Ce qu'il faut retenir du «Davos russe»

Si vous n’avez pas pu suivre l’actualité du Forum économique de Saint-Pétersbourg, RT France vous a préparé une séance de rattrapage.

Plus de 1 600 entreprises représentées, dont la moitié étrangères. Malgré le climat de tension entre la Russie et l’Occident, ce grand rendez-vous économique a attiré 200 sociétés de plus que l’année dernière. Et autant vous dire qu’il s’est passé beaucoup de choses depuis l’ouverture du sommet mercredi. Afin que vous n’en ratiez rien, RT France a compilé pour vous les informations à retenir.

Accord pour la prolongation du Turkish Stream sur le territoire grec

Le gros coup du Forum économique de Saint-Pétersbourg. Alors que des discussions étaient engagées depuis plusieurs semaines sur la possibilité de prolonger le gazoduc Turkish Stream sur le territoire grec, un accord a été trouvé.

C’est le ministre russe de l’Energie, Aleksandr Novak, qui l’a annoncé. Pour rappel, le gazoduc Turkish Stream a pour but de desservir la Turquie en gaz. Ce projet remplace le South Stream, destiné initialement à l’Europe et abandonné sur fond de crise ukrainienne. La Russie avait laissé la porte ouverte à la création d’un hub à la frontière grecque. Le gazoduc, à la capacité de 47 milliards de mètres cube par an, pourra désormais se prolonger sur le territoire hellène.

Auteur: RT

La construction débutera dès l’année prochaine pour s’achever en 2019. Moscou et Athènes seront actionnaires du projet à parts égales. C’est la Russie qui avancera les frais, la Grèce remboursant dans un second temps.

La déclaration à retenir (ministre grec) : «Ce gazoduc aura un rôle stabilisateur dans toute la région. La réalisation du projet ne vise aucune partie, mais au contraire, est appelée à connecter toutes les régions par lesquelles passera le gazoduc.»

BP acquiert 20% d’une société pétrolière russe

660 millions d’euros sur la table. C’est le montant de l’accord signé par les géants pétroliers Rosneft et BP. Le britannique va investir à hauteur de 20% dans la société «Taas-Youkyakh» qui gère un des plus vastes champ pétrolier de Sibérie. Rosneft et BP exploiteront conjointement les réserves d’hydrocarbure du site.

Elles investiront également dans des projets de prospection géologiques sur une surface de 115 000 kilomètres carrés et renforceront leur coopération stratégique à long terme.

Un banquier russe fustige les gels d’avoirs russes en Belgique et en France

C’est une affaire qui a beaucoup fait réagir à Saint-Pétersbourg. En juillet 2014, le tribunal de La Haye a condamné la Russie à payer une dette avoisinant 50 milliards d’euros aux anciens actionnaires de Ioukos. Cette compagnie pétrolière avait fermé en 2003 suite à une faillite.

Pas disposée à payer, la Russie fait l’objet d’un gel de ses avoirs en France et en Belgique. Dans l’hexagone, les comptes de compagnies russes opérés par la filiale française de VTB, seconde banque du pays, ont été bloqués.

Le PDG de l’établissement, Andreï Kostine a vivement réagit depuis Saint-Pétersbourg. Pour lui, ces décisions sont politisées et il a concédé travailler sur l’affaire avec ses avocats. Il a ajouté que les perspectives de coopération avec l’UE étaient nulles dans les conditions économiques et politiques actuelles.

La déclaration à retenir : «Je ne vois pas de volonté de la part de l’Union européenne de développer nos relations en partant des besoins économiques et commerciaux. Ce que fait actuellement l’UE et les autres états européens vise la destruction des liens économiques qui se sont formés à l’époque de l’Union soviétique, et l’établissement de l’opposition militaro-politique, y compris dans le domaine nucléaire, en Europe.»

François Fillon critique l’ingérence américaine

L’ancien Premier ministre n’avait pas sa langue dans la poche au moment de monter à la tribune du Forum économique de Saint-Pétersbourg. Il a accusé les Etats-Unis de vouloir faire la police dans le monde et de le faire maladroitement.

Selon lui il est urgent de rétablir un dialogue saint avec Moscou qu’il qualifie de partenaire indispensable. Il a appelé l’Union européenne à s’affranchir de la domination américaine ainsi qu'à confirmer son indépendance et sa puissance.

La déclaration à retenir : «De Gaule a parlé avec Staline. Pourquoi l’Europe ne veut pas parler à la Russie aujourd’hui ?»

En bref

Le numéro un du géant énergétique italien Enel, Francesco Starace, ne voit pas de sens à l’imposition de sanctions à la Russie et n’a aucune intention de quitter le marché russe, riche en opportunités.

Dans un entretien exclusif avec RT, le Premier ministre adjoint russe Arkadi Dvorkovitch a rapporté qu’une majorité d’acteurs internationaux pensent toujours aux affaires, et non à la politique, alors même que la Russie est frappée de sanctions. Il s’est félicité de la quantité d’entreprises présentes et des nombreux accords passés durant le Forum qu’il estime représenter «plusieurs milliards de dollars».

Alexis Tsipras a tenu un discours dans lequel il appelle l’Europe «à ne pas se prendre pour le centre du monde». Il constate que le centre économique mondial se déplace, notamment à l’Est et garde bon espoir de trouver un compromis avec ses créanciers.

Le Forum économique de Saint-Pétersbourg doit fermer ses portes demain.

Auteur: RT

Le temps fort : le discours de Vladimir Poutine

Le président russe a balayé large lorsqu’il s’est prêté à l’exercice des questions-réponses. Sanctions de l’UE, conflit en Syrie, relations avec les Etats-Unis, crise ukrainienne et économie russe, tout y est passé.

Auteur: RT

Concernant les sanctions de l’Union européenne, dont celles visant la Crimée et Sébastopol ont été prolongées récemment par l’Union européenne, Vladimir Poutine a appelé au dialogue. Il faut dire que la situation est difficile pour les deux camps. Le commerce avec l’Europe a chuté de presque un quart et les importations de moitié. Mais le locataire du Kremlin a tenu a rappelé que l’Union européenne souffrait également de cette situation. Il a repris une enquête de l’institut autrichien des études économiques WIFO, qui chiffre le manque à gagner pour l’Europe à 100 milliards d’euros.

La déclaration à retenir : «Personne ne veut plus de pertes, surtout au moment où les experts européens parlent de stagnation économique au sein de l’UE. Nous devons nous débarrasser des sanctions et recommencer à travailler ensemble.»

Vladimir Poutine a également évoqué le conflit syrien. Il a invoqué le pragmatisme pour justifier le soutien de la Russie à Bachar al-Assad. Pour lui, en cas de destitution du régime, la situation pourrait devenir incontrôlable. Un scénario à l’irakienne ou à la libyenne en somme. Le président russe a d’ailleurs rappelé qu’avant la mort de Saddam Hussein, le menace terroriste était moins présente qu’aujourd’hui. Il s’est montré opposé à toute ingérence extérieure et, une nouvelle fois, a appelé les parties au dialogue.

La déclaration à retenir : «En ce qui concerne la Libye, c’est un pays en pleine désintégration, l’état n’y existe pratiquement pas. Nous ne voulons pas de ce scénario en Syrie, et c’est pourquoi nous soutenons Assad.»

Le leader russe s’est montré ferme face aux Etats-Unis. Il a exprimé son souhait de ne pas voir Washington exiger que la Russie se positionne comme pro ou anti américaine. Il a également fustigé le retrait des Etats-Unis du programme ABM sur les armes stratégiques de défense anti-missiles. Selon lui, c’est ce genre d’initiative qui pousse la Russie dans une course à l’armement et qui conduit le monde vers une nouvelle guerre froide.

La déclaration à retenir : «Laissez-nous décider nous-mêmes de nos besoins en nous basant sur notre culture et notre mentalité.»

Impossible d’éviter la crise ukrainienne. Vladimir Poutine a rappelé la nécessité d’une négociation entre Kiev et les régions séparatistes. Il dit avoir pris note que la communauté internationale appelle sans cesse Moscou à faire pression sur le Donbass mais que la crise ne peut se résoudre sans l’appui de l’Europe et des Etats-Unis pour faire pression sur les autorités de Kiev. Le président russe a également critiqué la décision de Kiev de priver de pensions certains habitants du Donbass.

La déclaration à retenir : «Malheureusement, on ne voit toujours pas de dialogue direct, il commence juste à peine. On a crucialement besoin d’organiser un dialogue direct entre Lougansk, Donetsk et Kiev.»

Enfin, le président a évoqué la période de turbulence qu’a connu la Russie ces derniers mois, notamment à cause de la chute spectaculaire de sa monnaie, le rouble. Reprenant des couleurs, l’économie du pays donne des signes positifs. La Banque mondiale a même revu ses prévisions à la hausse tablant sur un retour de la croissance dès l’année prochaine (+0,7%). Vladimir Poutine s’est félicité que son pays ne soit pas tombé dans la crise que les observateurs internationaux lui promettait. Il a mis l’accent sur la manière dont l’économie russe s’est adaptée. En remplaçant les importations par des produits locaux par exemple. Il a renouvelé sa volonté d’accélérer la coopération économique avec l’Est et les BRICS tout en laissant la porte ouverte aux partenaires historiques de la Russie.

La déclaration à retenir : «Nous avons stabilisé la situation, étouffé les changements négatifs de la conjoncture et traversé avec succès cette période difficile.»

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