Pour un ancien de l’EI, les terroristes continueront à s’étendre malgré les pertes de territoire

© Ali Hashisho Source: Reuters

Dans une interview accordée au quotidien britannique The Independant, un ex-militant de l'EI explique que le groupe prévoit de croître en Afrique du Nord, tandis que la Turquie ferme les yeux sur le trafic d'armes à ses frontières.

«Lorsqu'on vous dit que l'Etat islamique est en permanente expansion, ce n'est pas de la propagande, c'est la vérité», explique Faraj, un ancien combattant de Daesh. Dans les colonnes du quotidien britannique, il explique que le groupe a également l'intention d'étendre son influence en Arabie saoudite, en Egypte, en Libye et en Tunisie, ajoutant que «Daesh a des agents dormants partout dans le monde et leur nombre ne cesse d'augmenter».

Dans son récit, Faraj montre clairement qu'un an seulement après la proclamation du califat, consécutive à la prise de la ville irakienne de Mossoul par les combattants de l'Etat islamique en 2014, ses dirigeants avaient prévu d'envahir militairement d'autres territoires en Irak et ailleurs dans la région.

Parlant via l'application WhatsApp de l'extérieur de la Syrie, Faraj explique que lorsqu'il a entendu «ses émirs [commandants] dire que Daesh gagnerait même s'il était vaincu militairement en Irak et en Syrie», il pensait que les cadres du groupe terroriste cachaient leurs défaites. Mais il dit avoir vite découvert que les dirigeants de de l'organisation terroriste prenaient des mesures concrètes pour installer des bases partout dans la région et étendre l'influence de l'organisation dans le monde entier.

Faraj assure que les puissances mondiales sous-estiment la capacité de résistance de Daesh.

«Moi, mes camarades et commandants combattons en réaction à la tyrannie et à l'injustice que nous avons connues auparavant», ajoute-t-il.

Le jeune-homme dit être originaire d'un village arabe sunnite entre les villes de Hasaké et Qomishli en Syrie, une région à majorité kurde située au nord-est du pays. Mieux éduqué que la plupart des membres du groupe terroriste, il est diplômé de la Faculté d'éducation de l'Université de Hasaké.

En 2012, il a rejoint le Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda mais qui a récemment affirmé avoir coupé tout lien avec cette organisation terroriste pour se rebaptiser Jabhat Fatah al-Sham. Cependant, lorsque les combattants de Daesh sont entrés dans le village de Faraj, ils leur ont donné le choix, soit de quitter le village, soit de les rejoindre, ce que le jeune homme a fait.

Pour Faraj, qui a quitté les rangs de Daesh, mais qui soutien toujours son idéologie et ses activités, l'Etat islamique est la meilleure solution de lutte contre les régimes autoritaires de la région «car le mouvement est très bien structuré et organisé».

En parlant de l'intervention militaire turque en Syrie qui a commencé le 24 août 2016, Faraj raconte un développement mystérieux qui a eu lieu à l'époque, lorsque des chars militaires turcs et des troupes du gouvernement syrien se sont déployés dans la ville frontalière de Jerablus sur l'Euphrate. Les unités de Daesh semblaient être préparés à leur arrivée et ne leur ont opposé aucune résistance.

Une stratégie qui contraste fortement avec la résistance féroce des combattants de Daesh qui défendent le bastion de la ville de Manbij encerclée par les troupes des Forces démocratiques syriennes (FDS), dont une grande partie provient des Unités de protection du peuple kurde (YPG).

Daesh a perdu des centaines de combattants lors de la bataille contre le gouvernement syrien et les milices de l'opposition modérée, appuyés par les frappes aériennes de la coalition menée par les Etats-Unis.

A l'époque, les combattants de Daesh avaient fui Jerablus pour se réfugier dans la région d'al-Bab. Cependant, Faraj raconte qu'en réalité, les membres de l'EI n'ont pas quitté la ville. «Ils ont juste rasé leur barbe pour se fondre dans la population», explique-t-il.

Faraj évoque également la complicité entre Daesh et la Turquie un an plus tôt durant la défense de Tal Abyad, autre point de passage de l'Etat islamique situé entre la Turquie et la Syrie et qui était une voie d'approvisionnement particulièrement important pour le groupe terroriste, car située à près de 100 km au nord de la capitale de Daesh en Syrie, Racca.

«La Turquie a beaucoup soutenu l'Etat islamique»

A l'été 2015, les forces des YPG, soutenus par les frappes aériennes américaines, ont repris le bastion de Tal Abyad. Faraj faisait alors partie d'un groupe de 150 terroristes et raconte notamment que «la Turquie a beaucoup soutenu l'Etat islamique».

«Lorsque j'étais à Tal Abyad en mai 2015, nous avons reçu beaucoup d'armes et de munitions. Les gardes frontières turcs fermaient les yeux», dit-il, confirmant pour la première fois les dires des combattants kurdes qui assuraient que la Turquie permettait à Daesh de s'approvisionner.

Le gouvernement turc a quant à lui, toujours nié toutes les accusations de complicité dans les actions de Daesh.

Paradoxalement, bien que Faraj montre son enthousiasme pour la diffusion de l'idéologie de l'EI à l'étranger, il reste très critique envers les volontaires étrangers qui viennent en Syrie pour se battre aux côtés de Daesh pour l'instauration du califat.

Selon lui, les étrangers, notamment britanniques, français et turcs ignorent totalement les préceptes de l'islam, les coutumes locales et viennent en Syrie uniquement poussés par l'ennui. Ils sont, selon lui, seulement utiles à la diffusion de la propagande de l'EI et pour effectuer des attentats suicides.

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