Enquête «terroriste» en Turquie après des propos prokurdes lors d'une émission de télévision

Des partisans du PKK affrontent des forces de sécurité turques au cours d'une manifestation contre les couvres-feux dans le quartier de Sur de la ville de Diyarbakir, le 22 décembre dernier Source: Reuters
Des partisans du PKK affrontent des forces de sécurité turques au cours d'une manifestation contre les couvres-feux dans le quartier de Sur de la ville de Diyarbakir, le 22 décembre dernier

Une enquête a été ouverte par le parquet d'Istanbul ce lundi pour «propagande terroriste» après que des propos jugés favorables au PKK aient été diffusés sur la chaîne de télévision Kanal D lors d'un célèbre talk show intitulé «Beyaz Show».

«Est-ce que vous savez ce qui se passe dans l'est de la Turquie ? Des gens souffrent de faim et de soif, notamment des enfants. S'il vous plaît, faites preuve d'humanité et ne restez pas silencieux», a déclaré une téléspectatrice qui est intervenue lors de l'émission. Elle s'est présentée comme une enseignante nommée Ayse Celik.

Une vaste opération militaire est en cours dans le sud-est de la Turquie à l'encontre des partisans du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) depuis plusieurs mois. Des chars et des hélicoptères ont été mobilisés aux côtés de l'armée et de la police turque notamment dans les villes de Silopi, Cizre et dans le district historique de la grande ville de Diyarbakir. Des manifestations récurrentes agitent ces localités contre les couvres-feux mis en place et les nombreuses arrestations.

Le présentateur du «Beyaz Show», Beyazit Öztürk, a demandé à ses invités d'applaudir Ayse Celik à l'issue de son intervention, ému par son témoignage, provoquant de vives réactions sur les réseaux sociaux, notamment d'opposition. «Il faut tuer ceux qui pointent leurs armes sur la tête de mes soldats. Condamnez d'abord le terrorisme avant de défendre Ayse», a réagi Busra Yigit sur son compte Twitter.

Près de 162 civils tués depuis le début de l'opération militaire

D'autres internautes ont défendu l'enseignante face à cette levée de bouclier de partisans du pouvoir : «Ils n'essaient pas seulement de faire peur à l'enseignante Ayse mais à tous ceux qui pourraient être d'accord avec elle», a déclaré Selahatttin Demirtas, le chef de file du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde).

Face à la vague de protestation à l'encontre de ces propos, la direction de la chaîne du groupe Dogan propriétaire du quotidien populaire Hürriyet, Kanal D, a dû publier une déclaration niant toute sympathie pour le PKK : «Notre chaîne (...) s'est toujours rangée au côté de l'Etat pour condamner le terrorisme».

Depuis le 16 août dernier, les troupes turques ont imposé au moins 58 couvres-feux dans les régions à majorité kurde de Turquie affectant la vie d'1,4 million de personnes selon des informations de Human Rights Foundation of Turkey (HRFT), une organisation de défense des droits civils. Près de 162 civils ont trouvé la mort selon la même source, dont 29 femmes, 32 enfants et 24 personnes âgées.

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