Vintimille : «L’Italie ne peut pas accepter qu’on la laisse seule»

Les migrants près de la frontière entre l'Italie et la France© Jean-Pierre Amet Source: Reuters
Les migrants près de la frontière entre l'Italie et la France

200 à 250 migrants ont été bloqués à Vintimille par les douanes françaises qui ne les ont pas laissés entrer en France. L’ancien ministre des Affaires étrangères Franco Frattini est persuadé que «l’Italie ne peut pas accepter qu’on la laisse seule».

Depuis le 11 juin, les migrants du Sud de l’Afrique restent bloqués dans la ville italienne de Vintimille à la frontière franco-italienne. Ils veulent gagner les pays voisins mais les autorités les en empêchent. Des voitures de police sont stationnées en contrebas de la route qui conduit en France et les migrants manifestent.

Dimanche soir, tandis que les migrants manifestaient pour avoir la possibilité de se déplacer, une douzaine de militants français d’extrême droite du groupe Génération identitaire sont arrivés à Vintimille et ont déployé une banderole sur laquelle ils avaient écrit en anglais «Pas question, vous ne vous installerez pas en Europe !». 

Des militants français d’extrême droite du groupe Génération identitaire © Eric Gaillard Source: Reuters
Des militants français d’extrême droite du groupe Génération identitaire

Les policiers italiens les ont rapidement repoussés mais la vague d’indignation ne s’est pas calmée. Les migrants n’ont pas quitté la ville. La grande majorité d’entre eux passent leurs nuits dans les gares, dont certaines ont été transformées en camps où les migrants dorment à même le sol, y compris des enfants et des femmes enceintes.

«On ne peut pas laisser entrer en France des personnes en situation irrégulière et chacun mesure que l'Europe fait face à des flux migratoires exceptionnels», a commenté une source dans l'entourage du ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

Les autorités italiennes, à leur tour, ont donné leur avis sur la question. L’ancien ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini estime pour sa part que les dirigeants de l’UE ne pensent qu’à «leurs intérêts politiques nationaux plutôt qu’à la solidarité européenne». D’après lui, une telle attitude «causera un véritable dommage à la crédibilité de l’UE» car «l’Italie ne peut pas accepter qu’on la laisse seule» dans cette situation.

Le premier ministre italien a décidé d’élaborer un nouveau plan si le Conseil européen ne montrait pas plus de solidarité envers l’Italie. Il a précisé que son pays avait secouru en mer plus de 57 000 migrants depuis le début de l’année tandis que l’UE prévoyait maintenant de ne répartir en son sein que 24 000 d’entre eux.

L’analyste politique et stratégique mondial Alessandro Politi croit que dans l’UE «tout le monde doit prendre sa part de migrants». Mais certains gouvernement «dont l’Espagne, la France, le Royaume-Uni et la Hongrie, pour des raisons purement internes, s’y refusent aveuglément» pour privilégier des «commodités politiques de court terme». La Grande-Bretagne refuse notamment de modifier ses pratiques en matière d’immigration.

«D’après le droit de la mer, si vous avez récupérez quelqu’un à bord, cette personne doit être envoyée dans votre propre pays parce que le bateau constitue une extension de la souveraineté de votre pays. Mais les Britanniques ont initié cette sorte de clause de sortie, ce qui est absolument scandaleux», a-t-il poursuivi.

«Si le Conseil européen choisit la solidarité, tant mieux. Sinon, nous avons préparé un plan B mais qui serait une blessure pour l'Europe», a récemment déclaré Matteo Renzi.

D’après lui, la crise «ne doit pas être sous-estimée. C'est un problème sérieux et, que ce soit bien clair, les réponses de l'Europe n'ont jusqu'à maintenant pas été suffisamment bonnes». Maintenant, il espère que lors du sommet de 25 juin, les dirigeants européens ouvriront les yeux sur ce problème. 

Le président de la Croix Rouge italienne, à Rome, Flavio Ronzi est d’avis que les gouvernements européens sacrifient les vies des migrants à la politique politicienne.

«Actuellement, les gouvernements ne font pas suffisamment attention aux perspectives des droits de l’homme. Et nous avons parlé avec certaines personnalités, plutôt politiques…. Mais nous pensons que certains gouvernements, certains hommes politiques commencent à jouer et à établir des stratégies politiques sur la base de la vie des migrants», a-t-il déclaré.  

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