Voulant en finir avec la honte du nazisme et de l'Holocauste, un cadre de l'AfD fait polémique

Voulant en finir avec la honte du nazisme et de l'Holocauste, un cadre de l'AfD fait polémique© Tobias Schwarz Source: Reuters

Un responsable du parti populiste de droite AfD a suscité l'opprobre en Allemagne mercredi en déplorant l'existence à Berlin d'un mémorial «de la honte» rappelant l'Holocauste et en appelant le pays à cesser de se focaliser sur son passé nazi.

La communauté juive et les dirigeants des partis politiques en Allemagne ont exprimé leur indignation suite aux remarques d'un haut dirigeant du parti allemand anti-immigration AfD, qui a suggéré que l'Allemagne devrait repenser sa politique du souvenir des crimes nazis et du Mémorial de l'Holocauste à Berlin.

Björn Hoecke, leader de l'AfD dans l'Etat fédéral de Thuringe, essaie maintenant de s'excuser en disant que ses paroles ont été mal interprétées.

«Jusqu'à ce jour, notre état d'esprit est celui d'un peuple totalement vaincu [...] nous Allemands, notre peuple, est le seul peuple au monde qui a planté au cœur de sa capitale un monument de la honte», a dit Björn Höcke lors d'un événement partisan mardi soir, selon une vidéo mise en ligne, faisant référence au célèbre monument inauguré en centre-ville de Berlin en 2005.

«Il ne nous faut rien de moins qu'un virage à 180° de notre politique de mémoire», a-t-il martelé, dénonçant l'enseignement d'une histoire «tournée en mal, en dérision» au lieu de se focaliser sur «les grands bienfaiteurs, les célèbres philosophes, les musiciens, les explorateurs et inventeurs géniaux».

Ce responsable de l'AfD en Thüringe (est) a réclamé «une vision positive de [l'] histoire» de l'Allemagne afin que le peuple allemand échappe à l'«auto-dissolution», et puisse pleurer «ses victimes» de la Seconde Guerre mondiale, particulièrement celles tuées dans le «crime de guerre» qu'étaient les bombardements alliés.

Ces propos ont été vivement dénoncés en Allemagne, à l'instar de la secrétaire générale du parti social-démocrate (SPD) Katarina Barley qui estime que Blörn Höcke «parle la langue du NSDAP», autre acronyme du parti nazi.

«L'AfD montre avec ces mots des plus antisémites et inhumains son vrai visage [...] je n'aurais jamais cru que de telles déclarations d'un politique allemand étaient possibles 70 ans après l'Holocauste», a jugé le chef du Conseil central des juifs d'Allemagne, Josef Schuster.

Le secrétaire général du Conseil de l'Europe Thorbjorn Jagland a lui dénoncé un vocabulaire «blessant et alarmant».

Björn Höcke, un habitué des polémiques appartenant à la frange la plus radicale de l'AfD, s'est dit «étonné» sur Facebook de ces critiques, dénonçant «une interprétation malveillante» et proposant en échange sa propre lecture.

«J'ai qualifié l'Holocauste, c'est-à-dire le génocide des Juifs par les Allemands, de honte pour notre peuple. Et j'ai dit que nous Allemands avons placé au cœur de Berlin un monument dédié à ce crime inconcevable», écrit-il.

Pas de quoi convaincre Frauke Petry, figure de proue de l'AfD, qui a qualifié Björn Höcke de «fardeau pour le parti». Mais signe des tensions idéologiques, un autre responsable du mouvement, Alexander Gauland, a lui défendu son collègue.

L'AfD a le vent en poupe en capitalisant notamment sur les craintes suscitées par l'arrivée de plus d'un million de demandeurs d'asile depuis 2015.

Le parti espère entrer à la chambre des députés à l'occasion des législatives du 24 septembre prochain, ce qui serait une première pour un parti de ce type depuis 1945. Il veut priver la chancelière Angela Merkel de la majorité nécessaire pour obtenir un quatrième mandat.

Cette polémique intervient alors que l'AfD avait déjà été secoué par des remous après la décision de Frauke Petry d'organiser une réunion de certaines droites radicales européennes à Coblence samedi 21 janvier, certains dirigeants du parti allemand s'opposant à la présence de la leader du Front national, Marine Le Pen.

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