Inédit dans l'UE : Varsovie présente un candidat alternatif pour succéder à Tusk au Conseil européen

- Avec AFP

Inédit dans l'UE : Varsovie présente un candidat alternatif pour succéder à Tusk au Conseil européen© Ints Kalnins Source: Reuters
Donald Tusk

La Pologne crée un précédent dans l'histoire des institutions européennes en présentant un candidat au poste de président du Conseil européen contre le Polonais Donald Tusk, le titulaire sortant, qui compte bien briguer un second mandat.

Le parti conservateur nationaliste au pouvoir en Pologne refuse de soutenir le président du Conseil européen sortant Donald Tusk. «Le gouvernement polonais propose la candidature de [l'eurodéputé polonais] Jacek Saryusz-Wolski au poste de président du Conseil européen», a annoncé le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Donald Tusk était jusqu'à présent le seul candidat déclaré à la présidence du Conseil. Son éventuelle reconduction aux fonctions qu'il occupe depuis deux ans devrait être examinée le 9 mars au prochain sommet européen à Bruxelles.

Selon des sources diplomatiques françaises, elle pourrait aussi être évoquée dès le 6 mars à Versailles au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de France, d'Allemagne, d'Italie et d'Espagne consacré à l'avenir de l'UE.

La candidature de Donald Tusk à un second mandat est souhaitable aux yeux d'une nette majorité d'Etats membres de l'UE. Celle de son rival, annoncée à seulement cinq jours de la réunion du 9 mars, paraît vouée à l'échec.  

«Il ne faudrait pas que Donald Tusk soit victime de la volonté de son propre pays de l'écarter. Ce ne serait pas correct», a commenté une des sources françaises.

«Tusk a une position très forte», a confirmé à l'AFP un diplomate européen.

Il a ajouté qu'étant le président en exercice du Conseil européen, Donald Tusk n'avait pas besoin d'être nommé par un pays. Il lui suffit de confirmer sa volonté de briguer un deuxième mandat, ce qu'il a fait au récent sommet de Malte.  

Jacek Saryusz-Wolski, 68 ans, siège depuis 2004 au Parlement européen, où il était membre du groupe du Parti populaire européen (PPE). Jusqu'au 4 mars, il était aussi membre du principal parti d'opposition polonais, la Plateforme civique (centriste, PO).

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En réaction immédiate à l'annonce faite par le gouvernement, la PO a décidé d'exclure Jacek Saryusz-Wolski de ses rangs, ce qui entraîne, ce qu'a confirmé le chef du PPE Joseph Daul, son exclusion du Parti populaire européen.

Les conservateurs accusent

Juste avant l'annonce officielle, la direction politique du parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS), au pouvoir en Pologne, a demandé à son gouvernement de «fermement» refuser de soutenir à Donald Tusk.

Le PiS l'accuse d'avoir «violé le principe de neutralité face à un Etat membre de l'UE, la Pologne en l'occurrence». Selon le PiS, Donald Tusk a soutenu des projets et des décisions allant à l'encontre des intérêts polonais et apporté son appui à l'opposition.

Le chef du PiS, Jaroslaw Kaczynski, a longtemps été l'ennemi juré de Donald Tusk sur le plan politique national, mais depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs en Pologne en octobre 2015, il a formulé des critiques de plus en plus acerbes contre son compatriote dont le mandat expire en mai.

Sur le plan politique mais aussi personnel, Jaroslaw Kaczynski accuse Donald Tusk de «responsabilité morale» pour la catastrophe aérienne de 2010 dans laquelle son frère jumeau, le président Lech Kaczynski, est mort en même temps que de nombreux autres hauts responsables polonais.

«Je ne puis imaginer qu'on soutienne un candidat qui lutte contre son propre gouvernement. Je ne puis imaginer non plus que les autres pays de l'Union européenne soutiennent un candidat qui n'a pas l'appui de son propre gouvernement», a déclaré le chef de la diplomatie polonaise Witold Waszczykowski.

Il a indiqué que le nouveau candidat polonais s'était rendu dès le 4 mars à Bruxelles et que lui-même allait y entamer dès dimanche une action de «lobbying» en faveur de Jacek Saryusz-Wolski. 

La Pologne seule n'a pas le pouvoir de bloquer la réélection de Donald Tusk à la tête du Conseil européen, celle-ci ne requérant que l'appui de la majorité qualifiée des Etats membres.

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