L'interminable bataille entre la femme cachée d'un roi saoudien et son fils héritier

© Capture d'écran Twitter

Le fils du défunt roi Fahd d'Arabie Saoudite a gagné un recours contre une sentence l'obligeant à verser 20 millions de livres à «l'épouse secrète» de son père, Janan Harb. L'affaire repassera devant la Haute Cour sur fond de guéguerre entre juges.

Un feuilleton à l'eau de rose et de dollars

Tout commence en 1968, lorsque Janan Harb, jeune traductrice de talent déménage de Palestine avec sa famille chrétienne pour travailler à l'ambassade du Vénézuela à Riyad. Là, elle trouve son prince charmant. Au sens propre : le prince Fahd Abdelaziz Al Saoud, qu'elle rencontre à une soirée de Noël tombe sous le charme de la belle traductrice. Flattée et amoureuse, elle épouse le le prince Abdel Aziz en 1968, alors que ce dernier est ministre de l'Intérieur.

Si les premières années de cette union œcuménique sont un véritable conte de fée, comme Janan Harb le raconte elle-même dans une interview accordée à RT, la suite est beaucoup plus tendue. Elle chrétienne, lui musulman et futur monarque, la famille royale d'Arabie commence à s'agiter.

«Fahd était préoccupé par ce que pouvaient penser les Saoudiens, dont un grand nombre suivent une interprétation stricte de l'islam [...] hostile à toutes les autres religions», explique la femme aujourd'hui âgée de 69 ans. Les deux amoureux se marient finalement dans le secret en 1968.

En 1982, c'est le sacre. Fahd ben Abdelaziz Al Saoud devient roi d'Arabie et comme pour prouver à sa bien aimée tout l'amour qu'il lui porte, il lui promet (selon elle ...) de pourvoir à ses besoins jusqu'à la fin de ses jours.

La personnalité de l'ex-épouse du roi d'Arabie continue encore aujourd'hui de faire baver les curieux, avides de scandales mondains.

Un film britannique basé sur l’histoire de Janan Harb, mettra en scène un coup d’œil sur la vie de la famille royale d'Arabie saoudite, une des plus secrètes au monde.

Le long-métrage, réalisé par le britannique Malcolm Walker et intitulé La faiblesse du roi Fahd, en est toujours au stade de la production et aucune date n’a été communiquée pour sa sortie. Cependant, on sait déjà que le film va dépeindre un portrait défavorable de la vie de l’ancien roi.

Le Middle East Eye a par exemple écrit que le film contenait des images du monarque jouant dans un casino de Londres, s’injectant des drogues et forçant Janan Harb à avorter trois fois.

A ces scandales vient s'ajouter une bataille financière entre Janan Harb et la famille de feu le roi Fahd qui succombera en 2005 des suites d'une grave maladie. 

Selon elle, alors que son mari était sur son lit de mort, le fils du roi Fahd, le prince Abdel Aziz Ben Fahd, lui aurait assuré qu'il respecterait l'engagement de son père : mettre son épouse à l'abri de tout besoin, lui offrant une vie de luxe.

Mais le prince dément formellement. Entre les deux personnalités, la bataille se poursuit depuis plusieurs années sous forme de rumeurs mondaines. Une bataille qui s'est depuis élargie à un feuilleton judiciaire parsemé de guéguerre d'influences entre juges et avocats.

Une guéguerre d'influence entre juge et avocats

Les derniers rebondissements datent de novembre 2015, lorsque Janan Harb reçoit un paquet d'argent en liquide et de biens d'une valeur de plus de 20 millions de livres Sterling (25 millions d'euros). Le juge Peter Smith de la Haute Cour de Londres a en effet accepté ces affirmations selon lesquelles le prince Abdel Aziz, avait accepté de verser la somme astronomique. Mais plus tard, les avocats du prince ont demandé aux juges de la Cour d'appel d'annuler la sentence jugée «insoutenable».

Jeudi 16 juin, les juges de la Cour d'Appel ont finalement affirmé que Peter Smith n'avait «pas avancé de preuves satisfaisantes dans cette affaire» et a répondu positivement au pourvoi en appel du prince, expliquant que l'affaire devrait repasser devant la Haute Cour avec un juge différent.

Janan Harb affirme elle, que le prince avait accepté de passer un accord afin d'«acheter son silence» sur sa relation avec son père. Elle soutient que l'accord a été passé lors d'une rencontre avec le prince à l'Hôtel Dorchester à Londres, le 20 Juin 2003, alors que le roi était gravement malade, ce que dément formellement le prince Abdel Aziz.

A ce propos, le juge Smith a statué en novembre dernier que «bien que l'attitude de Janan Harb [soit] déplacée, elle disait la vérité» à propos de l'accord et avait donc droit à 12 millions de Livres (15 millions d'euros), plus les intérêts, ainsi que deux appartements de luxe dans le très huppé quartier de Chelsea, au sud-ouest de Londres, d'une valeur d'environ 5 millions de Livres (6,3 millions d'euros), selon The Independent.

Mais les juges de la Cour d'Appel ont affirmé que Peter Smith n'avait «pas avancé de preuves satisfaisantes dans cette affaire». 

En effet, au cours de l'audition de l'appel qui s'est tenue le mois dernier, Lord Anthony Grabiner, avocat du Prince Abdel Aziz a insisté sur le fait que le juge Smith n'avait pas analysé les éléments de preuve correctement. Il a par ailleurs condamné fermement une «lettre choquante pleine de préjugés» contre la Blackstone Chambers, cabinet représentant le prince. Selon l'avocat du prince, le juge Smith aurait été influencé par un article de presse écrit par Lord Philip Pannick, membre du cabinet ayant défendu le prince à un stade précoce de l'affaire Janan Harb.

L'article de Lord Pannick critique notamment la manière dont le juge a traîté une affaire impliquant la compagnie British Airways, dans laquelle le juge aurait exigé de savoir ce qui était arrivé à ses bagages sur un vol de retour de Florence. Lord Pannick avait alors écrit que l'affaire soulevait «des questions sérieuses sur le comportement des juges et qui doivent être examinées d'urgence par le juge en chef de la cour». 

En réponse, le juge Smith avait écrit à Anthony Peto, un des avocats de Blackstone Chambers, en disant : «L'article scandaleux de Pannick m'a causé énormément de tort. Je vous préviens, je ne pourrai pas travailler avec un cabinet qui emploie des personnes telles que Lord Pannick».

Lord Grabiner a dit aux juges de la Cour d'appel que cette lettre «choquante et indéfendable» etait une preuve claire de la possibilité d'un parti pris contre le cabinet en charge de la défense du prince Abdel Aziz et qui aurait pu directement influer sur l'issue de l'affaire Janan Harb. 

Lord Dyson a déclaré que les avocats du prince avaient fait appel car le manque d'impartialité de la part du juge Smith envers les avocats du prince et donc du prince lui-même était flagrant. 

A suivre ? Sûrement !

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