgé à RIA Novosti.

«Je souhaite vraiment la paix, je veux que tout s’améliore. Je ne souhaite à personne de vivre ce que j’ai vécu – vielle et seule avec une jambe immobilisée dans un immeuble ravagé», s'est écriée une Ukrainienne meurtrie par la guerre sur RT ce jeudi, peu avant l'ouverture des pourparlers de Minsk.

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