Vers un partage d’Al-Aqsa ? Accusations de plan américano-israélien sur la tutelle jordanienne
© Getty ImagesDes sources accusent Washington et Israël de vouloir redéfinir la gestion de la mosquée Al-Aqsa. La Jordanie verrait son rôle historique remis en cause au profit d’un système multiconfessionnel. Les États arabes restent divisés face à une proposition jugée très sensible et explosive.
Selon plusieurs sources citées par Middle East Eye, les États-Unis et Israël « œuvrent activement » pour modifier le statut du complexe de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, actuellement sous tutelle historique de la Jordanie via le Waqf islamique. Ce projet viserait à réduire, voire mettre fin au rôle d’Amman dans la gestion du site, au profit d’un nouveau cadre plus proche des intérêts israéliens.
D’après ces informations, des figures proches de Donald Trump, dont Jared Kushner, ainsi que l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee, soutiendraient un plan transformant le site en espace « multiconfessionnel ». Dans cette vision, la mosquée Al-Aqsa deviendrait un lieu ouvert aux trois religions abrahamiques, avec un « accès égal » pour les fidèles juifs, incluant la possibilité de prières collectives.
Des conséquences explosives
Le projet évoqué prévoit aussi une implication accrue d’Israël dans la gestion du site, notamment dans la nomination des responsables religieux et le contrôle du contenu des sermons. Deux responsables américains affirment même que Washington aurait rédigé une proposition visant à redéfinir le statut du lieu saint.
Un responsable occidental cité par MEE indique qu’un système de supervision « par roulement » par des pays arabes pourrait remplacer l’autorité jordanienne. Plusieurs États, dont les Émirats arabes unis, l’Égypte, le Maroc et Bahreïn, auraient été informés, tandis que l’Arabie saoudite s’y opposerait fermement.
La proposition suscite de fortes inquiétudes à Amman. Une source jordanienne estime que « les Américains sont furieux que les Jordaniens invoquent leur tutelle ». La Jordanie rappelle que son rôle est garanti par le traité de paix de 1994 et vise à préserver « l’identité arabe, islamique et chrétienne » des lieux saints de Jérusalem.
Le Waqf islamique, soutenu par la Jordanie, administre actuellement l’intérieur du complexe, tandis que la sécurité extérieure est contrôlée par Israël. Les non-musulmans peuvent visiter le site à des horaires précis, sans y prier, dans le cadre du statu quo établi après 1967.
Des responsables jordaniens et palestiniens redoutent une évolution vers un modèle inspiré du site d’Hébron, où les espaces religieux ont été partagés après des tensions violentes. Ils estiment qu’un tel changement à Al-Aqsa aurait des conséquences explosives dans la région.
Face à ces accusations, un responsable américain a nié toute initiative visant à « déposséder la Jordanie » et qualifié ces affirmations de « totalement fausses ».